AAC – Protéger les civil·es de la guerre aérienne. Les défenses passives en France et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chers et chères collègues,
Vous trouverez sur [ https://calenda.org/1383614 | Calenda ] , et en pied de page, l’appel à communications (en français et en anglais) pour le colloque international « Protéger les civil·es de la guerre aérienne. Les défenses passives en France et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. »
Ce colloque se tiendra le 10 et 11 mars 2027 au Mémorial de Caen et à la MRSH de l’université Caen-Normandie.
La date de limite des propositions est fixée au 31 juillet 2026. Elles sont à envoyées à l’adresse mail : [ mailto:colloquedefensivepassive@gmail.com | colloquedefensivepassive@gmail.com ] .
En vous souhaitant une bonne réception ainsi qu’une bonne journée, Bien cordialement, Octave Moreau
Argumentaire

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les populations civiles sont les premières victimes de la guerre aérienne. En Europe, ce sont ainsi plus de 600 000 personnes qui sont tuées par les bombardements allemands et anglo-américains ; en Asie, il est estimé que les bombes explosives, incendiaires, à retardement ou atomiques ont causé la mort de plus de 900 000 civil·es .
Le risque que représentait la guerre aérienne pour les populations avait pourtant été bien identifié par les autorités civiles et militaires. En effet, dès la Grande Guerre, les premières attaques venues du ciel contraignent l’État à prendre des mesures de prévention. C’est par exemple le cas à Paris où des affiches sont placardées afin d’informer la population des dangers que représentent les attaques par aéronefs . À la fin de la guerre, la multiplication des opérations de « police bombing » dans les colonies, où sont régulièrement employées des armes chimiques, et la théorisation des bombardements par Giulio Douhet en 1921, font craindre aux institutions le rôle central que pourrait prendre la guerre aérienne lors d’un nouveau conflit mondial. C’est ainsi que dès la fin des années 1920, diverses mesures de protections sont mises en place sous la dénomination « défense civile » ou « défense passive. »
La défense passive constitue un terme polysémique regroupant les diverses mesures prises par les autorités pour la protection des civil·es contre les attaques aérienne et l’organisme principal chargé de leur application : Défense Passive (DP) en France, Air Raid Précautions (ARP) au Royaume-Uni, ou encore Luftschutz en Allemagne. Cet organe est donc central dans la vie des populations pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, en France, il est particulièrement méconnu, n’ayant pas encore fait l’objet de publication scientifique d’ampleur à l’échelle nationale ou européenne. Ce colloque international ambitionne ainsi d’écrire une histoire de la défense passive française pendant la Seconde Guerre mondiale en l’insérant dans l’histoire des DP européennes, afin de comparer leur structure, leur rôle et leur trajectoire. En France, la défense passive est organisée de façon pyramidale : une direction de la défense passive (DDP) est rattachée au ministère de l’Intérieur ou de la Défense (en fonction des périodes) à partir de 1938 et fixe le cadre national, les préfets président ensuite une commission départementale de DP qui prévoit une défense globale de leur territoire et enfin les maires sont responsables de la commission municipale . De fait, la DP constitue une charnière entre les autorités civiles et militaires. Les relations entre ces deux composantes sont parfois difficiles à entretenir, chacun n’ayant pas toujours les mêmes visions de ce que doit couvrir la défense passive, de son rôle, de ses missions mais aussi des droits et devoirs de chacun en la matière. En France, cette notion se construit finalement au fil des ans, et parfois après l’épreuve des bombes. Le régime de Vichy créé, par exemple, en 1943, le SIPEG (Service Interministériel de Protection contre les Évènements de Guerre) dans le but de réunir sous une même tutelle l’intégralité des acteurs participant à la DP. En effet, la défense passive compose avec de nombreuses organisations qui concourent, elles-aussi, à la protection des civil·es ou à la prise en charge des victimes comme la Croix-Rouge Française, l’Entr’aide Française, les Équipes Nationales, le Comité Ouvrier de Secours Immédiat, la Gendarmerie, la Police, les Pompiers… mais aussi les autorités occupantes à partir de 1940. Ainsi, la défense passive occupe un rôle central lors de la Seconde Guerre mondiale en faisant le liant entre la population civile, les autorités civiles et militaires, face à une nouvelle forme de guerre : la guerre aérienne. Or, d’après Sheldon Garon « en 1942, on aurait pu voyager de front intérieur en front intérieur – de l’Allemagne nazie et du Japon autoritaire et bureaucratique à la Russie soviétique et à la Grande-Bretagne libérale – et relever un certain nombre de similitudes de la vie en temps de guerre : on retrouvait partout les mêmes chefs d’îlots, les mêmes blackout […]. » L’histoire de la défense passive mérite donc de sortir des frontières françaises.
Après le conflit, l’héritage qu’ont laissé les défenses passives est assez variable en fonction des pays. Au Royaume-Uni, où la résistance collective contre le Blitz participe à refonder un idéal de la nation, l’ARP occupe une place de choix comme en témoigne la salle de l’ Impérial War Museum qui lui ai dédié. Les études historiographiques sont ainsi particulièrement nombreuses . Il en est relativement de même en Allemagne et au Japon qui ont bénéficié de diverses études comparatives comme celle de Sheldon Garon en 2017 . En France, s’il existe un certain nombre d’ouvrages ou de mémoires universitaires portant sur des défenses passives locales, aucune étude majeure n’existe pour le moment.
C’est ainsi que 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce colloque a pour ambition de faire un état de la recherche et d’écrire une histoire des défenses passives en France et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans un premier axe, nous vous proposerons d’étudier la structuration des défenses passives et de tenter de dresser un bilan de leur efficacité en France et en Europe. Les communications pourront ainsi faire une histoire administrative des défenses passives. Les comparaisons nationales et internationales seront particulièrement appréciées tout comme celles qui souhaiteront questionner l’évolution des défenses passives sur le temps long face aux risques de la guerre aérienne. Dans un deuxième axe , nous chercherons à questionner le rôle social de la défense passive comme organe mettant en relation un certain nombre d’acteurs, aussi bien civils que militaires et interagissant avec les institutions étatiques, les autorités occupantes, les militaires et la population civile. Il est aussi pertinent d’étudier la perception de ceux que l’on cherche à protéger : la population civile dans son ensemble. En effet, en France, les mesures de défense passive réclament parfois une certaine rigueur que la population ne souhaite pas s’appliquer alors même que les autorités ne montrent pas toujours l’exemple ce qui tend à créer une certaine incompréhension. Sous l’Occupation, les autorités allemandes en viennent même à la
violence vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas strictement les consignes. Ils parlent « de la passivité bien connue de la population » française dans leur rapport, alors qu’en est-il ailleurs ? La population allemande est-elle plus respectueuse des mesures imposées par le régime en place ? Nous pourrons également nous intéresser dans cet axe aux représentations collectives autour des défenses passives au service de la construction d’un sentiment d’appartenance à un peuple ou à une nation.
Enfin, dans un dernier axe , nous vous proposerons d’analyser les mémoires et les traces des défenses passives aujourd’hui en France et en Europe. Si, en France, la DP a pu être intégrée aux premières commémorations sur les victimes civiles – quand elles existent, dans les territoires les plus touchés par les bombardements –, son importance a été globalement silencé, devant un organe particulièrement méconnu de l’histoire nationale française. Comment pouvons-nous expliquer cette mise en ban de la défense passive ? Est-ce lié à son lien administratif au régime de Vichy ? Ou encore la dimension paradoxale des bombardements anglo-américains ? Et en Europe, quel rôle occupe la Défense Passive dans la refonte de l’idéal national après la Seconde Guerre mondiale dans un pays vainqueur (le Royaume-Uni) ou vaincu (l’Allemagne) ? La (re)découverte de certains vestiges et leur mise en valeur patrimoniale, notamment en ce qui concerne les abris souterrains, montrent également l’importance de l’apport de l’archéologie pour l’histoire de la DP . Modalités de contribution

Les propositions de communication en français ou en anglais, d’une page environ, accompagnées d’un titre ainsi qu’une présentation bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 31 juillet 2026 à l’adresse mail : [ mailto:colloquedefensepassive@gmail.com | colloquedefensepassive@gmail.com ]
Le colloque international « Protéger les civil·es de la guerre aérienne » se tiendra du 10 au 11 mars 2027 au Mémorial de Caen et la MRSH de l’université Caen-Normandie . Les communications ne devront pas excéder 20 minutes .

Comité d’organisation : Thomas Hippler (ERLIS, Université Caen-Normandie) Octave Moreau (HisTeMé, Université Caen-Normandie), et Hélène Saint-André (CHEC, Université Clermont Auvergne).
Comité scientifique : Walter Bruyère-Ostells (MESOPHOLIS, Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence), Fabien Conord (CHEC, Université Clermont Auvergne), Gaël Eismann (HisTeMé, Université Caen-Normandie), Sheldon Garon (Princeton University), Andrew Knapp (Reading University).

Bibliographie indicative

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— Octave Moreau Université Caen-Normandie Laboratoire HisTeMé – UR 7455 MRSH – SH 234