Appel à communications – Colloque « Les justifications de la violence politique (1789-2026) », Sorbonne Université, 10 et 11 juin 2026

Chers collègues,

voici le mail avec l’AAC intégré. 

Merci à vous !
Cordialement, 

Stéphanie Roza
Chères et chers collègues, 
Vous trouverez ci-dessous l’argument d’un colloque international sur les justifications de la violence politique qui se tiendra en juin 2027 à Sorbonne Université.
Dans cette optique, nous sollicitions vos propositions pour des interventions relevant principalement de la philosophie ou de la théorie politique, mais sommes également ouverts à des propositions relevant de l’histoire et des sciences sociales.
Les propositions de communication doivent contenir un résumé de ± 300 mots avec le nom de l’auteur ou de l’autrice, son affiliation institutionnelle et une courte notice biobibliographique.
Elles doivent être envoyées par courriel aux deux adresses suivantes en indiquant dans l’objet « Proposition colloque violence Sorbonne 2027 » : stephanieroza@yahoo.fr ; profjuillard@gmail.com
Calendrier :
Date limite pour les soumissions de propositions : 30 novembre 2026
Retour aux auteurs : janvier 2027
Colloque : jeudi 10 et vendredi 11 juin 2027, Sorbonne Université, Paris
Bien cordialement,
Stéphanie Roza et Jean-Baptiste Juillard
Les justifications de la violence politique (1789-2026)
 
Colloque international
Jeudi 10 et vendredi 11 juin 2027, 9 h – 18 h
Amphithéâtre Guizot (178 places)
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
 
Organisé par Stéphanie Roza (CR. CNRS) et Jean-Baptiste Juillard (agrégé et docteur)
 
Soutiens : Laboratoire SND (UMR 8011), UFR de philosophie Sorbonne Université, Initiative Europe…
 
Le travail de la pensée, comme le posait Éric Weil dans Logique de la philosophie, amène toujours à s’opposer à ce qui semble inexorablement la nier : la violence. Si l’on s’accorde à reconnaître dans la violence l’usage d’une force qui détruit, alors rien ne paraît pouvoir justifier la violence. La raison inviterait plutôt à reconnaître la nécessité de la conjurer ou de la dépasser autant que possible, ce qui peut être présenté comme la mission première des institutions politiques. Pourtant, la violence occupe un statut paradoxal dans le champ politique. Elle est à la fois encadrée et condamnée par l’État, exclue en principe des relations politiques ordinaires, mais visible voire décisive, à des degrés divers, lors de grands moments historiques. De ce fait, si l’on peut dire que l’« utopie d’une socialité sans violence […] hante depuis des siècles la philosophie pratique occidentale »[1], les tentatives de concrétiser cet idéal ont suscité l’exigence de s’interroger sur la possibilité que la violence soit paradoxalement le moyen d’y parvenir, même à regret. Dès lors, c’est justement la nature intrinsèquement problématique de la violence qui suscite le besoin d’une justification approfondie. Là où le conflit maintient la limite de l’intégrité, des choses comme des êtres, la violence procède d’une logique autre qui, si elle n’est pas nécessairement sans limite, accentue l’opposition des volontés individuelles ou collectives.
 
Il n’y aurait pas à s’interroger profondément sur les raisons d’être du recours à des moyens violents si la violence était un moyen comme un autre de faire advenir une cause que l’on pense juste. Comment la violence pourrait-elle figurer comme un instrument d’un projet émancipateur ? La violence peut-elle n’être qu’un moyen totalement maîtrisé et délimité, ou sa dimension instrumentale n’appelle-t-elle pas une réflexion spécifique sur son statut moral et politique ? Peut-on en faire usage sans transformer par-là même, voire dénaturer l’objectif émancipateur que l’on poursuit ? Enfin, la violence n’exerce-t-elle pas une certaine fascination qui a pu amener à la justifier pour elle-même, comme si elle possédait le caractère d’une vertu ?
 
L’exigence de justification s’attache à des formes de violence politique par nature, en tant qu’elles accompagnent un projet de transformation des institutions et de la société, tandis que d’autres formes de violence traversent le corps social et les relations interpersonnelles sans raison d’être particulière. Justifier, c’est donc mettre en avant les raisons pour lesquelles une action peut avoir sens et satisfaire tant notre aspiration à la rationalité qu’à l’action juste équilibrée dans la cité. C’est par conséquent s’adresser à un public, celui des acteurs de la lutte politique, mais aussi celui des témoins et observateurs distants, amenés à juger les événements, quand il ne s’agit pas de se convaincre soi-même. Ces justifications sont donc à la fois produites par les acteurs historiques en mouvement, mais sont aussi élaborées via un regard extérieur, qui peut chronologiquement différer des faits considérés pour venir conférer une légitimité a posteriori, comme il en va de la relecture des épisodes révolutionnaires. Qu’il s’agisse de montrer l’efficacité, ici et maintenant, de la violence, de la présenter comme un dernier recours, ou encore de montrer qu’elle est une réaction à une violence subie, la justification appelle un travail d’élaboration conceptuelle et d’analyse historique.
 
Multiforme, la violence est aujourd’hui appréhendée dans ses dimensions psychologique et morale. Dans l’histoire politique, c’est toutefois principalement sous la forme physique de l’affrontement qu’elle s’est manifestée. Le moment révolutionnaire initié en 1789 apparaît ainsi comme fondateur d’une réflexion sur les pratiques politiques qui s’est déployée bien après cet épisode. Mais chaque temps fort de la conflictualité sociale et politique, au sein même de l’Europe ou hors d’elle, a entraîné un retour des interrogations et des justifications. Parmi ces temps forts, on peut citer notamment les révolutions sociales (celle de 1789, mais également la Révolution russe de 1917, les événements d’Espagne en 1936 ou la Révolution maoïste en 1949), les processus de décolonisation, du Vietnam à l’Algérie, mais également les contre-révolutions comme celles qui ont mis fin aux révolutions allemande en 1919, espagnole en 1936-39, ou encore le phénomène du fascisme dans l’Europe des années 1920 et 1930. Il convient de s’interroger à chaque fois sur la diversité des moyens de la violence, revendiqués ou rejetés par les acteurs : insurrection, dictature révolutionnaire, guerre civile, guérilla, terrorisme. 
 
En outre, au-delà des acteurs eux-mêmes, la question de la justification traverse plusieurs pensées philosophiques majeures des XIXe et XXe siècles, qu’il s’agisse de Marx, bien sûr, mais également de Proudhon (La guerre et la paix), de Sartre (préface aux Damnés de la Terre de Frantz Fanon, Critique de la raison dialectique), Merleau-Ponty (Humanisme et terreur) et bien évidemment l’œuvre incontournable de Sorel au début du XXe siècle (Réflexions sur la violence) ; Camus (L’Homme révolté), Arendt (Du mensonge à la violence) ou Aron (Histoire et dialectique de la violence) ont quant à eux insisté sur les incohérences, les limites voire l’impossibilité d’une justification. Car les justifications de la violence provoquent immanquablement la critique, partielle ou totale, des raisons avancées.
 
Alors que l’on pourrait croire la question de la justification de la violence politique réglée dans des démocraties avancées, on assiste au contraire au déploiement de nouvelles justifications. Des écrits politiques remettent en cause le primat de la non-violence et s’interrogent sur l’intégration de la violence à une « diversité des tactiques » (Peter Gelderloos) ; la violence réapparaît également comme un mode d’action relevant d’une désobéissance qui rompt avec le carcan de la civilité pour revendiquer son « incivilité » (Candice Delmas). Cela étant, la violence n’est jamais présentée comme le moyen unique, la violence n’est jamais présentée comme le moyen unique ou exclusif, mais s’inscrit dans un répertoire tactique qui semble niveler les modalités de la contestation. 
 
Ce sont ces questionnements que ce colloque entend traiter, en réunissant des chercheuses et chercheurs en philosophie, histoire et sciences sociales. Pour ce faire, nous souhaiterions réfléchir à la nature des diverses justifications de la violence politique. Un tel parcours, circonscrit à la période contemporaine, invite à considérer ce que les pensées et projets révolutionnaires ont fait et dit de la violence, au nom de l’émancipation. D’autres formes spécifiques de justification relèvent cette fois non plus d’une perspective in fine égalitaire et irénique, mais d’une nécessité virile et vitale. Le fascisme apparaît aussi comme présentant un mode spécifique de justification de la violence, presque associée à une vertu, et en tout cas considérée comme une épreuve indépassable, au cœur du politique. Le terrorisme, comme moyen d’action extrême, mis au service de diverses causes, invite aussi à une exploration spécifique de ses justifications. Enfin, les formes contemporaines de justification, qu’il s’agisse des mutations de la question sociale ou des luttes écologistes, cherchent à dépasser et critiquer un certain consensus ayant lentement pris forme concernant la place de la violence dans les démocraties.
 
[1] Catherine Colliot-Thélène, « Violence et contrainte », Lignes, vol. 25, n° 2, 1995, p. 265.
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As Éric Weil argued in Logic of Philosophy, the work of thought invariably leads us to confront that which seems inexorably to negate it: violence. If we agree to understand violence as the use of force that destroys, then nothing would seem capable of justifying it. Reason would instead appear to require that violence be warded off or overcome as far as possible—a task that may be regarded as the primary mission of political institutions. Yet violence occupies a paradoxical position within the political sphere. It is at once regulated and condemned by the state, excluded in principle from ordinary political relations, and yet, to varying degrees, visible and even decisive at major historical junctures. Thus, if it can be said that the “utopia of a sociality without violence […] has haunted Western practical philosophy for centuries”[1], attempts to bring this ideal into being have generated the need to consider whether violence might, paradoxically and however reluctantly, constitute a means of achieving it. It is therefore precisely the intrinsically problematic nature of violence that creates the need for a thorough justification of its use. Whereas conflict preserves the boundaries of the integrity of things and persons, violence follows a different logic: even when it is not necessarily boundless, it intensifies the opposition between individual or collective wills.
There would be little reason to inquire deeply into the grounds for resorting to violent means if violence were merely one means among others of advancing a cause regarded as just. How can violence serve as an instrument of an emancipatory project? Can violence remain a wholly controlled and circumscribed means, or does its instrumental character itself call for specific reflection on its moral and political status? Can violence be used without thereby transforming, or even distorting, the emancipatory objective being pursued? Finally, does violence not exert a certain fascination, one that has sometimes led to its being justified for its own sake, as though it possessed the character of a virtue?
The demand for justification attaches particularly to forms of violence that are political by their very nature, insofar as they accompany projects aimed at transforming institutions and society, whereas other forms of violence permeate the social body and interpersonal relations without serving any particular purpose. To justify, then, is to put forward reasons why an action may be regarded as meaningful and as satisfying both our demand for rationality and our aspiration to just and balanced action within the political community. Justification therefore addresses an audience: the actors engaged in political struggle, but also witnesses and more distant observers called upon to judge events—unless the task is one of convincing oneself. Such justifications are thus produced both by historical actors themselves, in the midst of events, and from an external perspective that may be temporally removed from the events in question and may confer legitimacy upon them a posteriori, as occurs in retrospective interpretations of revolutionary episodes. Whether the aim is to demonstrate the immediate effectiveness of violence, to present it as a last resort, or to portray it as a response to violence already suffered, justification requires both conceptual elaboration and historical analysis.
Violence takes many forms and is now understood as having psychological and moral dimensions as well. In political history, however, it has manifested itself primarily in the physical form of confrontation. The revolutionary moment inaugurated in 1789 thus appears foundational for a reflection on political practices that continued to develop long after the event itself. Yet every major episode of social and political conflict, both within Europe and beyond it, has prompted a renewed interrogation of violence and its justifications. Such episodes include, in particular, social revolutions—the French Revolution of 1789, the Russian Revolution of 1917, the events in Spain in 1936, and the Chinese Communist Revolution culminating in 1949—as well as processes of decolonization, from Vietnam to Algeria; but they also include counter-revolutions, such as those that brought the German Revolution to an end in 1919 and the Spanish Revolution in 1936–1939, as well as the rise of fascism in Europe during the 1920s and 1930s. In each case, attention must be paid to the diversity of violent means either advocated or rejected by political actors: insurrection, revolutionary dictatorship, civil war, guerrilla warfare, and terrorism.
Beyond the actors themselves, moreover, the question of justification runs through a number of major philosophical currents and works of the nineteenth and twentieth centuries: Marx, of course, but also Proudhon (War and Peace), Sartre (his preface to Frantz Fanon’s The Wretched of the Earth and Critique of Dialectical Reason), Merleau-Ponty (Humanism and Terror), and, most notably, Sorel’s seminal work at the beginning of the twentieth century (Reflections on Violence). Camus (The Rebel), Arendt (Du mensonge à la violence), and Aron (Histoire et dialectique de la violence), by contrast, stressed the inconsistencies, limits, and even the impossibility of such justification. For attempts to justify violence invariably provoke partial or wholesale criticism of the reasons put forward in its defence.
One might suppose that the question of how political violence can be justified had been settled in advanced democracies. Yet we are witnessing, on the contrary, the emergence of new forms of justification. Political writings challenge the primacy of non-violence and consider the integration of violence into a “diversity of tactics” (Peter Gelderloos); violence has also re-emerged as a mode of action associated with forms of disobedience that break with the constraints of civility and openly claim their “uncivil” character (Candice Delmas). Even so, violence is never presented as the sole means available. Rather, it becomes one item within a broader tactical repertoire whose very diversity appears to place different modes of action on the same plane.
These are the questions that this conference seeks to address by bringing together scholars from philosophy, history, and the social sciences. Our aim is to examine the nature of the various justifications offered for political violence. Restricting the inquiry to the modern and contemporary period, such an approach invites us to consider what revolutionary ideas and projects have done with, and said about, violence in the name of emancipation. Other distinctive forms of justification, however, derive not from an ultimately egalitarian and irenic perspective, but from notions of virile and vital necessity. Fascism likewise appears to offer a distinctive mode of justification of violence, which is almost elevated to the status of a virtue and is, in any event, regarded as an inescapable ordeal lying at the very heart of politics. Terrorism, as an extreme means of action deployed in the service of a variety of causes, likewise calls for a specific examination of its justifications. Finally, contemporary forms of justification—whether arising from transformations of the social question or from environmental struggles—seek to challenge and move beyond a certain consensus that has gradually emerged regarding the place of violence within democratic societies.
 
[1] Catherine Colliot-Thélène, « Violence et contrainte », Lignes, vol. 25, n° 2, 1995, p. 265 (our translation).