Journée d’études « Des archives aux commissions. Historiens et historiennes face aux violences sexuelles dans l’Église », 22 avril 2026
Cher.es collègues,
J’ai le le plaisir de vous informer de la journée d’études Des archives aux commissions. Historiens et historiennes face aux violences sexuelles dans l’Église, organisée le mercredi 22 avril 2026 à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne (Centre d’histoire du XIXe siècle).
Vous trouverez ci-joint un lien vers le programme et les informations techniques
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Notez que l’inscription est obligatoire : Contact : Sophie.Lhermitte@univ-paris1.fr
Bien cordialement
–––––––––––––––––––––––––––––––––– Anne-Emmanuelle Demartini Professeure d’histoire contemporaine Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Centre d’histoire du XIXe siècle (UR 3550) 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris Esc C, 3e étage, bureau G-316
Des archives aux commissions
Historiens et historiennes face aux violences sexuelles dans l’Église
Mercredi 22 avril 2026
Université Paris 1-Panthéon Sorbonne
Salle VI
Centre Panthéon 12, place du Panthéon – 75005 Paris
Sur fond de sensibilité aiguë aux violences sexuelles, en particulier celles commises sur les enfants, de promotion de la figure de la victime avec sa souffrance et sa parole, et de publicisation de scandales impliquant des ecclésiastiques ayant commis des violences sexuelles ou ne les ayant pas dénoncées, enfin du nouveau rapport à la parole enclenché par le mouvement #MeToo, la question des « abus sexuels » commis dans l’Église catholique en France a été posée progressivement depuis les années 1990 et s’est imposée avec de plus en plus d’insistance depuis une vingtaine d’années.
Les historiens et les historiennes, à l’instar d’autres chercheurs et chercheures en sciences sociales, ont commencé à s’emparer du sujet en lui consacrant des travaux de recherches (Anne Philibert, Claude Langlois, Agnès Desmazières). Mais il est une autre forme de contribution de leur part sur cette question : leur participation à des commissions d’enquêtes ou de réparation mises en place à l’initiative d’instances dirigeantes de l’Église ou de communautés religieuses.
Initié dans le monde anglo-saxon, au Canada et aux États-Unis dès les années 1980 (Gatineau Hull en 1986, Saint John 1989, Chicago 1992) puis en Irlande, le phénomène de constitution de commissions d’enquête s’est systématisé à compter du début des années 2000 : commission John Jay instaurée à la suite de l’enquête conduite par le Boston Globe sur des viols et agressions commises par des prêtres catholiques dans l’archidiocèse de Boston ; commission Laffoy puis Ryan en Irlande mise en place après la révélation de violences commises dans des écoles catholiques, etc. Dans un deuxième temps, avec l’écho du rapport de la commission Ryan, en Irlande, publié en 2009, il a gagné l’Europe continentale. Les enquêtes se sont alors multipliées. On mentionnera, s’agissant de la France, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), mise en place en 2019 à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) dans le sillage de l’affaire Barbarin, du nom de l’archevêque de Lyon jugée pour non-dénonciation des abus commis par le père Preynat, prêtre de son diocèse ; la commission d’étude mandatée en 2020 par l’Arche internationale sur les abus sexuels commis par ses fondateurs, Jean Vanier et Thomas Philippe ; la Commission reconnaissance et réparation (CRR) créée, dans la foulée de la publication du rapport de la CIASE (« rapport Sauvé ») en 2021, pour accompagner dans une démarche de reconnaissance et de réparation les victimes des membres des instituts religieux ; la Commission d’experts indépendants chargée en 2024 par Emmaüs de faire la lumière sur les dysfonctionnements qui ont permis à l’abbé Pierre de ne pas être inquiété pendant plus de soixante-dix ans. La plupart des pays occidentaux connaissent ces commissions qui commencent aussi à être mises en place ailleurs, ainsi au Brésil en 2020. Une analyse comparée de ces commissions a d’ailleurs débuté (Anne Lancien ; colloque international sur les violences sexuelles dans l’Église catholique. Perspectives comparatistes organisé par l’IRIS à l’EHESS, 2-3 novembre 2023).
La journée propose d’étudier ces commissions sous l’angle particulier de la place qu’y occupent les historiens, du travail qu’ils et elles y effectuent et de l’impact de leur participation à ces commissions tant sur leur parcours et leur activité scientifiques que sur la conception du rôle des historiens dans la société.
Plusieurs pistes de réflexion pourront être envisagées :
– La composition des commissions et la part des historiens : quels spécialistes, dans quelles commissions et pour quelles missions ? Pourquoi et de quelle manière ont-ils été choisis ? Quel est leur champ de spécialité ? Quelle place spécifique occupent-ils à côté de chercheurs d’autres disciplines, notamment les sociologues, les juristes, les psychologues et les psychiatres ? Trouvent-ils leur place aisément ? Quelle expérience de l’interdisciplinarité dans ces commissions ? Quelle place pour les historiennes en particulier, quand on sait que les femmes, des théologiennes en particulier (Marie-Jo Thiel, Véronique Margron), ont joué un rôle notable dans la prise de conscience ecclésiale du problème ?
– Le travail des historiens : de quelle nature (enquête en archives, recueil de témoignages, etc.), avec quelle méthodologie, quelles difficultés, quelle marge de manœuvre et quels résultats ? Comment le travail en archives s’organise-t-il et est-il réparti entre les différentes sciences humaines mobilisées, entre les historiens et les personnels des diocèses ou des congrégations ? Les résultats des uns et des autres sont-ils ou non concordants ? Avec quelles contraintes éventuelles émanant de l’État ou de l’Église les historiens ont-ils dû composer, par exemple en termes d’accès aux documents ? Quelles relations entre les chercheurs et les commissions ? Quel apport propre de l’histoire à la compréhension des violences sexuelles commises et couvertes par l’Église ? Quel choc en retour éventuel sur la compréhension de périodes plus anciennes où le problème n’était pas explicitement posé ?
– L’historien et les violences sexuelles, entre expertise et affects : comment vivent-ils leur participation à ces commissions, entre engagement, épreuve, désir de justice et désir de comprendre ? Qu’est-ce que l’expérience de la participation aux commissions fait aux chercheurs en général et aux spécialistes des religions en particulier ?
– L’historien entre science et société. La participation des historiens à des commissions d’enquête, et singulièrement à des commissions visant à établir la responsabilité de l’Église catholique, a une histoire. En 1989 le cardinal Ducourtray, archevêque de Lyon, avait chargé René Rémond de constituer une commission pour éclairer le rôle de l’Église dans la protection dont avait bénéficié le milicien Paul Touvier ; elle comprenait sept historiens. On se souvient d’ailleurs que c’est à propos de procès relatifs à la commission et à la complicité de crimes contre l’humanité lors de la Seconde Guerre mondiale qu’a été débattue la question de la fonction sociale de l’historien, quand des historiens ont été cités comme témoins en justice au nom de leur expertise. Toute proportion gardée, car il ne s’agit pas ici d’entrer dans le prétoire, des questions similaires sont posées sur la responsabilité de l’historien et sa capacité à éclairer l’intolérable dans une perspective judiciaire.
Il s’agira en somme de réfléchir à des expériences qui sollicitent les historiennes et historiens pour leurs compétences professionnelles mais les portent aussi aux limites de leur métier. Un parallèle pourra être effectué avec d’autres commissions comparables dans d’autres pays ou sur d’autres types de violences, comme la CIIVISE.
J’ai le le plaisir de vous informer de la journée d’études Des archives aux commissions. Historiens et historiennes face aux violences sexuelles dans l’Église, organisée le mercredi 22 avril 2026 à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne (Centre d’histoire du XIXe siècle).
Vous trouverez ci-joint un lien vers le programme et les informations techniques
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Notez que l’inscription est obligatoire : Contact : Sophie.Lhermitte@univ-paris1.fr
Bien cordialement
–––––––––––––––––––––––––––––––––– Anne-Emmanuelle Demartini Professeure d’histoire contemporaine Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Centre d’histoire du XIXe siècle (UR 3550) 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris Esc C, 3e étage, bureau G-316
Des archives aux commissions
Historiens et historiennes face aux violences sexuelles dans l’Église
Mercredi 22 avril 2026
Université Paris 1-Panthéon Sorbonne
Salle VI
Centre Panthéon 12, place du Panthéon – 75005 Paris
Sur fond de sensibilité aiguë aux violences sexuelles, en particulier celles commises sur les enfants, de promotion de la figure de la victime avec sa souffrance et sa parole, et de publicisation de scandales impliquant des ecclésiastiques ayant commis des violences sexuelles ou ne les ayant pas dénoncées, enfin du nouveau rapport à la parole enclenché par le mouvement #MeToo, la question des « abus sexuels » commis dans l’Église catholique en France a été posée progressivement depuis les années 1990 et s’est imposée avec de plus en plus d’insistance depuis une vingtaine d’années.
Les historiens et les historiennes, à l’instar d’autres chercheurs et chercheures en sciences sociales, ont commencé à s’emparer du sujet en lui consacrant des travaux de recherches (Anne Philibert, Claude Langlois, Agnès Desmazières). Mais il est une autre forme de contribution de leur part sur cette question : leur participation à des commissions d’enquêtes ou de réparation mises en place à l’initiative d’instances dirigeantes de l’Église ou de communautés religieuses.
Initié dans le monde anglo-saxon, au Canada et aux États-Unis dès les années 1980 (Gatineau Hull en 1986, Saint John 1989, Chicago 1992) puis en Irlande, le phénomène de constitution de commissions d’enquête s’est systématisé à compter du début des années 2000 : commission John Jay instaurée à la suite de l’enquête conduite par le Boston Globe sur des viols et agressions commises par des prêtres catholiques dans l’archidiocèse de Boston ; commission Laffoy puis Ryan en Irlande mise en place après la révélation de violences commises dans des écoles catholiques, etc. Dans un deuxième temps, avec l’écho du rapport de la commission Ryan, en Irlande, publié en 2009, il a gagné l’Europe continentale. Les enquêtes se sont alors multipliées. On mentionnera, s’agissant de la France, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), mise en place en 2019 à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) dans le sillage de l’affaire Barbarin, du nom de l’archevêque de Lyon jugée pour non-dénonciation des abus commis par le père Preynat, prêtre de son diocèse ; la commission d’étude mandatée en 2020 par l’Arche internationale sur les abus sexuels commis par ses fondateurs, Jean Vanier et Thomas Philippe ; la Commission reconnaissance et réparation (CRR) créée, dans la foulée de la publication du rapport de la CIASE (« rapport Sauvé ») en 2021, pour accompagner dans une démarche de reconnaissance et de réparation les victimes des membres des instituts religieux ; la Commission d’experts indépendants chargée en 2024 par Emmaüs de faire la lumière sur les dysfonctionnements qui ont permis à l’abbé Pierre de ne pas être inquiété pendant plus de soixante-dix ans. La plupart des pays occidentaux connaissent ces commissions qui commencent aussi à être mises en place ailleurs, ainsi au Brésil en 2020. Une analyse comparée de ces commissions a d’ailleurs débuté (Anne Lancien ; colloque international sur les violences sexuelles dans l’Église catholique. Perspectives comparatistes organisé par l’IRIS à l’EHESS, 2-3 novembre 2023).
La journée propose d’étudier ces commissions sous l’angle particulier de la place qu’y occupent les historiens, du travail qu’ils et elles y effectuent et de l’impact de leur participation à ces commissions tant sur leur parcours et leur activité scientifiques que sur la conception du rôle des historiens dans la société.
Plusieurs pistes de réflexion pourront être envisagées :
– La composition des commissions et la part des historiens : quels spécialistes, dans quelles commissions et pour quelles missions ? Pourquoi et de quelle manière ont-ils été choisis ? Quel est leur champ de spécialité ? Quelle place spécifique occupent-ils à côté de chercheurs d’autres disciplines, notamment les sociologues, les juristes, les psychologues et les psychiatres ? Trouvent-ils leur place aisément ? Quelle expérience de l’interdisciplinarité dans ces commissions ? Quelle place pour les historiennes en particulier, quand on sait que les femmes, des théologiennes en particulier (Marie-Jo Thiel, Véronique Margron), ont joué un rôle notable dans la prise de conscience ecclésiale du problème ?
– Le travail des historiens : de quelle nature (enquête en archives, recueil de témoignages, etc.), avec quelle méthodologie, quelles difficultés, quelle marge de manœuvre et quels résultats ? Comment le travail en archives s’organise-t-il et est-il réparti entre les différentes sciences humaines mobilisées, entre les historiens et les personnels des diocèses ou des congrégations ? Les résultats des uns et des autres sont-ils ou non concordants ? Avec quelles contraintes éventuelles émanant de l’État ou de l’Église les historiens ont-ils dû composer, par exemple en termes d’accès aux documents ? Quelles relations entre les chercheurs et les commissions ? Quel apport propre de l’histoire à la compréhension des violences sexuelles commises et couvertes par l’Église ? Quel choc en retour éventuel sur la compréhension de périodes plus anciennes où le problème n’était pas explicitement posé ?
– L’historien et les violences sexuelles, entre expertise et affects : comment vivent-ils leur participation à ces commissions, entre engagement, épreuve, désir de justice et désir de comprendre ? Qu’est-ce que l’expérience de la participation aux commissions fait aux chercheurs en général et aux spécialistes des religions en particulier ?
– L’historien entre science et société. La participation des historiens à des commissions d’enquête, et singulièrement à des commissions visant à établir la responsabilité de l’Église catholique, a une histoire. En 1989 le cardinal Ducourtray, archevêque de Lyon, avait chargé René Rémond de constituer une commission pour éclairer le rôle de l’Église dans la protection dont avait bénéficié le milicien Paul Touvier ; elle comprenait sept historiens. On se souvient d’ailleurs que c’est à propos de procès relatifs à la commission et à la complicité de crimes contre l’humanité lors de la Seconde Guerre mondiale qu’a été débattue la question de la fonction sociale de l’historien, quand des historiens ont été cités comme témoins en justice au nom de leur expertise. Toute proportion gardée, car il ne s’agit pas ici d’entrer dans le prétoire, des questions similaires sont posées sur la responsabilité de l’historien et sa capacité à éclairer l’intolérable dans une perspective judiciaire.
Il s’agira en somme de réfléchir à des expériences qui sollicitent les historiennes et historiens pour leurs compétences professionnelles mais les portent aussi aux limites de leur métier. Un parallèle pourra être effectué avec d’autres commissions comparables dans d’autres pays ou sur d’autres types de violences, comme la CIIVISE.
Comité d’organisation : Guillaume Cuchet, Anne-Emmanuelle Demartini, Alexandre Frondizi
Contact : Sophie.Lhermitte@univ-paris1.fr

