Programme séminaire « Environnements liquides au-delà de l’eau »
Environnements liquides au-delà de l’eau : territoires, savoirs, pouvoirs
L’eau occupe une place centrale dans le paysage scientifique et médiatique. Sa raréfaction liée au changement climatique, la transformation de l’usage des sols, l’accaparement de la ressource et sa privatisation, les pollutions diffuses, les conflits d’usage ou son instrumentalisation géopolitique en temps de guerre en font un objet de premier plan pour penser la crise écologique contemporaine. Les sciences sociales montrent que l’eau ne peut être réduite à une simple ressource, et que son manque ou son abondance ne sauraient être rabattus à des faits de nature. Elles interrogent les formes historiques de gouvernement des eaux, les infrastructures, les savoirs, les droits et les rapports de pouvoir qui façonnent les circulations de l’eau et conditionnent les interdépendances qu’elles nouent.
En rassemblant des études sur des territoires d’eau (fleuves et rivières, sources et eaux souterraines, lacs et étangs, marais et deltas) ce séminaire propose quelques jalons pour enquêter sur des environnements fluides. Les eaux traversent les découpages administratifs, débordent les catégories d’analyse, relient l’amont à l’aval, brouillent des frontières plus souvent qu’elles les délimitent ; elles amènent à articuler observations ethnographiques et archives, à relier une histoire longue des paysages à des questions contemporaines, à varier les échelles d’analyse et à dialoguer avec d’autres disciplines.
La proposition est de penser les environnements liquides au-delà de l’eau. Il s’agira de rendre compte de l’épaisseur de ces milieux de vie, qui ne se réduisent pas à des masses d’eau, mais engagent à saisir la multiplicité qui les composent : alluvions, organismes, flore, etc. Penser au-delà de l’eau conduit en même temps à réinterroger la notion de territoires de l’eau en restituant l’historicité et les échelles de ces espaces mouvants. Une première série de questions concerne les savoirs, les outils techniques et juridiques employés pour mesurer, mettre en carte et en nombre ces environnements liquides. En quoi la limite poreuse entre terre.s et eau.x, entre terres émergées et terres submergées, et la manière dont la propriété s’est fondée sur une définition terrestre, sont-elles mises en question par des environnements liquides, ouvrant à une pluralité de notions (communs, public) ? Une deuxième série de questions concerne leur historicité : comment remonter le cours des transformations d’environnements partagés, et montrer les façonnements réciproques entre humains et environnements à différentes échelles de temps ? Enfin, une troisième série de questions interroge les rapports de pouvoir qui traversent et façonnent les évolutions des territoires d’eau : comment la territorialisation de l’État et les héritages coloniaux reconfigurent-ils les interdépendances hydro-sociales et contribuent-ils à faire émerger une « eau moderne », gouvernée comme un stock plutôt que comme un flux de conséquences et d’interdépendances ?
Prenant la suite du séminaire Histoire de l’eau et histoire de l’État (Alice Ingold) et du séminaire Eaux, conflits et territoires (Romain Cazaux), la vocation de ce séminaire est de réunir des historien·nes, des géographes, des anthropologues, des sociologues et des politologues travaillant sur les environnements liquides. La validation nécessite l’assiduité, la discussion d’ouvrage proposée à la journée d’études (3 mars) et la participation au mini-colloque (17 mars), au cours duquel les étudiant·es présentent leurs recherches.
Co-organisateurs : Alice Ingold & Romain Cazaux
Bâtiment EHESS-Condorcet
EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers
Salle 25-A – Norbert-Elias
1er et 3ème mercredi du mois. 10:30-12:30
4 novembre 2026, 10h30-12h30 (NB : salle 3.11, Centre de colloques)
Environnements liquides au-delà de l’eau : territoires, savoirs, pouvoirs.
Alice Ingold (EHESS) : Une histoire des rivières qui débordent les rives. Pour une nouvelle alliance avec les riverains.
Romain Cazaux (CEMS, EHESS) : Peut-on réduire le conflit autour des méga-bassines à un problème d’eau ? Valuations et écologies mitoyennes dans le Marais poitevin.
18 novembre 2026, 10h30-12h30
Giacomo Parrinello (Sciences Po, Paris) : « Messy rivers »: enquêter sur l’histoire des fleuves par les sédiments ?
2 décembre 2026, 10h30-12h30
Julie Trottier (CNRS, PRODIG) : Une approche par la trajectoire pour explorer la diversité bioculturelle de la tenure de l’eau : le cas de Mandagout (France).
16 décembre 2026, 10h30-12h30
Raphaël Morera (CNRS, CRH) : Tout autour de l’eau. Les bassins versants objet d’histoire.
6 janvier 2027, 10h30-12h30
Nicolas Jacob (Université Lyon 3) Dériver et partager les eaux : lecture géohistorique des dispositifs socio-techniques dans des paysages de l’eau (Roussillon, Cévennes, Bourgogne), XIXe – XXe siècles.
20 janvier 2027, 10h30-12h30
Paolo Groppuso (University of Aberdeen & Rachel Carson Center / LMU Munich) : Rethinking Wetlands: An Environmental Anthropology.
3 février 2027, 10h30-12h30
Aurélie Condevaux (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Démarche patrimoniale et enjeux de reconnaissance des savoirs environnementaux liés à l’eau: le cas de « l’irrigation traditionnelle gravitaire par canaux”.
17 février 2027 – séance double (NB : 10:30-14:30, salle 50 – Nicole-Loraux)
Eaux saumâtres, droits et non-humains, les ethnosciences entre histoire et anthropologie?
Élias Burgel (Université de Caen – Société nationale de la protection de la nature) : L’anguille fine et l’anguille grossière. Savoirs d’État, savoirs écologiques locaux et catégorisations de la nature (bas Languedoc, xviiie siècle).
Anatole Danto (Université de Tartu, Estonie et Centre de recherches Europes-Eurasie, Inalco) : Classifier, ordonner, contrôler l’estuaire et ce qui l’habite : une ethno-histoire des usages aquatiques primaires de la Basse-Loire et des eaux attenantes.
3 mars 2027 : Journée d’étude (NB : 10:30-16:30)
Fabrique sociale des sécheresses et gouvernement des eaux
Session 1 (matin)
Sylvain Barone (INRAE, G-EAU). Présentation et discussion du livre L’eau, une affaire d’État. Enquête sur le renoncement écologique (Paris, Raisons d’agir, 2024) en présence de l’auteur.
Session 2 (après-midi)
Juliette Piketty-Moine (CESAER-Dijon, ENS-Paris) : Changement climatique et dépossession environnementale. Une ethnographie des sécheresses dans le Nord-Est de la France.
Pierre Lecerf (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Les sécheresses du XXe siècle à Lille et Birmingham : risque socio-environnemental ou événements historiques ?
Raphaël Devred (Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines de l’Université Versailles-Saint-Quentin, membre du Conseil scientifique du PNR de la Haute Vallée de Chevreuse) : Sécheresse, aridité, dessication : réflexion sur les sécheresses historiques en territoire de montagne à l’époque contemporaine (France et Etats-Unis)
17 mars 2027 : Mini-colloque (NB : 10:30-16:30)
Présentation et discussion des travaux de recherche des étudiant.es.

