AFHRC : journée d’études du 16 janvier 2027
Appel à communication, journée d’étude du 16 janvier 2027 AFHRC (Association française d’histoire religieuse contemporaine)
Les religions et le temps à l’époque contemporaine (XIXe–XXIe siècles) Les traditions religieuses sont étroitement liées aux manières de penser, d’organiser et de vivre le temps. Même dans les sociétés les plus sécularisées, le temps collectif conserve l’empreinte de la matrice religieuse. Elle se manifeste dans les calendriers (qu’ils soient grégorien, julien ou de l’hégire…(Aveni, 2002)), comme dans certains « rites de passage » (Van Gennep, 1909). Dans ces différentes dimensions, le temps religieux est une puissante matrice de l’expérience collective (Lambert, 1985). Il concentre l’intensité du vécu dans des fêtes ou des cérémonies qui permettent d’éprouver un avant et un après et attestent la puissance agissante de l’institution religieuse (Rappaport, 1999). L’origine religieuse des fêtes ne forclot pourtant pas l’horizon du vécu et les dynamiques profanes les traversent (Pellegrin, 1987). À l’époque contemporaine, cette structuration religieuse des temps collectifs et individuels est profondément ébranlée : confrontation aux temporalités politiques et sociales issues de l’affirmation de l’État (Zerubavel, 1981) et de la révolution industrielle (Mumford, 1950), imposition de nouveaux calendriers dans le cadre des entreprises coloniales (Galison, 2003), déclin du monde rural. Les calendriers des rites et les valeurs dont ils orchestrent la mémoire sont redéfinis, certaines références au passé sont réactivées (Hobsbawm & Ranger, 1983), les horizons eschatologiques se renouvellent. Le temps est ainsi un observatoire du changement social, politique et religieux (Pomian 1984), qui permet d’analyser les tensions que font naître les processus de sécularisation et de globalisation (Ogle, 2015). Au-delà de cette organisation sociale du temps, c’est la représentation même de la place de la société dans l’histoire sur laquelle jouent les récits religieux. Les régimes d’historicité (Hartog, 2003) comme mise en sens et en ordre du rapport entre le passé, le présent et le futur, canalisent les imaginaires vers un passé à défendre ou un avenir à construire. Cet agencement des temporalités met en circulation des images, légitime et freine des réformes. Définir l’origine ou l’avenir est à ce titre une ressource capitale de pouvoir (Certeau, 1987). Il est souvent admis que les traditions indo‑grecques conçoivent le temps comme cyclique, tandis que les traditions judéo‑chrétiennes (mais aussi certains cadres scientifiques et même le marxisme, comme l’a montré Arendt (1951, 1958, 1961) le pensent comme linéaire et téléologique. Toutefois, cette opposition classique entre circularité et linéarité a été largement remise en question (Balsley & Mohanty, 1993), révélant que ces modèles ne fonctionnent pas comme des catégories étanches mais comme des schèmes historiquement construits et souvent imbriqués. Dans le monde contemporain, les relations entre temps religieux et temps séculier apparaissent d’ailleurs plus étroitement entremêlées qu’on ne l’imagine : des conceptions temporelles issues de traditions multiples continuent à structurer des imaginaires technologiques, politiques ou scientifiques réputés « laïques », tandis que ces derniers contribuent en retour à redéfinir les manières de vivre et de penser le temps au sein des pratiques religieuses. En définitive, les temporalités religieuses et modernes ne s’opposent pas mais se co‑produisent, façonnant conjointement les attentes collectives et les modes d’expérience historique. (Talal Asad, 2003). Cette journée d’étude propose d’explorer la pluralité des relations entre religions et temporalités du XIXe siècle à nos jours. Elle entend réunir des historiennes et historiens des religions travaillant sur différentes aires culturelles afin d’interroger la manière dont les acteurs religieux, les institutions et les discours religieux produisent, interprètent et transforment les expériences du temps. Les propositions pourront s’inscrire dans l’un des trois axes suivants (sans s’y limiter strictement). Axe 1 — Les recompositions de la structuration religieuse du temps collectif À l’époque contemporaine, la croissance de l’État, l’économie capitaliste, et la sécularisation provoquent une transformation des régimes de temporalité obligeant les traditions religieuses à s’adapter. Les communications pourront par exemple explorer :
* les adaptations des institutions aux temporalités administratives, industrielles ou scolaires ; * les débats internes autour du rythme des pratiques religieuses ; * les reconfigurations des fêtes, calendriers et rythmes liturgiques à l’époque contemporaine.
Axe 2 — Régimes d’historicité et mise en récit du passé et de l’avenir Si les religions s’ancrent dans le passé et en actualisent l’image, elles produisent également des visions du futur. À l’époque contemporaine, ces imaginaires se recomposent dans des contextes marqués par les crises politiques, les transformations sociales ou les inquiétudes globales. Les contributions pourront notamment aborder :
* les origines et traditions reconstruites ou réinterprétées ;
* les renouvellements des discours eschatologiques ou prophétiques ; * les imaginaires religieux de la décadence ou du progrès ;
Axe 3 — Expériences du temps et pratiques religieuses Au-delà des institutions et des discours, les religions façonnent des expériences concrètes du temps dans la vie quotidienne des croyantes et croyants : rythmes rituels, temporalités de la prière, du pèlerinage, de la conversion ou de l’engagement religieux. Les propositions pourront porter sur :
* les temporalités vécues des pratiques religieuses ; * les cycles rituels et leur transformation ; * l’expérience religieuse des ruptures de temporalité biographique (conversion, vocation, crise) ;
Modalités de soumission Les propositions de communication, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 21 juin 2026 à l’adresse suivante : merce.prats@laposte.net<mailto:merce.prats@laposte.net>.
Comité scientifique et organisation Coquet Edouard (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXe siècle), Courreye Charlotte (IETT, Université Jean Moulin Lyon 3), Fourcade Michel (Université de Montpellier Paul-Valéry, CRISES), Hérisson Arthur (Centre d’histoire du XIXe siècle), Houssin-Monello Matteo (professeur agrégéd’histoire), Levant Marie (Université de Bâle, Forum Basiliense), Núñez-Bargueño Natalia (KU Leuven), Prats Mercè (Laboratoire d’étude sur les monothéismes), Raison du Cleuziou Yann (Université de Bordeaux, Institut de Recherche Montesquieu), Verdeil Chantal (INALCO, CERMOM).
Orientations bibliographiques : Andézian Sossie, « Temporalités religieuses hiérosolymitaines au prisme du calendrier du patriarcat arménien de Jérusalem », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 136 | 2014. Anthony Aveni, Empires of Time: Calendars, Clocks, and Cultures, University Press of Colorado, 2002. Arendt Hannah. Entre passé et futur. Huit exercices de pensée politique, Gallimard, 1994 (1er ed. 1961). Arendt, Hannah. La Condition de l’homme moderne, Calmann‑Lévy, 2012 (1er ed. 1958). Arendt, Hannah. Les Origines du totalitarisme, Gallimard, 2017 (1er ed. 1951). Asad Talal. Formations of the Secular: Christianity, Islam, Modernity, Stanford University Press, 2003. Balsley, A. N., & Mohanty, J.N., « Introduction », in Religion and Time, Brill, 1993. Chiffoleau Sylvia, Une histoire du temps dans le monde arabe, CNRS Editions, 2026. De Certeau, Michel, « Le mythe des origines », La faiblesse de croire, Seuil, 1987. Galison Peter, Einstein’s Clocks, Poincaré’s Maps: Empires of Time, W.W. Norton, 2003. Hartog François, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Seuil, 2003. Hobsbawm Eric, Ranger Terence (dir.), L’invention de la tradition, Éditions Amsterdam, 2006, Lambert Yves, Dieu change en Bretagne, Cerf, 1985. Mumford Lewis, Technique et civilisation, Seuil, 1950 (1er ed. 1934). Ogle Vanessa, The Global Transformation of Time: 1870–1950, Harvard University Press, 2015. Pellegrin Nicole, « La fête profanée. Clercs et fidèles du Centre-Ouest à la fin du XVIIIe siècle », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 94–4, 1987. Pomian Krzysztof, L’ordre du temps, Gallimard, 1984. Rappaport Roy A., Ritual and Religion in the Making of Humanity, Cambridge University Press, 1999. Van Gennep Arnold, Les rites de passage, Nourry, 1909. Zerubavel Eviatar, Hidden Rhythms: Schedules and Calendars in Social Life, University of Chicago Press, 1981.
Le secrétaire de l’AFHRC,
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Édouard Coquet
Maître de conférences en histoire contemporaine Membre du Centre d’histoire du XIXe siècle (UR3550)
Sorbonne Université, Faculté des Lettres 1, rue Victor Cousin 75005 Paris edouard.coquet@sorbonne-universite.fr<mailto:edouard.coquet@sorbonne-universite.fr>
Les religions et le temps à l’époque contemporaine (XIXe–XXIe siècles) Les traditions religieuses sont étroitement liées aux manières de penser, d’organiser et de vivre le temps. Même dans les sociétés les plus sécularisées, le temps collectif conserve l’empreinte de la matrice religieuse. Elle se manifeste dans les calendriers (qu’ils soient grégorien, julien ou de l’hégire…(Aveni, 2002)), comme dans certains « rites de passage » (Van Gennep, 1909). Dans ces différentes dimensions, le temps religieux est une puissante matrice de l’expérience collective (Lambert, 1985). Il concentre l’intensité du vécu dans des fêtes ou des cérémonies qui permettent d’éprouver un avant et un après et attestent la puissance agissante de l’institution religieuse (Rappaport, 1999). L’origine religieuse des fêtes ne forclot pourtant pas l’horizon du vécu et les dynamiques profanes les traversent (Pellegrin, 1987). À l’époque contemporaine, cette structuration religieuse des temps collectifs et individuels est profondément ébranlée : confrontation aux temporalités politiques et sociales issues de l’affirmation de l’État (Zerubavel, 1981) et de la révolution industrielle (Mumford, 1950), imposition de nouveaux calendriers dans le cadre des entreprises coloniales (Galison, 2003), déclin du monde rural. Les calendriers des rites et les valeurs dont ils orchestrent la mémoire sont redéfinis, certaines références au passé sont réactivées (Hobsbawm & Ranger, 1983), les horizons eschatologiques se renouvellent. Le temps est ainsi un observatoire du changement social, politique et religieux (Pomian 1984), qui permet d’analyser les tensions que font naître les processus de sécularisation et de globalisation (Ogle, 2015). Au-delà de cette organisation sociale du temps, c’est la représentation même de la place de la société dans l’histoire sur laquelle jouent les récits religieux. Les régimes d’historicité (Hartog, 2003) comme mise en sens et en ordre du rapport entre le passé, le présent et le futur, canalisent les imaginaires vers un passé à défendre ou un avenir à construire. Cet agencement des temporalités met en circulation des images, légitime et freine des réformes. Définir l’origine ou l’avenir est à ce titre une ressource capitale de pouvoir (Certeau, 1987). Il est souvent admis que les traditions indo‑grecques conçoivent le temps comme cyclique, tandis que les traditions judéo‑chrétiennes (mais aussi certains cadres scientifiques et même le marxisme, comme l’a montré Arendt (1951, 1958, 1961) le pensent comme linéaire et téléologique. Toutefois, cette opposition classique entre circularité et linéarité a été largement remise en question (Balsley & Mohanty, 1993), révélant que ces modèles ne fonctionnent pas comme des catégories étanches mais comme des schèmes historiquement construits et souvent imbriqués. Dans le monde contemporain, les relations entre temps religieux et temps séculier apparaissent d’ailleurs plus étroitement entremêlées qu’on ne l’imagine : des conceptions temporelles issues de traditions multiples continuent à structurer des imaginaires technologiques, politiques ou scientifiques réputés « laïques », tandis que ces derniers contribuent en retour à redéfinir les manières de vivre et de penser le temps au sein des pratiques religieuses. En définitive, les temporalités religieuses et modernes ne s’opposent pas mais se co‑produisent, façonnant conjointement les attentes collectives et les modes d’expérience historique. (Talal Asad, 2003). Cette journée d’étude propose d’explorer la pluralité des relations entre religions et temporalités du XIXe siècle à nos jours. Elle entend réunir des historiennes et historiens des religions travaillant sur différentes aires culturelles afin d’interroger la manière dont les acteurs religieux, les institutions et les discours religieux produisent, interprètent et transforment les expériences du temps. Les propositions pourront s’inscrire dans l’un des trois axes suivants (sans s’y limiter strictement). Axe 1 — Les recompositions de la structuration religieuse du temps collectif À l’époque contemporaine, la croissance de l’État, l’économie capitaliste, et la sécularisation provoquent une transformation des régimes de temporalité obligeant les traditions religieuses à s’adapter. Les communications pourront par exemple explorer :
* les adaptations des institutions aux temporalités administratives, industrielles ou scolaires ; * les débats internes autour du rythme des pratiques religieuses ; * les reconfigurations des fêtes, calendriers et rythmes liturgiques à l’époque contemporaine.
Axe 2 — Régimes d’historicité et mise en récit du passé et de l’avenir Si les religions s’ancrent dans le passé et en actualisent l’image, elles produisent également des visions du futur. À l’époque contemporaine, ces imaginaires se recomposent dans des contextes marqués par les crises politiques, les transformations sociales ou les inquiétudes globales. Les contributions pourront notamment aborder :
* les origines et traditions reconstruites ou réinterprétées ;
* les renouvellements des discours eschatologiques ou prophétiques ; * les imaginaires religieux de la décadence ou du progrès ;
Axe 3 — Expériences du temps et pratiques religieuses Au-delà des institutions et des discours, les religions façonnent des expériences concrètes du temps dans la vie quotidienne des croyantes et croyants : rythmes rituels, temporalités de la prière, du pèlerinage, de la conversion ou de l’engagement religieux. Les propositions pourront porter sur :
* les temporalités vécues des pratiques religieuses ; * les cycles rituels et leur transformation ; * l’expérience religieuse des ruptures de temporalité biographique (conversion, vocation, crise) ;
Modalités de soumission Les propositions de communication, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 21 juin 2026 à l’adresse suivante : merce.prats@laposte.net<mailto:merce.prats@laposte.net>.
Comité scientifique et organisation Coquet Edouard (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXe siècle), Courreye Charlotte (IETT, Université Jean Moulin Lyon 3), Fourcade Michel (Université de Montpellier Paul-Valéry, CRISES), Hérisson Arthur (Centre d’histoire du XIXe siècle), Houssin-Monello Matteo (professeur agrégéd’histoire), Levant Marie (Université de Bâle, Forum Basiliense), Núñez-Bargueño Natalia (KU Leuven), Prats Mercè (Laboratoire d’étude sur les monothéismes), Raison du Cleuziou Yann (Université de Bordeaux, Institut de Recherche Montesquieu), Verdeil Chantal (INALCO, CERMOM).
Orientations bibliographiques : Andézian Sossie, « Temporalités religieuses hiérosolymitaines au prisme du calendrier du patriarcat arménien de Jérusalem », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 136 | 2014. Anthony Aveni, Empires of Time: Calendars, Clocks, and Cultures, University Press of Colorado, 2002. Arendt Hannah. Entre passé et futur. Huit exercices de pensée politique, Gallimard, 1994 (1er ed. 1961). Arendt, Hannah. La Condition de l’homme moderne, Calmann‑Lévy, 2012 (1er ed. 1958). Arendt, Hannah. Les Origines du totalitarisme, Gallimard, 2017 (1er ed. 1951). Asad Talal. Formations of the Secular: Christianity, Islam, Modernity, Stanford University Press, 2003. Balsley, A. N., & Mohanty, J.N., « Introduction », in Religion and Time, Brill, 1993. Chiffoleau Sylvia, Une histoire du temps dans le monde arabe, CNRS Editions, 2026. De Certeau, Michel, « Le mythe des origines », La faiblesse de croire, Seuil, 1987. Galison Peter, Einstein’s Clocks, Poincaré’s Maps: Empires of Time, W.W. Norton, 2003. Hartog François, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Seuil, 2003. Hobsbawm Eric, Ranger Terence (dir.), L’invention de la tradition, Éditions Amsterdam, 2006, Lambert Yves, Dieu change en Bretagne, Cerf, 1985. Mumford Lewis, Technique et civilisation, Seuil, 1950 (1er ed. 1934). Ogle Vanessa, The Global Transformation of Time: 1870–1950, Harvard University Press, 2015. Pellegrin Nicole, « La fête profanée. Clercs et fidèles du Centre-Ouest à la fin du XVIIIe siècle », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 94–4, 1987. Pomian Krzysztof, L’ordre du temps, Gallimard, 1984. Rappaport Roy A., Ritual and Religion in the Making of Humanity, Cambridge University Press, 1999. Van Gennep Arnold, Les rites de passage, Nourry, 1909. Zerubavel Eviatar, Hidden Rhythms: Schedules and Calendars in Social Life, University of Chicago Press, 1981.
Le secrétaire de l’AFHRC,
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Édouard Coquet
Maître de conférences en histoire contemporaine Membre du Centre d’histoire du XIXe siècle (UR3550)
Sorbonne Université, Faculté des Lettres 1, rue Victor Cousin 75005 Paris edouard.coquet@sorbonne-universite.fr<mailto:edouard.coquet@sorbonne-universite.fr>

