Soutenance HDR
Chères et chers collègues,
J’ai le plaisir de vous informer de la soutenance de mon habilitation à diriger des recherches le *mardi 3 décembre 2024 à partir de 9 heures*. Celle-ci aura lieu dans le bâtiment historique de la Sorbonne, en salle 306. En entrant au 17 rue de la Sorbonne, il faut pénétrer dans la cour d’honneur, tourner tout de suite à droite (passer à côté de la statue de Pasteur) en longeant le bâtiment et prendre le premier escalier. La salle se trouve au premier étage.
Le dossier est intitulé « L’expert et le politique. Les gauches socialistes entre l’Etat et l’international (Europe de l’Ouest, XXe siècle) ». Il comprend un recueil de publications, un mémoire de synthèse intitulé « Faire de l’histoire politique aujourd’hui » et un mémoire inédit intitulé « Les socialistes ouest-européens face au choc du global: entre accommodements, appropriations et résistances aux logiques néolibérales (années 1968-1997) ».
Le jury est composé de:
Emmanuelle Avril, Professeure des universités, université de la Sorbonne Nouvelle (rapporteure) Noëlline Castagnez, Professeure des universités, université d’Orléans (rapporteure) Carlos Sanz Diaz, Profesor Titular, Universidad Complutense, Madrid Marc Lazar, Professeur des universités émérite, Sciences Po Kiran Klaus Patel, Professeur des universités, Ludwig-Maximilians-Universität, Munich Laurent Warlouzet, Professeur des universités, Sorbonne Université (garant)
Pour des raisons logistiques et d’accès au bâtiment de la Sorbonne, je remercie celles et ceux qui souhaiteraient assister à cette soutenance de m’en informer d’ici le 20 novembre. A son issue, un pot est prévu auquel vous êtes cordialement invités.
*Résumé du mémoire inédit:*
Cette recherche s’inscrit en faux contre le récit, trop linéaire et trop simple, d’une conversion précoce et en bloc des dirigeants et des experts économiques socialistes ouest-européens au nouvel ordre économique international promu par les néoconservateurs états-uniens et britanniques avec l’aide des principales organisations économiques internationales (FMI, Banque mondiale) au tournant des années 1980. Dans les années 1970, âge d’or électoral (plus que militant) de la social-démocratie, gouvernements et partis de cette famille politique avaient exploré de nombreuses voies nationales de sortie de crise, du « néokeynésianisme » teinté de tiers-mondisme à l’autogestion, en passant par la promotion d’un nouveau modèle de développement plus frugal et plus collectif, avatar socialiste de l’austérité. Les crises monétaires et la dégradation des comptes publics de la fin de la décennie, qui peuvent s’accompagner de défaites électorales, ébranlent les certitudes des grands leaders comme Willy Brandt, Bruno Kreisky, Olof Palme, Felipe González, François Mitterrand, Helmut Schmidt ou Joop den Uyl. La force d’attraction de la nouvelle doxa économique auprès des élites patronales et des administrations nationales et internationales rend l’élaboration d’alternatives radicales plus compliquées.
Prenant appui sur un vaste corpus de sources primaires, orales et imprimées à différentes échelles du socialisme politique (partis nationaux, Union des partis socialistes de la Communauté européenne et Parti des socialistes européens [PSE], Internationale socialiste), ce travail aspire à mettre en lumière les aspérités et les sinuosités entravant le processus de convergence de cette famille vers des politiques économiques et sociales reposant sur ce que nous définissons comme des logiques néolibérales, entendues comme la cristallisation, sous des formes vulgarisées et hybrides, d’approches monétaires et microéconomiques principalement développées aux États-Unis, comme le monétarisme, les anticipations rationnelles, la théorie du public choice et l’économie de l’offre. Nous montrons que les élites socialistes ne deviennent pas reaganiennes ou thatchériennes, même si leur recomposition sociologique et idéologique s’accélère considérablement dans les années 1980.
À l’exception majeure (et longuement discutée) de la finance, où les gouvernements socialistes s’approprient, avec le zèle des convertis, les mots d’ordre de libéralisation et de dérégulation du secteur lancés par leurs adversaires politiques, l’étude des réformes accomplies dans d’autres champs de politique économique et sociale infirme l’idée d’une conversion abrupte. Sur le plan social, les socialistes au pouvoir en France, en Autriche et en Suède préservent les principes et les budgets de l’État protecteur des années de croissance au prix d’un durcissement très relatif des conditions d’accès aux allocations, tandis que leurs homologues d’Europe du Sud (PS portugais, PSOE espagnol, PASOK grec), récemment sortis de longue période de dictature, s’efforcent de construire l’État social sans transiger avec le respect de l’austérité budgétaire, jugée nécessaire dans la perspective de l’intégration européenne. Un réflexe de prudence similaire s’observe dans le rapport des socialistes aux privatisations, considérées comme l’un des principaux marqueurs de l’offensive néolibérale au Royaume-Uni. En matière de politique européenne, le rôle central des socialistes français et italiens dans la « relance » de la CEE par le marché en 1984-1985 témoigne d’un consentement à la libéralisation plus prononcé. Ce choix obéit toutefois davantage à des considérations de politique intérieure et de sécurité, liées notamment au durcissement de la Guerre froide, qu’à la conviction que l’Europe marchande constitue la pierre de touche de la sortie de crise. Peu après l’entrée en vigueur du traité de Maastricht émerge ainsi, à l’initiative du PSE et du président de la Commission européenne Jacques Delors, une tentative de relance de l’Europe sociale par la mise en oeuvre d’une politique communautaire de l’emploi hybridant la « flexicurité » protectrice nordique avec la logique de *welfare to work* alors mise en œuvre par l’administration Clinton aux États-Unis.
L’échec de cette initiative rappelle cependant que la dynamique dominante, qui s’accélère encore avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements dits de « Troisième voie » au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie à la fin des années 1990, demeure celle d’un glissement de plus en plus fréquent de l’accommodement plus ou moins exigeant aux logiques néolibérales vers leur appropriation pure et simple. En dernière analyse, cette recherche entend donc apporter des éléments de réponse à une question limpide dans sa formulation mais épineuse sur le fond : pourquoi les élites socialistes se sont-elles engagées dans cette voie qui a considérablement éloigné leurs partis des classes populaires et distendu leurs liens avec le mouvement social?
J’ai le plaisir de vous informer de la soutenance de mon habilitation à diriger des recherches le *mardi 3 décembre 2024 à partir de 9 heures*. Celle-ci aura lieu dans le bâtiment historique de la Sorbonne, en salle 306. En entrant au 17 rue de la Sorbonne, il faut pénétrer dans la cour d’honneur, tourner tout de suite à droite (passer à côté de la statue de Pasteur) en longeant le bâtiment et prendre le premier escalier. La salle se trouve au premier étage.
Le dossier est intitulé « L’expert et le politique. Les gauches socialistes entre l’Etat et l’international (Europe de l’Ouest, XXe siècle) ». Il comprend un recueil de publications, un mémoire de synthèse intitulé « Faire de l’histoire politique aujourd’hui » et un mémoire inédit intitulé « Les socialistes ouest-européens face au choc du global: entre accommodements, appropriations et résistances aux logiques néolibérales (années 1968-1997) ».
Le jury est composé de:
Emmanuelle Avril, Professeure des universités, université de la Sorbonne Nouvelle (rapporteure) Noëlline Castagnez, Professeure des universités, université d’Orléans (rapporteure) Carlos Sanz Diaz, Profesor Titular, Universidad Complutense, Madrid Marc Lazar, Professeur des universités émérite, Sciences Po Kiran Klaus Patel, Professeur des universités, Ludwig-Maximilians-Universität, Munich Laurent Warlouzet, Professeur des universités, Sorbonne Université (garant)
Pour des raisons logistiques et d’accès au bâtiment de la Sorbonne, je remercie celles et ceux qui souhaiteraient assister à cette soutenance de m’en informer d’ici le 20 novembre. A son issue, un pot est prévu auquel vous êtes cordialement invités.
*Résumé du mémoire inédit:*
Cette recherche s’inscrit en faux contre le récit, trop linéaire et trop simple, d’une conversion précoce et en bloc des dirigeants et des experts économiques socialistes ouest-européens au nouvel ordre économique international promu par les néoconservateurs états-uniens et britanniques avec l’aide des principales organisations économiques internationales (FMI, Banque mondiale) au tournant des années 1980. Dans les années 1970, âge d’or électoral (plus que militant) de la social-démocratie, gouvernements et partis de cette famille politique avaient exploré de nombreuses voies nationales de sortie de crise, du « néokeynésianisme » teinté de tiers-mondisme à l’autogestion, en passant par la promotion d’un nouveau modèle de développement plus frugal et plus collectif, avatar socialiste de l’austérité. Les crises monétaires et la dégradation des comptes publics de la fin de la décennie, qui peuvent s’accompagner de défaites électorales, ébranlent les certitudes des grands leaders comme Willy Brandt, Bruno Kreisky, Olof Palme, Felipe González, François Mitterrand, Helmut Schmidt ou Joop den Uyl. La force d’attraction de la nouvelle doxa économique auprès des élites patronales et des administrations nationales et internationales rend l’élaboration d’alternatives radicales plus compliquées.
Prenant appui sur un vaste corpus de sources primaires, orales et imprimées à différentes échelles du socialisme politique (partis nationaux, Union des partis socialistes de la Communauté européenne et Parti des socialistes européens [PSE], Internationale socialiste), ce travail aspire à mettre en lumière les aspérités et les sinuosités entravant le processus de convergence de cette famille vers des politiques économiques et sociales reposant sur ce que nous définissons comme des logiques néolibérales, entendues comme la cristallisation, sous des formes vulgarisées et hybrides, d’approches monétaires et microéconomiques principalement développées aux États-Unis, comme le monétarisme, les anticipations rationnelles, la théorie du public choice et l’économie de l’offre. Nous montrons que les élites socialistes ne deviennent pas reaganiennes ou thatchériennes, même si leur recomposition sociologique et idéologique s’accélère considérablement dans les années 1980.
À l’exception majeure (et longuement discutée) de la finance, où les gouvernements socialistes s’approprient, avec le zèle des convertis, les mots d’ordre de libéralisation et de dérégulation du secteur lancés par leurs adversaires politiques, l’étude des réformes accomplies dans d’autres champs de politique économique et sociale infirme l’idée d’une conversion abrupte. Sur le plan social, les socialistes au pouvoir en France, en Autriche et en Suède préservent les principes et les budgets de l’État protecteur des années de croissance au prix d’un durcissement très relatif des conditions d’accès aux allocations, tandis que leurs homologues d’Europe du Sud (PS portugais, PSOE espagnol, PASOK grec), récemment sortis de longue période de dictature, s’efforcent de construire l’État social sans transiger avec le respect de l’austérité budgétaire, jugée nécessaire dans la perspective de l’intégration européenne. Un réflexe de prudence similaire s’observe dans le rapport des socialistes aux privatisations, considérées comme l’un des principaux marqueurs de l’offensive néolibérale au Royaume-Uni. En matière de politique européenne, le rôle central des socialistes français et italiens dans la « relance » de la CEE par le marché en 1984-1985 témoigne d’un consentement à la libéralisation plus prononcé. Ce choix obéit toutefois davantage à des considérations de politique intérieure et de sécurité, liées notamment au durcissement de la Guerre froide, qu’à la conviction que l’Europe marchande constitue la pierre de touche de la sortie de crise. Peu après l’entrée en vigueur du traité de Maastricht émerge ainsi, à l’initiative du PSE et du président de la Commission européenne Jacques Delors, une tentative de relance de l’Europe sociale par la mise en oeuvre d’une politique communautaire de l’emploi hybridant la « flexicurité » protectrice nordique avec la logique de *welfare to work* alors mise en œuvre par l’administration Clinton aux États-Unis.
L’échec de cette initiative rappelle cependant que la dynamique dominante, qui s’accélère encore avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements dits de « Troisième voie » au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie à la fin des années 1990, demeure celle d’un glissement de plus en plus fréquent de l’accommodement plus ou moins exigeant aux logiques néolibérales vers leur appropriation pure et simple. En dernière analyse, cette recherche entend donc apporter des éléments de réponse à une question limpide dans sa formulation mais épineuse sur le fond : pourquoi les élites socialistes se sont-elles engagées dans cette voie qui a considérablement éloigné leurs partis des classes populaires et distendu leurs liens avec le mouvement social?

