Décès de Didier Musiedlak

Chères et chers collègues, 
 
Nous avons l’immense tristesse d’apprendre le décès de notre collègue et ami, Didier Musiedlak, survenu brutalement la semaine dernière.
            Historien du fascisme et des régimes totalitaires, Didier Musiedlak, né en 1950, avait commencé sa carrière universitaire avec une thèse de troisième cycle sur l’Université Luigi Bocconi de Milan entre 1902 et 1925. Agrégé d’histoire, ancien membre de l’École française de Rome, il est devenu maître de conférences à l’Université de Pau et a ensuite réalisé une thèse d’État sur L’État fasciste et sa classe politique (1922-1943) en 1999. Il fut professeur à l’Université Paris Nanterre et enseignant à Sciences Po Paris et à l’École polytechnique. En tant que chercheur, il a développé à travers plusieurs livres – une biographie de Mussolini et une histoire de la marche sur Rome, notamment – une histoire politique du fascisme italien visant à réinsérer la crise de l’entre-deux-guerres dans la culture politique de long terme de l’Italie de la fin du XIXème siècle. Ces travaux ont tous été traduits en italien, comme sa thèse, chez des éditeurs importants. Plus largement, il s’est intéressé aux cultures européennes et latino-américaines en dirigeant des ouvrages collectifs sur les expériences corporatives et les déclinaisons du nationalisme à l’heure des masses ou dans les régimes dictatoriaux.
Attentif aux regards interdisciplinaires, notamment vers le droit et la philosophie, maîtrisant plus de six langues (à commencer par l’italien et l’allemand), il n’a cessé, dans ces travaux, d’interroger la responsabilité de l’Occident dans la construction d’idées politiques radicales (outre le fascisme, mentionnons en particulier le terrorisme contemporain), convoquant  les questions d’imaginaires, de rituels et d’esthétique pour mieux saisir la manière dont le fascisme s’employa à détruire l’articulation traditionnelle de l’État de droit, pour lui substituer un ethos de l’action violente et de la tabula rasa. Chercheur accompli, Didier Musiedlak fut aussi un enseignant investi dans ses cours comme dans l’encadrement de nombreux mémoires et thèses de doctorat. 
 
Olivier Dard et Nicolas Patin