AAC: Pavoiser dans l’entre-deux-guerres. Pratiques, émotions et conflits autour de l’appropriation visuelle de l’espace (1918-1939)
Appel à contributions :
Pavoiser dans l’entre-deux-guerres. Pratiques, émotions et conflits autour de l’appropriation visuelle de l’espace (1918-1939) 16-17 novembre 2026 Institut Historique Allemand, Paris
Organisateurs : Alexandre Bibert, Institut Historique Allemand ; Isabelle Davion, Sorbonne Université et UMR SIRICE ; François Robinet, Université Savoie Mont Blanc Argumentaire : L’entre-deux-guerres s’inscrit dans la continuité d’une intensification sans précédent des usages publics des drapeaux et des emblèmes nationaux, amorcée à la fin du XIXe siècle. Ce processus est reconfiguré à la suite de la Première Guerre mondiale par la définition des rapports entre vainqueurs et vaincus, les restructurations géopolitiques, la multiplication des échanges diplomatiques, les manifestations internationales, la montée des fascismes et du communisme, la massification de l’engagement politique et l’accroissement des circulations. Or, comme le suggèrent les travaux récemment réunis par P. Lagadec et L. Le Gall dans deux dossiers intitulés « Qu’est-ce qu’un drapeau ? », parus en 2023 dans 20 & 21. Revue d’histoire et Ethnologie française, la connaissance historique gagne à appréhender les drapeaux dans leur matérialité, leurs usages et leurs effets. Dans cette perspective, nous proposons de prolonger la réflexion sur le pavoisement en le considérant comme un enjeu d’acquisition de visibilité dans l’espace public, dans la construction d’identités collectives (Firth, 1973 ; Castoriadis, 1975 ; Billig, 2019), et par suite comme une source de tensions identitaires (Lapille, 2023 ; Jeličić, 2024). La période considérée constitue, de ce point de vue, un moment particulièrement fécond pour cette approche, tant les tensions des années 1920 et 1930 multiplient les occasions de hisser, d’imposer, de contester ou d’arracher des emblèmes (Cossart, 2001). Drapeaux, fanions, banderoles, tentures, supports promotionnels au sens large d’un nationalisme ou d’autres positionnements politiques participent d’un décorum dont il faut restituer la dimension agonistique, inséparable du contexte particulier dans lequel ils sont employés. Marqueurs d’une identité ou d’une allégeance, ces éléments ne se bornent pas à signaler des appartenances : ils suscitent des attachements, des rejets, des sentiments de fierté, d’humiliation, d’exaspération ou d’enthousiasme. Ils contribuent ainsi à charger l’espace de significations affectives, deviennent sources de conflits symboliques, voire physiques. Notre démarche cherche à saisir le potentiel suggestif, affectif et conflictuel du pavoisement, dans des contextes allant du local à l’international, tel qu’il se déploie à travers des couleurs renvoyant à des États, des mouvements nationalistes, à des organisations politiques, etc. (Dommanget, 1967 ; Elsbach, 2019). Elle ouvre à l’étude des modalités d’appropriation de l’espace politique dans des contextes diplomatiques, nationaux et coloniaux (Virmani, 1999 et 2008 ; Hernández Navarro, 2017). Elle appelle à prendre en compte les lieux attendus de l’exercice du pouvoir et de la diplomatie, mais aussi, au-delà, la mise en scène des frontières, la rue, les lieux de fête, de deuil, ou de mobilisation, les rassemblements sportifs, etc. De ce fait, l’approche prend en compte les drapeaux nationaux, mais des propositions portant sur des dispositifs incluant fanions, guirlandes, oriflammes ou autres formes visuelles aux couleurs d’organisations véhiculant un message de nature politique seront également bienvenues. Le pavoisement doit ainsi être envisagé non comme un simple ornement, mais comme une pratique de marquage, de hiérarchisation et de revendication de l’espace (Behrenbeck, Nützenadel, 2000). Il rend visibles des appartenances, cherche à produire des effets d’évidence, impose des présences et, parfois, conteste celles des autres. En ce sens, il participe de processus plus larges de territorialisation et d’émotionalisation du politique (Wirtz, 2017 ; Ory, 2020). L’espace pavoisé ne se contente pas de refléter des rapports de force : il contribue à les construire, à les rendre sensibles, à les dramatiser (Connolly, 2024). Pavoiser, c’est susciter des affects, appeler l’adhésion, provoquer l’irritation, l’enthousiasme, la fierté, le ressentiment ou la peur. Le pavoisement peut aussi être l’objet d’un processus d’acceptation et de résignation qui mérite d’être considéré. Les drapeaux, les emblèmes et leur agencement contribuent à encadrer des perceptions, à orienter des comportements, à renforcer des sentiments de cohésion ou au contraire à produire des sensations d’écrasement (Ory, 2000; Schatz, Lavine, 2007; Rossol, 2010). Pour bien appréhender ces dynamiques, il peut être nécessaire d’éclairer les modalités de conception, de production, de commercialisation, d’approvisionnement, d’emploi des supports et des objets, au sein de dispositifs dont il faut aussi considérer l’éventuelle spontanéité ou improvisation. Ce faisant, le pavoisement sera compris comme relevant d’une histoire matérielle participant d’une histoire visuelle et, finalement, culturelle du pouvoir. Dans cette perspective, les organisateurs souhaitent accueillir des propositions qui interrogent, sans exclusive géographique, les implications politiques, diplomatiques, sociales et culturelles du pavoisement dans l’entre-deux-guerres. Les contributions pourront aussi considérer la spécificité des manifestations du phénomène au cours de la période tout en interrogeant les disparités territoriales et les facteurs qui les fondent. En outre, une attention particulière pourra être prêtée à la façon dont le pavoisement transforme l’environnement, notamment urbain, et par conséquent le “paysage mental” des populations évoluant dans ces espaces. Attentives aux rapports entre pavoisement, construction d’identités et émotions politiques, les communications pourront notamment porter sur les axes suivants :
* une analyse détaillée des effets recherchés par le pavoisement et/ou de la perception du pavoisement par leurs témoins ;
* les usages diplomatiques du pavoisement, dans le cadre de visites d’État, réceptions officielles, conférences et organisations internationales ;
* le pavoisement comme pratique de marquage des espaces frontaliers ou encore comme pratique de souveraineté, en particulier dans les territoires contestés, nouvellement intégrés, ou coloniaux ;
* les usages militants et partisans des drapeaux, emblèmes et fanions au cours de rassemblements, ainsi qu’une réflexion sur les occasions, lieux et conditions de déploiement du pavoisement ;
* l’appropriation, l’acceptation politique des emblèmes ou au contraire les gestes de contestation ou de profanation ;
* les conflits politiques, juridiques et interventions policières suscitées par le pavoisement.
Sans privilégier une démarche méthodologique particulière, la journée d’étude accueillera des propositions mobilisant des approches diverses, parmi lesquelles des perspectives comparées, transnationales ou micro-historiques seront appréciées. Une attention particulière sera accordée aux contributions fondées sur l’analyse de sources visuelles ou de témoignages permettant d’appréhender la perception du pavoisement. Les personnes intéressées sont invitées à remplir le formulaire ci-dessous jusqu’au 7 juin 2026: framaforms.org/pavoiser-dans-lentre-deux-guerres-1775744795 Les langues de travail seront le français et l’anglais, et, afin de faciliter les échanges et la publication des résultats de la journée d’étude, les participants devront fournir un pré-papier en anglais trois semaines avant la rencontre.
Pavoiser dans l’entre-deux-guerres. Pratiques, émotions et conflits autour de l’appropriation visuelle de l’espace (1918-1939) 16-17 novembre 2026 Institut Historique Allemand, Paris
Organisateurs : Alexandre Bibert, Institut Historique Allemand ; Isabelle Davion, Sorbonne Université et UMR SIRICE ; François Robinet, Université Savoie Mont Blanc Argumentaire : L’entre-deux-guerres s’inscrit dans la continuité d’une intensification sans précédent des usages publics des drapeaux et des emblèmes nationaux, amorcée à la fin du XIXe siècle. Ce processus est reconfiguré à la suite de la Première Guerre mondiale par la définition des rapports entre vainqueurs et vaincus, les restructurations géopolitiques, la multiplication des échanges diplomatiques, les manifestations internationales, la montée des fascismes et du communisme, la massification de l’engagement politique et l’accroissement des circulations. Or, comme le suggèrent les travaux récemment réunis par P. Lagadec et L. Le Gall dans deux dossiers intitulés « Qu’est-ce qu’un drapeau ? », parus en 2023 dans 20 & 21. Revue d’histoire et Ethnologie française, la connaissance historique gagne à appréhender les drapeaux dans leur matérialité, leurs usages et leurs effets. Dans cette perspective, nous proposons de prolonger la réflexion sur le pavoisement en le considérant comme un enjeu d’acquisition de visibilité dans l’espace public, dans la construction d’identités collectives (Firth, 1973 ; Castoriadis, 1975 ; Billig, 2019), et par suite comme une source de tensions identitaires (Lapille, 2023 ; Jeličić, 2024). La période considérée constitue, de ce point de vue, un moment particulièrement fécond pour cette approche, tant les tensions des années 1920 et 1930 multiplient les occasions de hisser, d’imposer, de contester ou d’arracher des emblèmes (Cossart, 2001). Drapeaux, fanions, banderoles, tentures, supports promotionnels au sens large d’un nationalisme ou d’autres positionnements politiques participent d’un décorum dont il faut restituer la dimension agonistique, inséparable du contexte particulier dans lequel ils sont employés. Marqueurs d’une identité ou d’une allégeance, ces éléments ne se bornent pas à signaler des appartenances : ils suscitent des attachements, des rejets, des sentiments de fierté, d’humiliation, d’exaspération ou d’enthousiasme. Ils contribuent ainsi à charger l’espace de significations affectives, deviennent sources de conflits symboliques, voire physiques. Notre démarche cherche à saisir le potentiel suggestif, affectif et conflictuel du pavoisement, dans des contextes allant du local à l’international, tel qu’il se déploie à travers des couleurs renvoyant à des États, des mouvements nationalistes, à des organisations politiques, etc. (Dommanget, 1967 ; Elsbach, 2019). Elle ouvre à l’étude des modalités d’appropriation de l’espace politique dans des contextes diplomatiques, nationaux et coloniaux (Virmani, 1999 et 2008 ; Hernández Navarro, 2017). Elle appelle à prendre en compte les lieux attendus de l’exercice du pouvoir et de la diplomatie, mais aussi, au-delà, la mise en scène des frontières, la rue, les lieux de fête, de deuil, ou de mobilisation, les rassemblements sportifs, etc. De ce fait, l’approche prend en compte les drapeaux nationaux, mais des propositions portant sur des dispositifs incluant fanions, guirlandes, oriflammes ou autres formes visuelles aux couleurs d’organisations véhiculant un message de nature politique seront également bienvenues. Le pavoisement doit ainsi être envisagé non comme un simple ornement, mais comme une pratique de marquage, de hiérarchisation et de revendication de l’espace (Behrenbeck, Nützenadel, 2000). Il rend visibles des appartenances, cherche à produire des effets d’évidence, impose des présences et, parfois, conteste celles des autres. En ce sens, il participe de processus plus larges de territorialisation et d’émotionalisation du politique (Wirtz, 2017 ; Ory, 2020). L’espace pavoisé ne se contente pas de refléter des rapports de force : il contribue à les construire, à les rendre sensibles, à les dramatiser (Connolly, 2024). Pavoiser, c’est susciter des affects, appeler l’adhésion, provoquer l’irritation, l’enthousiasme, la fierté, le ressentiment ou la peur. Le pavoisement peut aussi être l’objet d’un processus d’acceptation et de résignation qui mérite d’être considéré. Les drapeaux, les emblèmes et leur agencement contribuent à encadrer des perceptions, à orienter des comportements, à renforcer des sentiments de cohésion ou au contraire à produire des sensations d’écrasement (Ory, 2000; Schatz, Lavine, 2007; Rossol, 2010). Pour bien appréhender ces dynamiques, il peut être nécessaire d’éclairer les modalités de conception, de production, de commercialisation, d’approvisionnement, d’emploi des supports et des objets, au sein de dispositifs dont il faut aussi considérer l’éventuelle spontanéité ou improvisation. Ce faisant, le pavoisement sera compris comme relevant d’une histoire matérielle participant d’une histoire visuelle et, finalement, culturelle du pouvoir. Dans cette perspective, les organisateurs souhaitent accueillir des propositions qui interrogent, sans exclusive géographique, les implications politiques, diplomatiques, sociales et culturelles du pavoisement dans l’entre-deux-guerres. Les contributions pourront aussi considérer la spécificité des manifestations du phénomène au cours de la période tout en interrogeant les disparités territoriales et les facteurs qui les fondent. En outre, une attention particulière pourra être prêtée à la façon dont le pavoisement transforme l’environnement, notamment urbain, et par conséquent le “paysage mental” des populations évoluant dans ces espaces. Attentives aux rapports entre pavoisement, construction d’identités et émotions politiques, les communications pourront notamment porter sur les axes suivants :
* une analyse détaillée des effets recherchés par le pavoisement et/ou de la perception du pavoisement par leurs témoins ;
* les usages diplomatiques du pavoisement, dans le cadre de visites d’État, réceptions officielles, conférences et organisations internationales ;
* le pavoisement comme pratique de marquage des espaces frontaliers ou encore comme pratique de souveraineté, en particulier dans les territoires contestés, nouvellement intégrés, ou coloniaux ;
* les usages militants et partisans des drapeaux, emblèmes et fanions au cours de rassemblements, ainsi qu’une réflexion sur les occasions, lieux et conditions de déploiement du pavoisement ;
* l’appropriation, l’acceptation politique des emblèmes ou au contraire les gestes de contestation ou de profanation ;
* les conflits politiques, juridiques et interventions policières suscitées par le pavoisement.
Sans privilégier une démarche méthodologique particulière, la journée d’étude accueillera des propositions mobilisant des approches diverses, parmi lesquelles des perspectives comparées, transnationales ou micro-historiques seront appréciées. Une attention particulière sera accordée aux contributions fondées sur l’analyse de sources visuelles ou de témoignages permettant d’appréhender la perception du pavoisement. Les personnes intéressées sont invitées à remplir le formulaire ci-dessous jusqu’au 7 juin 2026: framaforms.org/pavoiser-dans-lentre-deux-guerres-1775744795 Les langues de travail seront le français et l’anglais, et, afin de faciliter les échanges et la publication des résultats de la journée d’étude, les participants devront fournir un pré-papier en anglais trois semaines avant la rencontre.

