Appel à contributions : L’enfant criminel, du XIXe siècle à nos jours
La Revue d’histoire de l’enfance « L’Irrégulière » consacrera son numéro 29 au thème : « L’enfant criminel » et fait appel à contributions .
L’enfant criminel
Médiatisation et construction de figures,
du XIXe siècle à nos jours
Date limite pour proposer un article : 10 juin 2026
La violence et la jeunesse sont des notions floues. Les frontières qui distinguent les mineurs criminels des jeunes adultes criminels s’avèrent poreuses. Si aux États-Unis le taux de criminalité chez les jeunes ne connait pas une évolution linéaire, sont enregistrés, malgré tout, « les crimes violents graves » commis entre 12 et 17 ans qui sont l’objet d’un traitement spécifique et qui restent stables, voire connaissent un repli depuis 1994. Dans d’autres pays, il s’avère difficile de prendre la mesure quantitative de la criminalité de la jeunesse pour des raisons très variées. Si des travaux récents évoquent la question du juvénicide, désignant ainsi des jeunes exposés à toutes formes de violence jusqu’à la mort, il n’existe pas de désignation pour évoquer la jeunesse criminelle, allant des gamins aux jeunes adultes. Toujours est-il que la prochaine livraison de L’Irrégulière prend l’enfance au sens large. Il s’agit de traiter de la médiatisation de la violence criminelle, elle-même sujette à un grand nombre de définitions, d’acceptions et d’usages, entrainant de grandes confusions entre délinquance et violence criminelle, adolescents et mineurs, impubères et jeunes. En France, dans le débat public, c’est la question de l’augmentation de la délinquance des jeunes qui suscite des observations alarmistes. La cour des comptes, dans un rapport de 2025, évoque la question particulière des « jeunes majeurs » et celle des mineurs délinquants dont les faits d’extrême violence sont « largement relayés par les médias ». Or la violence juvénile criminelle s’avère marginale, mais elle est l’objet d’un important traitement médiatique qui a pour effet de dramatiser et d’obscurcir les réalités.
Dans un article paru le 11 mars 2025 dans le quotidien Le Monde intitulé « La délinquance des mineurs diminue en France mais les actes les plus graves de violence augmentent », une question était ainsi formulée : « la jeunesse serait-elle devenue de plus en plus violente, de plus en plus jeune ? » Quelques mois plus tard, le 11 novembre 2025, le ministre de l’Intérieur de l’époque affirmait sur CNews que « la violence touche de plus en plus de jeunes » et que « de plus en plus de jeunes sont des tueurs. » Ces deux extraits illustrent parfaitement les amalgames ou les raccourcis souvent, et trop rapidement, faits en raison de l’utilisation aléatoire, plus ou moins hasardeuse, de telle ou telle formulation. Or, parce que le choix des termes n’est jamais anodin pour ceux qui les emploient comme pour ceux qui les reçoivent, il est nécessaire de prendre le temps de s’y arrêter et de (re)définir les termes, clarifier le propos médiatique et comprendre, mais aussi contextualiser, les évolutions sémantiques.
La visée du numéro 29 de L’irrégulière est bien de traiter de la médiatisation de la jeunesse criminelle , en France comme à l’étranger, jadis comme aujourd’hui, en privilégiant deux entrées.
Le traitement médiatique
Au début du XIXe siècle, des périodiques spécialisés voit le jour comme La Gazette des tribunaux qui rend compte des crimes et des procès. Plus tard, au cours de l’entre-deux-guerres, des journaux comme Détective , créé en 1928, atteint des tirages allant jusqu’à 500 000 exemplaires. Dans les années 1880, la presse à grand tirage, en particulier dans les éditions hebdomadaires, évoque la criminalité juvénile. Depuis les médias se sont diversifiés et multipliés, la radio, la télévision et les réseaux sociaux donnent nombre d’informations sur la « violence des jeunes » constatée, réprimée ou impunie. Si la statistique judiciaire livre un tableau chiffré et souvent imparfait de la criminalité, les médias construisent, en choisissant telle ou telle affaire, un imaginaire social de la jeunesse criminelle. Les cas s’avèrent relativement rares mais peu importe pour le grand public. Il suffit que quelques affaires sordides soient placées en pleine lumière pour donner le sentiment qu’un véritablement déferlement se produit, accompagné d’un délitement des mœurs, d’une perte des repères et d’une désagrégation des liens sociaux. Il reste à s’interroger sur la manière dont les médias traitent de la criminalité juvénile, à l’aide de quels procédés et avec quel impact ? À l’instar du fait divers, la violence criminelle des jeunes appartient au genre transmédiatique, mais lorsque les journalistes choisissent d’en rendre compte, ils peuvent provoquer un emballement et la surmédiatisation contribue à en donner une image déformante, et attise les peurs et les angoisses d’une société.
Les figures criminelles
Le récidiviste, le tueur en série, l’empoisonneuse constituent quelques-unes des grandes figures criminelles qui traversent les décennies. Tout le monde connait Landru ou Fourniret et se trouve capable de les contextualiser, mais il n’en est pas de même pour les jeunes criminels. Si à la fin du XIXe siècle quelques figures ont suscité un véritable émoi médiatique, qui se souvient, après-guerre, de Bacquet, « ce précoce détraqué du crime » ou de l’assassin Kaps qui, âgé de quatorze ans, a d’abord tué un « vieil ivrogne », puis cinq ans plus tard sa maitresse. Il reste à exhumer ces figures que la mémoire collective a oubliées. Qui étaient-elles, quel crime ont-elles commis ? De quelle manière les fait-diversiers et les chroniqueurs en ont-ils rendu compte ? Mais les figures de jeunes criminels, masculines dans l’immense majorité des affaires, ne sont pas restées identiques et reflètent aussi les évolutions des sociétés. Les jeunes violeurs étaient absents des récits criminels. Quant aux « petits fauves terrifiants » du début du XXe siècle, ils n’ont plus rien à voir avec les tueurs à gages du XXIe siècle recruté sur internet par des narcotrafiquants. Si Europol a voulu au printemps 2025 mener une vaste campagne contre les réseaux de recrutement, les médias, à l’échelle européenne, avec d’importantes nuances, attirent l’attention du lectorat, des auditeurs ou des téléspectateurs et téléspectatrices sur ce phénomène. Il conviendrait de s’interroger sur l’apparition, les évolutions et le traitement médiatique de ces figures de la criminalité juvénile.
Les propositions de contribution (2500 signes maximum) accompagnées d’une courte notioce bio/biblio sont à adresser aux coordinateurs du numéro. Elles sont attendues pour le 15 mai . Elles mentionneront clairement les archives et/ou les sources sur lesquelles l’auteur(e) entend s’appuyer. Les propositions peuvent aussi prendre en compte la représentation de la violence criminelle des jeunes dans les œuvres de fiction (cinéma, séries télévisées, littérature). Ces œuvres reflètent les peurs d’une société désemparée face à une génération qu’elle ne semble plus comprendre et contrôler. Leur sortie peut entraîner des débats parfois virulents voire leur censure à l’instar de l’œuvre de Luis Buñuel Los Olvidados en 1950. Plus récemment, le roman Gomorra adapté en série télévisée et en film a été accusé d’être un mauvais exemple pour la jeunesse. Totalement fictionnelles ou inspirées de faits réels, ces productions méritent un nouvel éclairage afin de comprendre la portée et l’évolution de leur approche de cette question de société.
L’Irrégulière est spécialisée dans le champ de l’enfance et de la jeunesse marginales ou marginalisées. Elle s’intéresse à l’enfant de justice (délinquant), mais aussi à l’enfant victime, à l’orphelin, au vagabond, ainsi qu’aux politiques législatives et institutionnelles et aux pratiques pédagogiques mises en œuvre pour prendre en charge cette jeunesse et cette enfance « irrégulières » en France et hors de France. Revue scientifique à comité de lecture, elle est le fruit d’une collaboration entre l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) et l’Association pour l’histoire de la protection judiciaire des mineurs (AHPJM).
Publiée aux éditions Anamosa, elle est également disponible en lien sur la plateforme d’édition électronique Cairn.
Les projets seront examinés et retenus début juin 2026. Les articles rédigés (35 000 signes) sont attendus au début du mois d’octobre 2026, p our un retour des évaluations en décembre 2026. Allers et retours auteurs, coordinateurs du numéro : printemps 2027.
Parution du n° 29 de L’irrégulière : août 2027.
Frédéric Chauvaud : [ mailto:frederic.chauvaud@univ-poitiers.fr | frederic.chauvaud@univ-poitiers.fr ]
Laurence Leturmy : [ mailto:laurence.leturmy@univ-poitiers.fr | laurence.leturmy@univ-poitiers.fr ]
Sophie Victorien : [ mailto:sophie.victorien@cnrs.fr | sophie.victorien@cnrs.fr ]

