Appel à articles pour le numéro 24 de la revue Images du travail, travail des images : La désindustrialisation à travers l’image
Appel à articles pour le numéro 24 de la revue *Images du travail, travail des images* : La désindustrialisation à travers l’image : les friches entre rémanence/évanescence du travail et restructuration de l’espace urbain *Henri Eckert, Nadège Mariotti et Nicolas Verschueren* Plan Axe 1 – Les friches entre mémoire du travail, transformations socio-économiques et réappropriations diverses : des évolutions heurtées ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocto1n1> Axe 2 : Friches industrielles et imaginaires urbains : entre traces sensibles et réinvention, réaffectation ou transformation des lieux sous emprise urbaine ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocto1n2> Axe 3 : Enjeux environnementaux et friches industrielles : dépollution, environnements sociaux et paradoxes visuels ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocto1n3> Haut de page <journals.openedition.org/itti/6683#actualite-6683> Partager par e-mail <journals.openedition.org/itti/6683>
Friche de la Manufacture d’impression de Wesserlign-MIW
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© Henri Eckert
Si la désindustrialisation n’est « pas synonyme de fin de l’industrie » (Fontaine et Vigna, 2019, 6), elle a profondément affecté les espaces urbains et périurbains, en particulier, par la multiplication de zones abandonnées, d’où toute activité productive s’est retirée. Ces zones « encombrantes » (Daumas, 2006, p.12) ont ensuite, progressivement sinon de manière erratique et parcellaire, fait l’objet de réappropriations ou de réhabilitations multiples, en vue de leur attribution à de nouvelles activités et de nouveaux usages (Aubert Brielle, 2021). La photographie, mais aussi d’autres images, fixes ou animées, ont permis de documenter ces transformations et ouvrent la possibilité d’analyser et d’interpréter ces mutations. Ainsi, l’historien Steven High a entrepris, dans le cadre d’un projet de recherche international (projet DéPOT), d’explorer les mémoires ouvrières, les héritages industriels et les enjeux politiques liés à la fermeture des usines, en s’appuyant notamment sur des photographies, ouvrant ainsi des pistes méthodologiques pour analyser les friches à travers le prisme des images (High, 2022). Le numéro 24 d’*Images du travail, travail des images*, dédié aux friches industrielles notamment, vise de même à explorer ce foisonnement d’images et à saisir les pistes d’études et de recherche qu’elles ouvrent et nourrissent.
Si les friches constituent des objets particulièrement photogéniques, les images produites en révèlent, outre leur diversité, leur inquiétante étrangeté (Freud, 1919). En tant que telles, aussi longtemps que leur réhabilitation ultime n’a pas été entreprise, elles s’offrent à des appropriations sauvages, qui vont de la profusion de tags à des actes de vandalisme, en passant par des occupations sporadiques, tolérées ou prohibées. La pratique photographique désignée par le mot *urbex* (de l’anglais *urban* *exploration*) en offre un exemple et témoigne du rôle que peuvent jouer des espaces urbains ou périurbains livrés à des usages marginaux, licites ou illicites. L’image, photographique ou autre, peut alors permettre de cerner ces usages et contribuer à la formulation d’hypothèses sur la fonction de ces espaces interstitiels (Roulleau-Berger, 1999), entre abandon et destinations diverses, du tourisme aux initiatives culturelles ou autres emplois. L’esthétique surannée des ruines industrielles peut, par ailleurs, contribuer au déchiffrage des traces d’un monde prétendument périmé et, paradoxalement, en rappeler la mémoire tout en laissant entrevoir les enjeux de son effacement sinon de son occultation. Si, au vacarme d’activités productives variées s’est substituée l’effervescence d’initatives nouvelles, diverses, parfois fugaces et souvent balayées les unes par les autres, les images saisies dans les friches et au cours de leurs trasfomations, ne se révèlent-elles pas comme images performatives, actant le processus de désindustrialisation et d’invisibilisation du monde ouvrier ?
Les friches, dont la persistance pose problème à ceux qui, politiques ou administrateurs, ont la charge de l’espace public et, plus largement, de la cohésion sociale ou de la gestion du patrimoine, font aussi l’objet d’interventions orientées, qui vont de la dépollution des espaces industriels, en particulier, à leur reconversion en vue de l’installation d’activités nouvelles ou, plus simplement, de l’aménagement des espaces urbains. « À l’occasion de ces opérations c’est la ville qui étend ses principes, ses valeurs et ses formes aux espaces industriels, si bien que les problèmes de requalification des friches industrielles deviennent de plus en plus des problèmes de nature essentiellement urbaine, comme si la requalification des espaces d’activités concernait en fait leur qualification en tant que lieux proprement urbains » écrivait Jean-Noël Blanc dès 1991, dans la *Revue de géographie de Lyon*. L’ensemble des travaux de réhabilitation transforme alors les friches industrielles en chantiers plus ou moins accessibles jusqu’au moment de la livraison des nouveaux espaces. Cette transformation peut être saisie par le photographe, le vidéaste et plus généralement par tous ceux qui s’intéressent à la transformation des espaces urbains : historiens, sociologues, anthropologues, artistes ou géographes, etc. C’est de cette emprise urbaine sur les friches dont devrait notamment rendre compte le numéro qu’*Images du travail, travail des images* leur consacre.
Friche de la Manufacture d’impression de Wesserlign-MIW
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© Henri Eckert
Souvent associée aux bassins industriels, aux grands ensembles sidérurgiques ou portuaires, la désindustrialisation se produit aussi dans des zones périurbaines ou rurales. Nombreux sont les lieux où persistent les traces d’activités industrielles après que celles-ci ont cessé. La ruine, héritage encombrant, point aveugle d’un monde disparu, devient alors désagrément visuel, excentricité environnementale ou palimpseste du travail. Au-delà de l’espace urbain, comment ces friches ou leurs représentations participent à une démarche dialectique entre l’artefact industriel et son environnement ? Ou encore : comment l’image de ces friches et le travail sur ces images contribuent-ils à penser leurs dimensions environnementales ?
Des approches comparatives pourraient être privilégiées, qu’il s’agisse de comparaisons à l’intérieur d’un espace donné ou, plus largement, entre friches dans des espaces marquants du développement industriel en France ou en Europe. Ces regards croisés pourraient d’autant plus aider à la compréhension du phénomène de désindustrialisation/réhabilitation des friches industrielles qu’elles sont susceptibles tant d’enrichir la documentation de ses formes que de susciter des approches inductives des processus à l’œuvre. Ainsi, les photographies et les images en général pourraient permettre, au-delà de l’illustration, de favoriser une réflexion originale sur les épisodes de la désindustrialisation toujours en cours. Des approches monographiques n’en restent pas moi pertinentes.
Les propositions d’articles s’inscriront dans *les trois axes suivants* : Axe 1 – Les friches entre mémoire du travail, transformations socio-économiques et réappropriations diverses : des évolutions heurtées ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocfrom1n1>
Les friches se caractérisent par des contrastes saisissants entre ce qui persiste des usages antérieurs et ce qui s’affirme à travers les nouveaux usages. De l’abandon à la réhabilitation, elles cristallisent des enjeux à la fois historiques, socio-économiques et esthétiques, voire politiques. Elles interrogent la dimension sensible et symbolique de ces espaces. Il s’agira donc d’explorer, documenter et interroger les transformations d’anciens lieux de travail : comment les images pointent-elles les évolutions souvent chaotiques des friches, depuis leur désaffectation jusqu’à leur réaménagement, en passant par leurs usages intermédiaires ? Quelles traces du travail passé persistent ou transparaissent ? Comment les images révèlent-elles les tensions entre mémoire ouvrière et immédiateté des sociétés de consommation et de loisir ? Quelle esthétique les images promeuvent-elles ? L’esthétique de la ruine industrielle ne risque-t-elle pas de se transformer en voyeurisme des ruines, contribuant à invisibiliser l’histoire sociale ou à acter l’existence d’une société prétendument post-industrielle ? Entre autres questions… Axe 2 : Friches industrielles et imaginaires urbains : entre traces sensibles et réinvention, réaffectation ou transformation des lieux sous emprise urbaine ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocfrom1n2>
La réaffectation ou la réhabilitation des friches industrielles bouleverse la destination des espaces sociaux par la transformation de lieux anciennement dédiés au travail et à la production, désormais affectés à la consommation, l’habitat ou le loisir, plus rarement à de nouvelles activités productives. Quels choix, en fonction de quels enjeux sociaux, président-ils à ces remodelages des espaces sociaux et leurs affectations ? Il s’agira de cerner l’emprise de la ville sur les espaces offerts par les friches : comment ces mutations redéfinissent-elles les territoires et leurs identités sociales et/ou professionnelles ? Quelles nouvelles formes de travail apparaissent (artisanat, économie créative, services) ? Entre visible et invisible, comment les images captent-elles les tensions sociales qui résultent des réhabilitations ou réaffectations des friches ? En quoi un jeu entre présence et absence nourrit-il un imaginaire urbain du travail mêlant nostalgie, fascination pour la ruine, et projections futures (art, utopies, dystopies) ? Comment les images peuvent-elles rendre visibles ces « fantômes » industriels ? Le chevalement se réduit-il désormais à un totem ? Le terril à un terrain pour l’*urban trail* ? L’entrepôt à un espace brunch aux murs de briques sablés et aux poutrelles d’acier luisantes d’une récente noire peinture satinée ? Axe 3 : Enjeux environnementaux et friches industrielles : dépollution, environnements sociaux et paradoxes visuels ? <journals.openedition.org/itti/6683#tocfrom1n3>
Les friches industrielles soulèvent des défis environnementaux majeurs, depuis la dépollution des sols jusqu’à la création d’éco-quartiers. Leur réhabilitation prétend souvent constituer des réservoirs de biodiversité, des laboratoires d’agriculture urbaine ou des renaissances d’activités économiques. Il s’agira de cerner comment les images des friches industrielles révèlent certaines tensions propres à ces tentatives : comment documentent-elles les relations entre dépollution et artificialisation, entre reconquête « naturelle » et gentrification verte, entre héritage et avenir ? Quels indices visuels trahissent les limites des projets environnementaux (ex. : éco-quartiers inaccessibles, nature « stérilisée ») ? Quelles conséquences induisent-elles entre nature, industrie et urbanité ? Par exemple, lorsque les friches sont reconverties en jardins partagés ou en espaces sportifs ?
*Rappels :* les articles (35 000 à 50 000 signes) doivent reposer sur l’usage d’un matériau iconographique dont le but n’est pas seulement d’illustrer le texte mais de nourrir l’argumentation. Ces matériaux peuvent provenir d’archives (veiller aux autorisations) ou – nous encourageons vivement cette pratique – avoir été produits par les auteur.e.s. Les collaborations entre photographes et sociologues, géographes, anthropologues ou historiens, etc., sont bienvenues.
*Calendrier : *Les propositions d’articles sont attendues pour le *15 septembre 2026*.
Les réponses du comité de rédaction seront transmises aux auteurs avant le *15 octobre 2026*.
La version définitive des articles devra être parvenue le *15 décembre 2026* . Bibliographie Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Les utilisateurs des institutions qui sont abonnées à un des programmes freemium d’OpenEdition peuvent télécharger les références bibliographiques pour lequelles Bilbo a trouvé un DOI.
Ambrosino C. & Andres L. (2008), « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », *Espaces et sociétés*, no 134, 2008/3, pp. 37-51, DOI : 10.3917/esp.134.0037 <shs.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2008-3-page-37?lang=fr> DOI : 10.3917/esp.134.0037 <dx.doi.org/10.3917/esp.134.0037>
Aubert Brielle M. (2021), *Des friches urbaines aux friches culturelles : des lieux alternatifs de revendication et d’expérimentation*, mémoire de master soutenu à Sciences-Po Rennes en 2021.
Beal V., Epstein R., Kirszbaum T. & Rousseau M. (2024), « Politiques des territoires délaissés », *Mouvements*, vol. 3, no 118.
Blanc J-N. (1991), « Les friches industrielles, de l’économique à l’urbain », *Revue de géographie de Lyon*, vol. 66, no 2, p. 103-107.
Cowie J. (1999), *Capital Moves: RCA’s Seventy-Year Quest for Cheap Labor*, The New Press. DOI : 10.7591/9781501723568 <dx.doi.org/10.7591/9781501723568>
Daumas J-C. (dir.) (2006), *La mémoire de l’industrie, de l’usine au patrimoine*, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 424 p. – publié sur Open Edition Books le 29 janvier 2024, DOI : 10.4000/books.pufc.27974 <doi.org/10.4000/books.pufc.27974> DOI : 10.4000/books.pufc.27974 <dx.doi.org/10.4000/books.pufc.27974>
Fontaine M. & Vigna X. (2019), « La désindustrialisation, une histoire en cours », *Revue d’histoire*, no 144, p. 2-17. DOI : 10.3917/vin.144.0002 <dx.doi.org/10.3917/vin.144.0002>
Freud S. (1919/1988), *L’inquiétante étrangeté*, Paris, Folio-Essais.
Hogh S. (2022), *Deindustrializing Montreal: Entangled Histories of Race, Residence, and Class*, McGill-Queen’s University Press. DOI : 10.1515/9780228012313 <dx.doi.org/10.1515/9780228012313>
High S. (2013), « Beyond Aesthetics : Visibility and invisibility in the aftermath of deindustrialization », *International Labor and Working-Class History*, vol. 84, p. 140-153.
Janin C. & Andres L. (2008), « Les friches : espaces en marge ou marges de manœuvre pour l’aménagement des territoires ? », *Annales de géographie*, n o 63, p. 62-81. DOI : 10.3917/ag.663.0062 <dx.doi.org/10.3917/ag.663.0062>
Offenstadt N. (2022), *Urbex. Le phénomène de l’exploration urbaine décrypté*, Paris, Albin Michel.
Roulleau-Berger L., *Le travail en friche. Les mondes de la petite production urbaine*, Paris, Éditions de l’Aube..
Strangelman T. (2013), « Smokestack Nostalgia, “Ruin Porn” or Working-Class Obituary: The Role and Meaning of Deindustrial Representation », *International Labor and Working-Class History*, 84(1), p. 23-37.
— Stéphane Lembré Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lille / INSPE Lille Hauts-de-France et IRHiS <pro.univ-lille.fr/stephane-lembre> Directeur adjoint Recherche & Développement INSPE Lille HdF Co-rédacteur en chef Histoire de l’éducation <journals.openedition.org/histoire-education/> et dir. coll. Histoire de l’éducation aux Presses universitaires de Septentrion <www.septentrion.com/collections/histoiredeleducation/> Tél. professionnel : 06 83 80 90 84
— Stéphane Lembré Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lille / INSPE Lille Hauts-de-France et IRHiS <pro.univ-lille.fr/stephane-lembre> Directeur adjoint Recherche & Développement INSPE Lille HdF Co-rédacteur en chef Histoire de l’éducation <journals.openedition.org/histoire-education/> et dir. coll. Histoire de l’éducation aux Presses universitaires de Septentrion <www.septentrion.com/collections/histoiredeleducation/> Tél. professionnel : 06 83 80 90 84

