Appel à communications : colloque « Le village dans tous ses états. Approches pluridisciplinaires de la Préhistoire à nos jours », Clermont-Fd, juin 2026
» Le village dans tous ses états. Approches pluridisciplinaires de la Préhistoire à nos jours »
à la Maison des Sciences Humaines de Clermont-Fd (amphi 219), les 3, 4, 5 juin 2026 .
Voici l’appel à communications :
Dans la perspective d’une histoire des sociétés humaines dans la longue durée, le village apparaît comme la forme d’organisation communautaire de l’habitat la plus ancienne et la plus universellement répandue. Cette raison suffit à légitimer l’attention que lui portent historiens, archéologues, géographes, sociologues et architectes. Mais le regain d’intérêt pour ce sujet au cours des dernières années, dont témoigne la régularité des manifestations scientifiques le concernant, plonge aussi ses racines dans la période contemporaine : il n’est pas sans lien, de toute évidence, avec la globalisation, synonyme de métropolisation, de tertiarisation, de crise de la ruralité et de réorganisation des territoires, qui conduisent paradoxalement, à travers les processus de rurbanisation, à donner une nouvelle dimension au village et à ses contours sociologiques, et à susciter de nouveaux besoins, de nouvelles problématiques et de nouvelles formes d’aspirations identitaires.
Ces différentes raisons expliquent pourquoi, au sein du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures », l’équipe de l’axe 3, intitulée Archéologie et histoire des territoires : dynamiques et représentations, a fait du village un thème de réflexion transversal. Depuis 2019, elle a organisé chaque année un séminaire interne au laboratoire et une journée d’étude prenant la forme d’une table ronde. Dès le départ, nous avons pris le parti de la longue durée et de l’interdisciplinarité, en couvrant un large champ chronologique allant de la Préhistoire à la période contemporaine, et en associant régulièrement des géographes, notre intention étant d’ouvrir les discussions à d’autres disciplines, notamment la sociologie et l’architecture.
La première rencontre a débouché sur une tentative de définition du village, que nous avons progressivement affinée : Espace de vie d’une communauté, constituant un lieu d’interactions sociales locales denses et complexes, liées à un état d’interconnaissance très élevé découlant de sa dimension locale limitée, sans continuité de bâti avec une autre cellule similaire et générant un sentiment d’appartenance identitaire. Cette définition, que nous espérions suffisamment souple pour ne pas exclure la grande diversité des situations reconnues (ou pas encore reconnues !) aux différentes périodes et dans les différentes régions que recouvre notre aire d’investigation (la France et les pays limitrophes), a finalement bien résisté à l’épreuve de nos réflexions.
L’objectif du colloque qui se tiendra à la Maison des Sciences Humaines de Clermont-Ferrand les 3, 4 et 5 juin 2026 est de couronner ce premier cycle de réflexion en ouvrant largement les débats au plan national et international, en articulant ceux-ci autour de cinq grandes thématiques :
Thème 1 : Penser le village : problèmes historiographiques et conceptuels
La réflexion engagée jusqu’ici a mis en lumière l’« insaisissabilité » du village, qui tient à la fois à son caractère universel et à la grande diversité de ses déclinaisons formelles, mais aussi aux traditions historiographiques propres à chaque discipline, à chaque période et à chaque aire géographique. Plusieurs aspects fondamentaux ont été soulignés : – la polysémie du mot « village » dans les sources médiévales et modernes ; – l’absence de consensus sur une définition du village dans la communauté des historiens et des archéologues ; – la remise en question récente des modèles établis, et cela pour toutes les périodes de l’histoire, du Néolithique à l’époque contemporaine ; – la diversité du phénomène villageois, dans le temps et dans l’espace : sous l’Ancien Régime, par exemple, le terme village ne désigne pas la même entité d’un bout à l’autre du royaume, le village étant le centre de la paroisse puis de la commune en pays d’habitat groupé, alors qu’en pays d’habitat dispersé, c’est le bourg qui joue ce rôle, le terme village désignant tous les groupements intermédiaires entre le bourg et les habitats isolés, correspondant à ce que l’on appellerait de nos jours des hameaux ; – enfin, par-delà la diversité des formes du village, nos réflexions ont mis l’accent sur une caractéristique commune et fondamentale : à savoir que, si celui-ci constitue un cadre de socialisation élémentaire dans les sociétés rurales anciennes ou plus contemporaines, il est tout autant un lieu d’identification et d’imaginaire collectifs. Cette nouvelle manière de voir le village rejoint l’idée d’une « singularité créatrice du village » formulée par le sociologue Placide Rambaud [Desroche H., Rambaud P. dir. (1971) Villages en développement. Contribution à une sociologie villageoise . École Pratique des Hautes Études, VIe section, Paris-La Haye, Mouton et Cie, 1971]. Les communications attendues pour ce thème aborderont la question du village sous un angle historiographique, épistémologique ou conceptuel, afin d’éclairer pourquoi le village est une réalité à la fois banale et difficile à cerner.
Thème 2 : Morphologies villageoises : formes et fonctions
Si tous s’accordent pour reconnaître un village, le consensus a vite fait de s’estomper lorsqu’il s’agit de définir des critères formels, tant la diversité prédomine dans les formes qu’il peut prendre d’une période à une autre, ou d’une aire géographique à une autre. Cette diversité justifie de consacrer un thème spécifique à la question de l’aspect matériel du village – sous l’angle de son implantation topographique, de sa morphologie (en plan) et de son architecture (en élévation) – et plus largement aux conditions matérielles du voisinage et de l’interconnaissance. La question de la morphologie villageoise recouvre des aspects tout autant quantitatifs (dimensions, superficie, forme générale) que qualitatifs (types de plan ; présence d’espaces publics ou à caractère communautaire : rues, place, placette, espaces de réunion, lieu de culte, salle polyvalente, tavernes et cabarets, commerces, mairie [1] école, terrains de sport, cimetière, terrains vagues et zones interstitielles ; présence de jardins ou espaces verts publics ou privés). La réflexion déjà engagée a montré que, malgré la diversité des trames, la relative homogénéité de l’habitat constitue un trait dominant, caractéristique des formes de regroupement élémentaires que sont les villages ; en revanche, les critères surfacique et démographique n’apparaissent pas aussi pertinents, les villages pouvant présenter des dimensions, voire des chiffres de population, parfois très importants. Il s’agira d’examiner également le rôle de la topographie naturelle comme facteur d’implantation et comme contrainte pour l’aménagement de l’espace, les cas de figures étant évidemment très variés (villages perchés, villages de plaine, villages implantés sur le bord d’un cours d’eau ou en zone de confluence, villages côtiers ou insulaires, palafittes…). L’impact des fortifications sur la trame villageoise sera pris en considération, de même que celui de l’utilisation de ressources naturelles comme l’énergie hydraulique. Une attention particulière sera portée au problème de la différenciation des sphères publique et privée, ainsi qu’aux éventuelles réorganisations de l’espace. La notion de « paysage villageois » étant largement tributaire de l’architecture mise en œuvre, l’intérêt sera également porté aux matériaux de construction, aux élévations (étages) et à la qualité architecturale des constructions publiques et privées.
Une seconde piste concernera l’étude des équipements, qui peuvent être individuels (et donc répétitifs) ou collectifs (et donc caractérisés par leur singularité, leur position et leur taille). La notion d’équipement doit être entendue dans une acception large : voies, réseaux, caractéristiques du parcellaire interne au village, pressoirs, fours, séchoirs, « travails », puits, fontaines et abreuvoirs, mares, lieux de culte dans leur diversité, aménagements divers… L’identification de ces équipements collectifs ou privatifs est fondamentale. Elle est à même d’illustrer la réalité du fonctionnement communautaire qui sous-tend la logique de regroupement de l’habitat, la mutualisation de moyens constituant une plus-value bien réelle dans la hiérarchie des services fournis aux occupants d’un territoire. La localisation des lieux de travail (aires ou structures de stockage et de transformation des productions agricoles, ateliers artisanaux) au sein de l’espace villageois sera également un élément à prendre en compte.
Thème 3 : Sociétés villageoises
La réflexion déjà engagée a mis en lumière la difficulté d’appréhender, par le biais de la seule réalité matérielle du village, la complexité des interactions sociales qui sous-tendent l’interconnaissance. Tout groupement d’habitants ou de fermes ne fait pas un village. Il est en effet nécessaire de prendre en compte la plus-value collective et communautaire qui définit « ce qui fait village ». L’archéologie funéraire ouvre des pistes de réflexion pour la Protohistoire ancienne, en mettant en évidence une véritable fabrique des ancêtres par la communauté, qui traduit l’importance de la mémoire collective du clan, du lignage, les nécropoles étant un « habitat par procuration ». Les travaux des historiens médiévistes, modernistes et contemporanéistes révèlent la relative complexité de la structure sociale du village pour les périodes plus récentes. Il apparaît que, dans de nombreux cas, celle-ci n’est pas majoritairement agricole. À côté des paysans, souvent très discrets dans les sources archivistiques, on trouve des nobles, des notaires, des juges, des avocats, des bourgeois, des chirurgiens, des marchands, des curés et vicaires ou des pasteurs, des menuisiers ou des forgerons. Ce constat pose la question de la difficulté de distinguer bourg et village. Une hiérarchie de centralité se dégage en fonction de la nature mais aussi de l’échelle, locale ou plus large, des services rendus respectivement par le village, le bourg ou la petite ville. La capacité des communautés à faire émerger en leur sein une élite de notables locaux est également un critère distinctif. Les communications attendues viseront à éclairer les différentes facettes de cette sociologie villageoise. L’un des enjeux est, paradoxalement, d’évaluer la part de la population paysanne au sein du village, de caractériser celle-ci et de mesurer l’empreinte du secteur agricole sur ce dernier, qu’elle soit économique, sociale ou matérielle.
Thème 4 : Pouvoir au village, villages et pouvoirs
Les débats suscités par les rencontres précédentes ont régulièrement souligné l’importance des jeux et réseaux de pouvoirs à l’œuvre au sein même du village ou dans ses rapports avec l’extérieur. Les travaux des préhistoriens et des protohistoriens montrent bien le lien, à partir de la fin du Néolithique, entre le développement du phénomène villageois, la concentration des pouvoirs et la gestion des territoires, et comment la multiplication des enceintes, les sépultures privilégiées et les dépôts d’objets métalliques sont autant de manifestations de pouvoir. À l’époque romaine, l’épigraphie, l’architecture et l’iconographie révèlent l’existence de formes de pouvoir ou de délégation d’autorité, souvent très limitées, au sein des petites agglomérations. Mais la question n’est pas tant alors celle du pouvoir du village que des enjeux de pouvoir au village, dans le contexte de rivalité de prestige des grandes familles protectrices. Au Moyen Âge et à l’époque moderne, les assemblées villageoises confèrent aux habitants un pouvoir réel, qui s’inscrit dans une culture villageoise du rassemblement. Mais les formes de rassemblement sont variées (dimensions, durée, degré d’institutionnalisation), certaines dépassant le cadre du village (communautés de vallées). Comme à l’époque romaine, il faut envisager un « emboitement de communautés », la conscience communautaire et le rapport à l’espace étant sources de pouvoir. L’articulation du pouvoir local et du pouvoir central passe par des acteurs locaux, consuls et curés représentant la communauté dans sa forme respectivement fiscale et paroissiale. À l’époque contemporaine, les cadres religieux sont concurrencés par de nouvelles formes de pouvoir, aux multiples facettes, entre petite et grande patrie (pouvoir municipal normé, paternalisme, syndicalisme agricole ou ouvrier). Lorsque l’usine ou la coopérative font vivre une partie conséquente de la communauté, l’équilibre du village peut en être profondément modifié. Le village est parfois dans l’usine. Il peut même naître de l’usine. Les communications attendues viseront à identifier et à caractériser les acteurs, les formes et les jeux de pouvoir internes et externes au village.
Thème 5 : Villages, territoires, réseaux
Les rencontres précédentes ont mis en avant l’intérêt de concepts issus de la géographie spatiale : connectivité, proxémie, territorialité, intermédiarité, décentralité, microcentralité. Chez les protohistoriens, le recours aux modèles de visibilité, de connexion visuelle et d’intervisibilité montre qu’il n’y a pas forcément de lien entre degré de connexion visuelle et rang hiérarchique des sites, et met en lumière l’importance du phénomène de « centralité d’intermédiarité » (betweenness centrality), qui accorde un rôle crucial à des sites marginaux implantés au point d’articulation de réseaux distincts. De ce point de vue, il faut bien distinguer microcentralité et décentralité, cette dernière consistant dans le rayonnement d’un espace marginal. Pour l’époque romaine, les sources écrites suggèrent l’existence, dans le territoire des cités, d’entités que l’on peut également qualifier d’intermédiaires : les pagi et les vici, encadrant les populations du point de vue fiscal notamment. Marchés, bains publics et sanctuaires apparaissent comme des marqueurs de pratiques communautaires et de microcentralité susceptibles de permettre une distinction entre villages paysans et bourgs plus urbains. Les travaux des médiévistes et des modernistes ont de plus en plus recours également aux concepts de territorialité et de centralité, pour appréhender, par exemple, la capacité d’une communauté à s’organiser, à gérer des communs ou des communaux, ou encore à échanger avec l’extérieur, à l’échelon régional voire suprarégional. Pour la période contemporaine, les géographes montrent bien comment le local s’articule au global par le biais des réseaux de transport collectif et des dynamiques démographiques, et comment les villages sont intégrés dans des campagnes semi-urbanisées, le mouvement récent des « gilets jaunes » traduisant un sentiment d’isolement et de relégation de ruraux et surtout de néoruraux dans un contexte de métropolisation croissante. Les communications attendues auront ici pour but d’éclairer le rôle du village dans le système territorial.
Les propositions sont à envoyer avant le 5 avril 2026 à :
Stéphane Gomis, professeur d’histoire moderne, [ mailto:stephane.gomis@uca.fr | stephane.gomis@uca.fr ]
Frédéric Trément, professeur d’antiquités nationales, [ mailto:frederic.trement@uca.fr | frederic.trement@uca.fr ]
Chaque proposition devra fournir :
– un titre
– un résumé d’une dizaine de lignes
– 5 mots clés
– le thème (ou les thèmes) dont elle relève
– un court CV
Format des communications :
– 25 minutes de présentation
– 5 minutes de discussion
Comité scientifique
Annie Antoine, professeure émérite d’histoire moderne, Université Rennes 2.
Vincent Flauraud, maître de conférences en histoire contemporaine, Université Clermont Auvergne.
Patrick Fournier, maître de conférences en histoire moderne, Université Clermont Auvergne.
Carlotta Franceschelli, maîtresse de conférences en histoire et archéologie romaine, Université Clermont Auvergne.
Jean-Luc Fray, professeur émérite d’histoire médiévale, Université Clermont Auvergne.
Stéphane Gomis, professeur d’histoire moderne, Université Clermont Auvergne.
Corinne Marache, professeure d’histoire contemporaine, Université Bordeaux Montaigne.
Antonin Nüsslein, chargé de recherche au CNRS, UMR7044 Archimède.
Édith Peytremann, professeure d’archéologie médiévale, Université de Tours.
Frédéric Trément, professeur d’antiquités nationales, Université Clermont Auvergne

