Le développement de l’organisation pédagogique des écoles élémentaires, ressort méconnu de transition démocratique (1878-1896). La Haute-Savoie au miroir des réformes nationales
J’ai le plaisir de vous annoncer la prochaine soutenance de ma thèse sur une dimension peu explorée de l’histoire de l’école à la fin du XIXe siècle. Bien à vous – Martine Koné
Le développement de l’organisation pédagogique des écoles élémentaires, ressort méconnu de transition démocratique (1878-1896).
La Haute-Savoie au miroir des réformes nationales
sous la codirection des Pr Arnaud-Dominique HOUTE et Jean-Noël LUC
Sorbonne Université – Centre d’histoire du XIXe siècle
8 octobre 2026 – 9h30 – Salle des Actes, Faculté des Lettres – 54 rue Saint-Jacques, Paris
Jury
Pr Carole CHRISTEN, Université Le Havre-Normandie, rapporteure
Pr Rita HOFSTETTER, Université de Genève, rapporteure
Pr Jean-François CONDETTE, Université de Lille
Pr émérite Anne-Marie GRANET-ABISSET, Université Grenoble-Alpes
Pr Arnaud-Dominique HOUTE, Sorbonne Université
Pr émérite Jean-Noël LUC, Sorbonne Université
Pr Marianne THIVEND, Marianne, Université Paris Cité
Il est rebattu de dire que les grandes lois scolaires ont participé de l’ancrage de la IIIe République en France. Et pourtant, la présente recherche renouvelle en profondeur l’appréhension du rôle tenu par l’école dans cet enracinement. Le fait est connu, durant ce moment d’installation du régime, les fondateurs, habités du credo que l’on transformera l’Homme par l’éducation, conduisent des chantiers monumentaux d’unification de l’organisation scolaire primaire, à travers remous sociaux et secousses politiques, afin de pérenniser la démocratie. Pendant quinze ans, de 1879 à 1896, Ferdinand Buisson occupe le poste clef de directeur de l’Enseignement primaire, à l’interface entre ministres successifs, membres de la Haute Administration, éminences grises et élus au service de la réforme, sociétés d’éducation populaire enfin. Or, la refonte synchrone de la législation scolaire, de l’outillage matériel de l’enseignement populaire et sa réforme pédagogique s’appuient sur l’élargissement de la démocratie de proximité. De nombreux espaces délibératifs du pays – communes, cantons, conseils d’arrondissement, conseils généraux, conseils départementaux – se saisissent de la révolution des pouvoirs qui leur donne voix au chapitre dans le domaine scolaire. L’école est érigée en objet monumental d’expériences démocratiques et sur les plans matériels, le pays partage avec l’État la marche de l’instruction primaire. µ
Cette combinaison des pouvoirs a-t-elle eu des répercussions sur la marche des classes ? L’enquête est née de cette question, transformée en hypothèse de recherche. Une instrumentation inédite a été mise au point pour corréler les transformations de la carte scolaire opérées par les élus et l’accès des écoles à des résultats réguliers au certificat d’études, marque d’adoption par les communautés des normes scolaires d’État. La méthode d’investigation, alliage d’étude quantitative et de microhistoire connectée, a été testée sur un département récemment annexé à la France, la Haute-Savoie, et les résultats des observations rapportés à la dimension nationale lorsque c’était possible. Ainsi, l’étude a permis d’explorer à différents niveaux d’échelles la multiplicité des acteurs et des lieux où se construisait l’avenir de l’école, entre ruptures et continuité.
Qu’a apporté cette recherche à l’élucidation des processus de transition démocratique caractéristiques de ce moment ?
La politique partagée de constructions scolaires et de distribution des personnels dans l’espace a favorisé la production matérielle d’une culture du débat par la multiplication des espaces locaux de délibération ; elle a reconfiguré durablement les équilibres territoriaux et donné accès au pouvoir à de « nouvelles couches sociales ».
L’observation au ras du sol du déploiement de l’organisation pédagogique a montré, à travers la guerre scolaire, les hybridations multiples – certaines bien connues, d’autres moins – entre les deux puissances soucieuses de peser sur les forces profondes de la société : l’Église et l’État.
Toujours fortement encadrés par le ministère, les regroupements d’instituteurs (société de secours mutuel, conférences pédagogiques, participation aux congrès nationaux de délégués élus par leurs pairs, premières représentations du personnel en conseil départemental, constitution et rayonnement de l’amicale des anciens de l’école normale) constituèrent des voies authentiques d’organisation de la profession en corporation nationale et des étapes décisives de conquête du statut de fonctionnaire avant la loi sur les associations. La défense des intérêts professionnels fut alors toujours étroitement reliée aux questions pédagogiques. Sans être électrices, les institutrices témoignèrent de leur républicanisme en oeuvrant dans l’ombre pour l’émancipation des enfants du peuple par l’instruction.
En somme, l’étude de la période buissonnante de genèse des lois scolaires pose une question : la « Révolution Ferry » a-t-elle eu lieu ?

