Appel à candidature Contrat Doctoral (36 mois) – HisTeMé-UR 7455 – Unicaen

UNIVERSITÉ DE CAEN NORMANDIE CaeSAR — Caen Stratégie pour l’Accélération en Recherche · ExcellencES · France 2030 ED 558 · NH · Normandie Humanités www.unicaen.fr/recherche/etudes-doctorales/college-des-ecoles-doctorales/ecoles-doctorales/ed-558-nh-normandie-humanites/ Établissement accrédité : COMUE Normandie Université Établissement support : Université de Caen Normandie Appel à candidature Contrat Doctoral (36 mois) Projet ENSOHM 39-45+ « Déplacements forcés et migrations en Normandie : circulations, refuges, solidarités » (1939 – années 1960) Cadre scientifique et institutionnel L’université Caen Normandie propose un contrat doctoral d’une durée de trois ans, à compter du 1er novembre 2026. Financé par CaeSAR (Caen, Stratégie pour l’Accélération en Recherche) dans le cadre de l’initiative ExcellencES, France 2030, ce contrat s’inscrit dans le projet ENSOHM 39-45+, porté par Gaël Eismann. Le laboratoire de rattachement est HisTeMé (UR 7455). Le projet ENSOHM 39-45+ propose une analyse renouvelée des occupations national-socialistes en Europe de l’Ouest, envisagées non comme simple juxtaposition d’expériences nationales sous domination, mais comme système impérial en situation, structuré par des espaces différenciés, des lignes de contrôle, des circulations régulées et des transferts dont les effets se prolongent au-delà de 1945. L’étude multiscalaire accorde une attention particulière au cas normand, croisant Seconde Guerre mondiale, migrations et refuge afin d’explorer, dans la longue durée, une séquence migratoire allant de la guerre d’Espagne au second après-guerre, incluant déplacements de guerre, migrations du travail et du refuge, ainsi que les recompositions sociales et mémorielles. Le projet vise à corriger un déséquilibre historiographique : si l’Europe orientale sous domination allemande a fait l’objet d’approches comparatives et transnationales, les occupations à l’Ouest restent majoritairement analysées dans des cadres nationaux. L’hypothèse centrale est que l’occupation à l’Ouest constitue un véritable laboratoire impérial, marqué par la diversité des expériences occupants/occupés et par d’intenses circulations d’acteurs, de victimes, mais aussi d’objets, de biens, de pratiques, de technologies et de savoirs administratifs. Une attention particulière est portée, dans la perspective du material turn, à la matérialité de l’occupation, envisagée comme médiatrice et opératrice de pouvoir. Le projet intègre également les postérités de l’occupation, analysée comme un moment de production et de recomposition de normes, de pratiques et de savoirs partiellement reconvertis après 1945. Une place centrale est accordée aux questions de mémoire et de transmission, abordées dans un dialogue structuré entre histoire et neurosciences, en cohérence avec les orientations du Programme Seconde Guerre mondiale de la MRSH et de la Chaire régionale d’excellence « Normandie pour la paix : mémoire et avenir de la Paix ». Périmètre du contrat doctoral Le contrat doctoral (36 mois) portera sur une thématique innovante : « Déplacements forcés et migrations en Normandie (1939-1960) : circulations, refuges, solidarités ». Il s’agira d’ouvrir un nouveau champ d’investigation croisant histoire de la Seconde Guerre mondiale et histoire des migrations et des réfugiés : migrations du travail et du refuge en Normandie sur la longue durée, personnes déplacées et réfugiées de 1940 (exode) et de 1944 (bombardements, évacuations, destructions), communautés et vivre-ensemble aujourd’hui en lien avec l’histoire et les mémoires personnelles et familiales du second XXe siècle. Cet angle structurant fait pleinement sens avec l’histoire même de la ville et de l’université de Caen, reconstruites à partir de 1957, encore marquées par les baraquements (notamment le quartier de Tonneauville, camp de réfugiés fait de tonneaux métalliques semi-circulaires de l’aide humanitaire). Il s’agit de répondre à un enjeu majeur du temps présent : l’histoire et les mémoires des populations civiles, en articulant les échelles européenne et régionale, dans des espaces aux frontières et statuts mouvants, façonnés par les annexions et les découpages administratifs. La/le doctorant(e) contribuera au volet normand « migrations/refuge » du projet : recensement des sites et lieux documentés, constitution d’une cartographie des espaces de refuges et migrations, des mémoires civiles, participation des publics (témoins, descendants, acteurs locaux) et valorisation pédagogique des résultats, dans une logique de science ouverte et de dialogue science-société (partenariat avec le rectorat et les établissements d’enseignement secondaire, participation à la Fête de la science). Argumentaire général Cadre chronologique : L’année 1939 permet d’intégrer les migrations transatlantiques du refuge juif via Le Havre. On peut aussi envisager un terminus a quo légèrement antérieur (1938-1939) pour saisir l’arrivée des réfugiés espagnols de la Retirada, dont une partie transite ou est affectée en Normandie dès 1939 via les Compagnies de travailleurs étrangers (CTE). Les « années 1960 » constituent la borne finale : 1965 marque la fin officielle de la reconstruction et l’amorce de la résorption des bidonvilles. Des incursions documentées pourront porter jusqu’en 1974 pour la question des baraquements résiduels et leur requalification en habitat précaire « ordinaire ». Cette périodisation permet de montrer la continuité entre le statut de réfugié/sinistré et le statut de population précaire/marginalisée, qui constitue l’un des apports forts du projet. Cadre spatial : La Normandie constitue un espace de référence administrative mouvante : Commissariat régional de la République (jusqu’en 1946), puis région historique de Normandie (jusqu’en 1956), puis division Haute/Basse-Normandie. Le projet privilégiera les zones sinistrées (villes bombardées et détruites, zones de combat de l’été 1944, littoral atlantique fortifié), avec une attention particulière à Caen, au Havre et à Rouen — trois pôles majeurs à la fois de destruction, de baraquements, et de circulations migratoires. Enjeux historiographiques : Au vu de l’état des savoirs actuels sur l’ensemble de la période et de l’espace normand, des apports novateurs sont attendus : Concernant la période de guerre, l’analyse intégrera les différentes formes de circulation des populations, qu’il s’agisse des flux entrants ou sortants. Elle portera sur les politiques allemande et française de contrôle des mobilités en zone occupée (laissez-passer, zones côtières réglementées), ainsi que sur les évacuations imposées de communes littorales dans le cadre de la construction du Mur de l’Atlantique. Elle s’intéressera également aux déplacements de main-d’œuvre liés à l’Organisation Todt, qu’il s’agisse de travailleurs français, étrangers ou coloniaux installés en Normandie. Le Service du travail obligatoire (STO) sera étudié à travers les départs forcés vers l’Allemagne, mais aussi leurs effets sur les structures familiales et sociales locales, ainsi que les phénomènes du refus, de la clandestinité et des maquis, envisagés comme une forme de déplacement forcé interne. Les déportations de répression et de persécution seront enfin analysées comme des flux sortants, en articulation avec l’histoire locale des internements et des rafles. Une attention particulière sera également portée à l’exode de mai-juin 1940, qui voit les populations normandes se mêler aux flux de civils fuyant vers le sud, tandis que des réfugiés venus du Nord et de Belgique affluent en Normandie, où une partie d’entre eux s’installe durablement. Encore peu étudié à l’échelle régionale, cet épisode constitue pourtant le premier grand choc migratoire de la période et préfigure les dispositifs d’accueil et de secours (Croix-Rouge, services préfectoraux) réactivés en 1944-1945. Une attention spécifique devra porter sur un « angle mort » historiographique : les populations immigrées présentes en Normandie pendant la guerre, et leur positionnement face à l’occupant et au régime de Vichy. Quatre groupes principaux sont identifiés pour 1939 : les Belges, en Haute-Normandie notamment, affectés d’une réputation de collaboration liée à leur appartenance flamande (à interroger : stéréotype, réalité, usages politiques du soupçon) ; les Polonais, présents de longue date dans les bassins d’emploi (mines, agriculture) ; les Italiens, dont le statut se complexifie après l’entrée en guerre de l’Italie (1940) et la question de la « surveillance des ressortissants ennemis » ; les Espagnols, réfugiés de la guerre civile puis, pour beaucoup, requis dans les CTE et affectés aux chantiers du Mur de l’Atlantique – population à la charnière entre statut de réfugié politique (1939) et statut de travailleur forcé (1940-1944). Ce volet permettrait une histoire fine des hiérarchies ethniques et politiques de la suspicion sous l’Occupation, articulée à l’histoire sociale des migrations de travail antérieures à 1939. Concernant la période 1944 – années 1960 : sera à privilégier une histoire sociale du refuge et des circulations migratoires (et non urbaine ou de la reconstruction/modernisation des 30 Glorieuses de la Normandie déjà étudiés) : déplacements des centres villes détruits vers les périphéries, baraquements provisoires et installations précaires de l’assistance humanitaire locale, nationale et internationale ; travailleurs immigrés de la reconstruction en Normandie, programmes internationaux de prise en charge et de secours des réfugiés et déplacées (UNRRA, CIR, OIR, Plan Marshall, Etats alliés et neutres), gestion nationale, régionale et locale des réfugiés et déplacées ; histoire locale et régionale des solidarités privées (laïques et religieuse) et publiques. La cohérence du sujet ne tient donc pas à une continuité chronologique lisse, mais à la persistance d’un même objet — l’expérience de la mobilité forcée et sa gestion institutionnelle — par-delà la rupture politique de 1944, que l’historiographie traite le plus souvent comme une frontière étanche entre une « histoire de la guerre » et une « histoire de la reconstruction ». Or, pour les populations déplacées elles-mêmes, cette rupture est largement discontinue : les mêmes espaces matériels de refuge (baraquements, camps, logements de fortune) accueillent successivement des populations évacuées, des travailleurs étrangers requis, puis des sinistrés et des réfugiés de l’après-guerre ; les mêmes acteurs de l’assistance (Croix-Rouge, services préfectoraux, réseaux caritatifs) transposent après 1944 des pratiques et des catégories d’intervention élaborées sous l’Occupation. Et certains groupes — Espagnols des anciennes CTE, Polonais, populations d’Europe centrale — passent sans rupture nette du statut de main-d’œuvre étrangère surveillée à celui de main-d’œuvre de la reconstruction, puis de résident précaire des franges urbaines. Le projet propose ainsi de substituer à la césure convenue de 1944 une lecture en continuité : celle d’un même régime normand de gestion des populations en mouvement, dont les catégories administratives se recomposent au gré des contextes politiques (Vichy, Libération, IVe République) sans jamais rompre entièrement avec les logiques spatiales et sociales antérieures. C’est cette continuité — plus que la simple juxtaposition de deux sous-périodes — qui constitue l’apport historiographique central de la thèse qui associe histoire sociale, histoire des expériences migratoires individuelles et collectives vécues et incarnées, et histoire des opérateurs de secours et de gestion des mobilités. Corpus de sources : Archives départementales de Normandie (séries M et W notamment) : Archives municipales de Caen, du Havre et de Rouen ; Archives nationales ; Service historique de la Défense ; CEGES-SOMA (Bruxelles) ; Archives générales du Royaume Archives diplomatiques du SPF Affaires étrangères (consulats en France) ; Arolsen Archives (International Tracing Service, Bad Arolsen) ; Archives de l’UNRRA (ONU, New-York), OIR (Archives nationales, Paris), Archives du HCR (Genève), Archives du CIR (Archives nationales, Paris) ; Archives de la CR française (AN Pierrefitte) ; Archives du CICR (Genève) ; témoignages écrits et oraux ; archives privées des associations de secours et d’entraide. Direction de la thèse ● Gaël Eismann, professeure d’histoire contemporaine, Université de Caen Normandie, HisTeMé (UR 7455), codirectrice de l’axe « Paix, conflits et violences », responsable du Programme Seconde Guerre mondiale de la MRSH et porteuse du projet ENSOHM 39-45+. ● Dzovinar Kévonian, professeure d’histoire contemporaine, Université de Caen Normandie, directrice adjointe d’HisTeMé (UR 7455), Fellow de l’Institut Convergences Migrations, spécialiste de l’histoire des migrations, des réfugiés et des organisations internationales. Profil recherché Le/la candidat(e) devra être titulaire d’un Master de recherche en Histoire contemporaine, de préférence avec mention. Une expertise ou un intérêt marqué pour l’histoire des migrations, des réfugiés et des organisations internationales, pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et des occupations, ou pour l’histoire sociale des sociétés et mobilités. Une bonne maîtrise du français est requise ; la connaissance de l’allemand, de l’anglais ou de l’espagnol sera appréciée compte tenu de la dimension européenne et transnationale du projet. Composition du dossier de candidature Le dossier de candidature (en français) comprendra obligatoirement : ● Un projet de thèse correspondant aux attendus de l’appel à candidature (10 000 signes maximum, espaces non compris et hors bibliographie indicative d’une page) ; ● Un CV détaillé mettant en évidence toute expérience en lien avec le profil et les thématiques de l’appel, ainsi que les compétences linguistiques du ou de la candidat(e) ; ● Une lettre de motivation présentant la manière dont le candidat ou la candidate entend répondre aux enjeux du contrat doctoral proposé ci-dessus ; ● Une copie du diplôme de Master ; ou, le cas échéant, une attestation du directeur/directrice de recherche certifiant que la soutenance interviendra au plus tard le 30 septembre 2026. ● Les relevés de notes de Master ; ● Un résumé de 5 000 signes du mémoire de Master ; ● Deux lettres de recommandation (ou nom, position et adresse e-mail de deux personnes susceptibles de recommander la candidature) ; ● Un exemple de production écrite individuelle (article, communication, chapitre de mémoire de master). Pour tout renseignement concernant la candidature, merci d’écrire à gael.eismann@unicaen.fr <mailto:gael.eismann@unicaen.fr> et dzovinar.kevonian@unicaen.fr <mailto:dzovinar.kevonian@unicaen.fr>. Calendrier Le dossier sera envoyé sous forme numérique, en un seul fichier PDF agrégeant l’ensemble des pièces demandées, avant le 11 septembre 2026 à minuit, aux adresses suivantes : gael.eismann@unicaen.fr <mailto:gael.eismann@unicaen.fr> et dzovinar.kevonian@unicaen.fr <mailto:dzovinar.kevonian@unicaen.fr>. Merci de respecter la nomenclature suivante pour le titre du document : NOM_Prénom_Thèse_ENSOHM_2026.pdf. Les candidatures incomplètes ou hors délai ne seront pas examinées. Les candidats et candidates seront informé(e)s de l’issue de la sélection au plus tard le 2 octobre 2026. Celles et ceux dont le dossier correspond aux attentes de la commission seront convoqué(e)s pour un entretien de recrutement, en visioconférence ou en présentiel, entre le 5 et le 16 octobre 2026. Contrat et financement Le contrat relèvera des conditions de statut et d’exercice suivantes : ● Date de début de contrat : 1er novembre 2026. ● Laboratoire de rattachement : HisTeMé (UR 7455), Université de Caen Normandie. ● Lieu d’exercice : HisTeMé (UR 7455) ● Statut : contrat doctoral de 36 mois (temps plein, contrat de droit public d’une durée de 3 ans, conformément au décret n° 2009-464 du 23-4-2009). Montant de la rémunération (au 01/01/2026) : rémunération brute 2 300 €/mois. Plus de renseignements : www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/le-financement-doctoral-46472 Activités complémentaires (par ex. enseignements) possibles dans le cadre prévu par la loi et à discuter avec la direction de thèse et le laboratoire. —————— Gaël Eismann Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Caen-Normandie HisTeMé-UR 7455 – Unicaen – Codirection de l’Axe 3 « Paix, conflits et violences » UFR Humanités Sciences Sociales – Responsable pédagogique de la Licence 3 (histoire) Esplanade de la paix, 14032 Caen Cedex 5, Bat N – Bureau SB 29 cv.archives-ouvertes.fr/gael-eismann sgm.hypotheses.org/
Publié récemment : – « Zone ”réservée” versus zone ”interdite”. Les ambivalences de l’occupation militaire d’un territoire tributaire d’enjeux multi-scalaires », in Marie-Bénédicte Vincent (dir), Zone(s) interdite(s) en France occupée, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2026, p. 37-65. – avec Fabrice Grenard (dir.), La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression (été 1940-été 1941), Rennes, Presses universitaires de Rennes, Collection « Histoire », 2025. – « Les femmes condamnées à mort par les tribunaux militaires allemands en France occupée (1940-1944). Un phénomène genré minoritaire mais un fait social et politique majeur », 20 & 21. Revue d’histoire, 2023/4 (N° 160), p. 49-71.