Appel à articles sur vote transnational. Revue Diasporas. Circulations, migrations, histoire

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Appel à articles pour un numéro de la revue Diasporas.Circulations, migrations, histoire
Le votetransnational en Europe : diasporas et mobilités sociales contemporaines
 Latransnationalisation du vote constitue l’un des enjeux majeurs des étudescontemporaines sur les migrations. Elle recouvre deux dimensions principales :d’une part, l’extension du droit de vote aux citoyens établis hors de leur paysd’origine pour participer aux scrutins ayant lieu dans celui-ci ; d’autre part,l’accès au suffrage accordé aux étrangers dans leur société de résidence. Dansces deux configurations, les dernières décennies ont été marquées par uneexpansion notable des dispositifs juridiques et institutionnels facilitantl’exercice du vote transnational (Bauböck, 2006 ; Pedroza, 2019 ; Lafleur,2013). En introduisant des formes renouvelées de citoyenneté — post-nationaleou diasporique — ces transformations invitent à repenser les contours de lacommunauté politique, désormais moins strictement nationale et territoriale,mais inscrite dans des réseaux et des espaces transfrontaliers.  Dans cetteperspective, les analyses d’Abdelmalek Sayad (1991) constituent un apportessentiel : penser l’immigration suppose d’abord de la saisir comme unphénomène d’émigration, ces deux dynamiques formant un couple indissociable etsymétrique au sein des sociétés concernées. Plusieurs travaux ont ainsi montréla persistance de cultures civiques et d’habitudes électorales acquises dans lepays d’origine et que les migrants importent dans leur société d’accueil(Eckstein, 1988 ; Wals, 2012 ; Voicu et al., 2014). D’autres recherches se sontattachées à identifier les conditions sociales et institutionnelles quifavorisent l’activation ou l’entretien de ces spécificités politiques, qu’ils’agisse du rôle des associations ethniques dans la confiance envers lesinstitutions politiques locales (Fennema & Tillie, 1999) ou de l’effetmobilisateur de candidats perçus comme proches ou représentatifs (Kelbel etal., 2024 ; Barreto, 2007). Ces dynamiques de structuration diasporiqueinfluencent non seulement la participation dans le pays d’accueil, maiségalement le vote à distance (Paarlberg, 2019). Les conjonctures politiquesnationales — débats publics, orientations gouvernementales — peuvent parailleurs exercer des effets importants sur le comportement électoral desétrangers résidents comme des diasporas, lesquelles peuvent être traversées pardes logiques éminemment nationales dans leur participation aux scrutins du paysd’origine (Anderson, 1992).  L’Europe constitue, dece point de vue, un terrain d’analyse particulièrement fécond. Depuis lesrévolutions de la fin du XVIIIe siècle et la construction desÉtats-nations au XIXe siècle, elle est au cœur des transformationsqui ont progressivement redéfini les rapports entre citoyenneté, nationalité etrésidence. Plus récemment, les droits associés à la citoyenneté del’Union européenne instaurée en 1992 par le traité de Maastricht (liberté de circulationet de séjour étendue, droit de vote et d’éligibilité aux élections municipaleset européennes dans l’État membre de résidence), mais aussi lesélargissements successifs de l’Union, ont profondément renouvelé cesenjeux en favorisant une intensification des mobilités intra-européennes. Cette intensité migratoires’accompagne d’une grande diversité de cultures civiques : certains Étatsbénéficient d’une longue tradition démocratique associée à une forteparticipation électorale, tandis que d’autres, marqués par des trajectoiresautoritaires plus récentes, présentent des rapports plus distanciés à laparticipation électorale. À cette hétérogénéité s’ajoute la pluralité deslégislations nationales régissant l’inscription électorale et les droitspolitiques des étrangers comme des expatriés (Shaw, 2007 ; Strudel, 2003). Tandisque les différents pays européens se sont largement construits sur un modèle decitoyenneté fondé sur l’État-nation, cet espace fait désormais figure delaboratoire privilégié pour analyser les articulations entre mobilité,citoyenneté et comportements électoraux.   Cetteproblématique s’inscrit toutefois dans une histoire plus longue. Les débatscontemporains sur le vote transnational prolongent des interrogations anciennessur les rapports entre mobilité, appartenance politique et exercice de lacitoyenneté. Dès les révolutions de la fin du XVIII^e siècle, la définition ducorps électoral soulève la question des droits politiques des étrangers, desexpatriés ou des citoyens établis hors de leur communauté d’origine. Au XIX^esiècle, les grandes migrations européennes, les exils politiques et laformation progressive des États-nations conduisent également à repenser lesliens entre résidence, nationalité et participation politique. Si les dispositifscontemporains de vote à distance ou de participation des étrangers constituentdes innovations institutionnelles, ils s’inscrivent ainsi dans une généalogieplus ancienne où se croisent les transformations de la souveraineté, lescirculations migratoires et les redéfinitions successives de la citoyenneté.
 Cenuméro entend ainsi accueillir des contributions relevant aussi bien de lascience politique, de la sociologie, de l’histoire, du droit ou de lagéographie, afin d’éclairer, dans une perspective diachronique commecontemporaine, les multiples formes du vote transnational en Europe. Lespropositions abordant les XVIIIe ou XIXe siècles serontexaminées avec intérêt. Les articles retenus pourront être rédigés aussi bienen français qu’en anglais. Les propositions de contribution d’environ3 000 signes (bibliographie exclue) sont à adresser conjointement à DavidGouard (david.gouard@univ-tlse2.fr), Camille Kelbel (camille.kelbel@gmail.com)et Sylvie Strudel (sylvie.strudel@gmail.com)avant le 1er novembre 2026.   Calendrier prévisionnel : Date limite d’envoi despropositions : 1er novembre 2026 –       Réponses aux propositions : 30novembre 2026
–       Livraison des articles retenus : 1ermars 2027
–       Retour des évaluations : 1erjuin 2027
–       Publicationdu numéro dans la revue Diasporas : décembre 2027
      Références
  Anderson, B.(1992). Long-Distance Nationalism: World Capitalism and the Rise of IdentityPolitics. Amsterdam: Centre for Asian Studies.
  Barreto, M.A. (2007). “Sí Se Puede! Latino Candidates and the Mobilization of LatinoVoters.” American Political Science Review.
  Bauböck, R.(Ed.). (2006). Migration and citizenship: Legal status, rights and politicalparticipation (IMISCoe Reports). Amsterdam: Amsterdam University Press.
  Eckstein, H.(1988). A culturalist theory of political change. American political sciencereview, 82(3), 789-804.
  Fennema, M.& Tillie, J. (1999). “Political participation and political trust inAmsterdam.” Journal of Ethnic and Migration Studies.
  Kelbel, C.,Gouard, D., von Nostitz, F., & Lombard, M., 2024, « ElectoralParticipation of Non‐National EU Citizens in France: The Case of theNord », Politics and Governance, 12. 
  Paarlberg,M. A. (2019). “Diaspora Collective Engagement: The Case of Salvadorans in theU.S.” Ethnic and Racial Studies.
  Pedroza, L.(2019). Citizenship beyond nationality: Immigrants’ right to vote across theworld. Philadelphia: University of Pennsylvania Press.
  Lafleur,J.-M. (2013). Transnational politics and the state: The external votingrights of diasporas. Routledge.
  Sayad, A.,(1991), L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles: DeBoek-Wesmael, coll. L’homme / L’étranger, (préf. Pierre Bourdieu).
  Shaw, J.(2007). The transformation of citizenship in the European Union: Electoralrights and the restructuring of political participation. Cambridge: Cambridge University Press.
  Strudel, S.,(2003), « Polyrythmie européenne : le droit de suffrage municipal des étrangersau sein de l’Union, une règle électorale entre détournements et retardements »,Revue française de science politique, 53(1), pp. 3–34.
 
Wals, S. C.(2011). Does What Happens in Los Mochis Stay in Los Mochis? Explaining PostmigrationPolitical Behavior. Political Research Quarterly, 64(3), 600-611.
David Gouard Maître de conférences en science politique Assistant Professor in Political Science Université Toulouse – Jean Jaurès (IUT Figeac) Unité de recherche Transitions Organisations Politiques et Inégalités (UMR 5311) certop.cnrs.fr/gouard-david/ www.linkedin.com/in/david-gouard-b52422139/