23 janvier | Journée d’étude en ligne du réseau « Les Morts » : « Accompagner les vivants, composer avec l’absence »
La première* journée d’étude organisée par le réseau « Les Morts. Regards, Récits, Réflexions »* se tiendra *en ligne vendredi 23 janvier 2026*, de 9h à 17h, sur inscription : reseau.lesmorts@gmail.com (lien zoom envoyé la veille).
*Cette journée d’étude interrogera les rapports à la mort et au deuil, du mourir au post-mortem, selon la perspective de recherches en sociologie, psychologie, et en architecture. Le domaine des death studies appréhende la mort, le corps mort et le deuil dans leur cadre émotionnel, symbolique, logistique et sociétal. Nous souhaitons ainsi mettre en avant la recherche en train de se faire autour de différents terrains et chercheur·es. Elle s’appuiera ainsi sur des communications autour de l’accompagnement du mourir selon différents points de vue : celui des professionnel·les accompagnant le malade (soignant·es, professeur·es), et celui des proches du défunt (familles, camarades de classe). Les trajectoires de fin de vie seront également abordées sous l’angle du genre et, sous un jour critique, de la division sexuée du soin du mourant et du mort. Autour de l’espace scolaire ou de l’hôpital, les communications questionneront les formes de ritualisation funéraire existantes et leurs mutations éventuelles avant et après la transformation du cadavre. Elle est également la présentation de projets actifs menés par des chercheur·es aguerri·es, qui permettent à notre public de masterant·es et de doctorant·es de voir toute la vitalité des death studies, et le potentiel de leurs propres chantiers de recherche. *
*Programme* * »Accompagner les vivants, composer avec l’absence. Des ritualisations, socialisations et représentations de la mort »*
9h00-9h30 : Mot d’introduction par l’équipe coordinatrice du réseau Accompagner les vivants
9h30-10h15 : * »**F**aire une place à l’élève décédé. Sens et discordances autour des ritualisations post-décès dans l’espace scolaire »** – *Nicolas El Haïk-Wagner, Esin Er, Martin Julier-Costes
*La poursuite de scolarité des enfants et adolescents atteints de cancer (2 300 nouveaux diagnostics par an) les aide à retrouver un statut d’élève et des sociabilités ordinaires, y compris lorsqu’ils sont en phase palliative. Notre communication repose sur une recherche en cours articulant psychologie et sociologie. Le volet psychologique explore l’expérience d’enseignants confrontés à la perte d’un(e) élève malade. Les résultats préliminaires mettent en évidence le caractère marquant de cette expérience, la persistance de liens symboliques avec l’enfant décédé, ainsi que les impacts émotionnels et les significations que les enseignants élaborent face à cette épreuve. Le second volet sociologique examinera, sur la base d’un corpus d’entretiens avec une soixantaine de professionnels, les ritualisations dans l’espace scolaire après le décès d’un élève : les ritualisations funéraires instituantes immédiates ; les ritualisations funéraires instituées ; les ritualisations discrètes et les autres modalités de négociation d’une place matérielle et symbolique pour l’élève décédé dans la mémoire individuelle et collective.*
10h15-11h00 : * »Les effets de l’accompagnement psychologique familial sur le vécu de la mort »** – *Marthe Ducos
*Cette communication porte sur les effets de l’accompagnement psychologique familial dans le vécu de la mort chez de jeunes parents atteints de cancer à l’Institut Bergonié. Face à un parcours de soins complexe, un dispositif d’accompagnement individuel, familial et groupal, le groupe parents-enfants Shifumi, est proposé dès l’annonce de la maladie. En phase palliative, les préoccupations des patients évoluent fortement, notamment autour de l’avenir des enfants et du conjoint. À partir d’une méthodologie qualitative fondée sur la pratique clinique, nous analysons comment l’attention portée aux paroles, émotions et comportements éclaire les processus conscients et inconscients liés à la mort. L’illustration de la famille M. montre que la continuité du soutien favorise l’anticipation de la séparation et la transmission parentale. Cet accompagnement semble offrir aux familles une meilleure capacité d’adaptation et la possibilité d’envisager l’avenir malgré la perte imminente. À l’inverse, l’absence de soutien psychologique maintient souvent les familles dans une focalisation anxieuse sur la mort. Nous discutons enfin la nécessité d’études complémentaires pour approfondir ces résultats.*
11h00-12h00 : Temps de discussion Composer avec l’absence
14h00-14h45 : * »Genre et fin de vie. Éléments programmatiques pour un croisement critique entre sociologie du mourir et études féministes »** – *Pauline Launay, Florence Ollivier
*Les analyses articulant genre et fin de vie demeurent encore rares, alors même que les femmes sont surreprésentées à toutes les étapes du mourir : femmes endeuillées, aidantes, soignantes, mourantes. Cette communication propose d’explorer ce croisement à partir d’une revue critique de la littérature, de matériaux empiriques issus d’enquêtes de terrain et de pistes théoriques à visée programmatique. Elle interrogera en particulier les effets différenciés des rapports sociaux de sexe dans les trajectoires de fin de vie, les demandes de mort volontaire et les dispositifs de soins palliatifs. En mobilisant les apports des épistémologies féministes (point de vue situé, analyse des rapports sociaux, critique de l’androcentrisme médical), elle plaidera pour une lecture non naturalisante du mourir, attentive aux assignations sociales et aux inégalités croisées (genre, classe, race, validisme). L’enjeu est de rendre visible ce que les savoirs dominants sur la mort — souvent masculins, médicaux et désincarnés — ont longtemps occulté : la division sexuée du travail de la mort, les expériences différenciées des personnes en fin de vie, et la portée politique des revendications féministes autour de la « bonne mort ». *
14h45-15h30 : * »Comment les dispersions en “pleine nature” font-elles sépultures ? »** – *Pascaline Thiollière
*Cette communication relatera un projet en cours intitulé « Gestes et Territoires de la Mort en cendres » (GeTeM) qui vise à mieux comprendre comment se fait le choix et la réalisation de dispersions de cendres dans des espaces naturels non aménagés. Après avoir travaillé sur l’inscription des cimetières et plus largement des morts dans la ville depuis la discipline architecturale et les approches sensibles de l’espace, cette recherche explore le geste anti-architectural de la dispersion, qui ne laisse que d’infimes traces, pas d’identification des défunts, pas de support normalisé de mémoire, et qui pourtant fait sépulture. Nous tâcherons d’exposer un premier argumentaire et des éléments de compréhension de ce qui se joue pour le mort et pour ceux qui restent dans ces pratiques, en quoi elles sont en cohérence avec des représentations de la mort (donc de la vie) et du souvenir, des manières d’hériter et de rendre hommage aux défunts en voie de réinvention.*
15h30-16h30 : Temps de discussion
16h30-17h00 : Mot de clôture par l’équipe coordinatrice du réseau
Cordialement, Site web <lesmorts.hypotheses.org/> Page LinkedIn <www.linkedin.com/company/r%C3%A9seau-les-morts>
Deuxième édition des prix de la recherche sur les rites et pratiques funéraires <lesmorts.hypotheses.org/prix-de-la-recherche> (dossier à transmettre au plus tard le 15 février 2026).

