Avis de parution
Dans toutes les bonnes librairies, depuis le 2 avril :
Philippe Darriulat, L’Acropole des va-nu-pieds. Juin 1848 : l’insurrection et ses conséquences vues du faubourg Saint-Antoine, Ceyzérieu, Champ Vallon, avril 2026
Cet ouvrage, propose une microhistoire de l’insurrection de juin 1848. Á l’échelle d’un quartier parisien – une partie du faubourg Saint-Antoine – il tente de redonner droit à la parole des protagonistes : celle des ébénistes Isidore Maignant et Jérôme, Adolphe Hue, du cordonnier François, Marie Nugue, du menuisier Jean-Pierre Ponsardin, des marchands de lunettes Jean, Louis et Annette Defer, de l’ouvrière en laine Rosalie, Esther Lecerf… et de centaines d’autres inconnus dont les voix ont été oubliées, ensevelies sous une profusion d’analyses surplombantes. Quels furent leurs espoirs, leurs aspirations, leur perception de l’événement ? Quelles furent les conséquences de la féroce répression qui s’abattit sur eux ? Qu’arriva-t-il à ceux qui furent arrêtés, emprisonnés, déportés ? Comment la vie se poursuivit-elle dans leur quartier ravagé par les combats ? En les écoutant avec attention, nous pouvons essayer de saisir ce que fut leur engagement dans un soulèvement déclenché par l’annonce de la fermeture des Ateliers nationaux et qui se fit au nom de la « république démocratique et sociale ». Une démarche qui devrait permettre de jeter un regard renouvelé sur un événement souvent présenté comme majeur, mais sur lequel il y a eu finalement peu de travaux spécifiques. Pour cela il convenait de choisir un poste d’observation. En l’occurrence un quartier ouvrier parisien considéré, au moins depuis la Révolution française, comme un centre insurrectionnel de premier ordre. Là où l’on érigea le plus grand nombre de barricades et où l’insurrection resta le plus longtemps maitresse de la rue. Là où Mgr Affre, archevêque de Paris, fut mortellement touché. Là où Victor Hugo, dans Les Misérables, a placé une partie de son récit de l’événement d’où est tirée la citation servant de titre à cet ouvrage. En s’appuyant sur d’abondantes sources, dont certaines sont inédites, nous pouvons suivre la trajectoire de ces insurgés : du premier jour jusqu’au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Peuvent alors être saisies, avec empathie mais sans idéalisation, les questions de la politisation des populations ouvrières – leurs aspirations démocratiques entrant en tension avec la démocratie représentative -, de l’importance des solidarités, sociales mais également familiales et de voisinage, du rapport à la violence, de la place des femmes en insurrection, de l’importance des représentations, tant des insurgés que du quartier lui-même, ainsi que la banalité du quotidien dans ce moment d’exceptionnelle tension… Pendant ces dramatiques journées, la république, dans sa toute première jeunesse, fut confrontée à des défis auxquels elle ne sut manifestement pas répondre. Les interroger c’est peut-être également questionner le présent, celui d’une démocratie menacée par tous ceux qui se nourrissent de ses insuffisances.
Philippe Darriulat, L’Acropole des va-nu-pieds. Juin 1848 : l’insurrection et ses conséquences vues du faubourg Saint-Antoine, Ceyzérieu, Champ Vallon, avril 2026
Cet ouvrage, propose une microhistoire de l’insurrection de juin 1848. Á l’échelle d’un quartier parisien – une partie du faubourg Saint-Antoine – il tente de redonner droit à la parole des protagonistes : celle des ébénistes Isidore Maignant et Jérôme, Adolphe Hue, du cordonnier François, Marie Nugue, du menuisier Jean-Pierre Ponsardin, des marchands de lunettes Jean, Louis et Annette Defer, de l’ouvrière en laine Rosalie, Esther Lecerf… et de centaines d’autres inconnus dont les voix ont été oubliées, ensevelies sous une profusion d’analyses surplombantes. Quels furent leurs espoirs, leurs aspirations, leur perception de l’événement ? Quelles furent les conséquences de la féroce répression qui s’abattit sur eux ? Qu’arriva-t-il à ceux qui furent arrêtés, emprisonnés, déportés ? Comment la vie se poursuivit-elle dans leur quartier ravagé par les combats ? En les écoutant avec attention, nous pouvons essayer de saisir ce que fut leur engagement dans un soulèvement déclenché par l’annonce de la fermeture des Ateliers nationaux et qui se fit au nom de la « république démocratique et sociale ». Une démarche qui devrait permettre de jeter un regard renouvelé sur un événement souvent présenté comme majeur, mais sur lequel il y a eu finalement peu de travaux spécifiques. Pour cela il convenait de choisir un poste d’observation. En l’occurrence un quartier ouvrier parisien considéré, au moins depuis la Révolution française, comme un centre insurrectionnel de premier ordre. Là où l’on érigea le plus grand nombre de barricades et où l’insurrection resta le plus longtemps maitresse de la rue. Là où Mgr Affre, archevêque de Paris, fut mortellement touché. Là où Victor Hugo, dans Les Misérables, a placé une partie de son récit de l’événement d’où est tirée la citation servant de titre à cet ouvrage. En s’appuyant sur d’abondantes sources, dont certaines sont inédites, nous pouvons suivre la trajectoire de ces insurgés : du premier jour jusqu’au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Peuvent alors être saisies, avec empathie mais sans idéalisation, les questions de la politisation des populations ouvrières – leurs aspirations démocratiques entrant en tension avec la démocratie représentative -, de l’importance des solidarités, sociales mais également familiales et de voisinage, du rapport à la violence, de la place des femmes en insurrection, de l’importance des représentations, tant des insurgés que du quartier lui-même, ainsi que la banalité du quotidien dans ce moment d’exceptionnelle tension… Pendant ces dramatiques journées, la république, dans sa toute première jeunesse, fut confrontée à des défis auxquels elle ne sut manifestement pas répondre. Les interroger c’est peut-être également questionner le présent, celui d’une démocratie menacée par tous ceux qui se nourrissent de ses insuffisances.
Philippe DARRIULAT Professeur en Histoire contemporaine
Sciences-Po Lille – IRHIS-UMR 8529

