AFSP 2026-AAC-Que fait la pensée de la classe, du genre et de la race à l’histoire sociale des idées ? Approches et méthodologies

Bonjour,
Le groupe de recherche « *Zones d’ombre de la socio-histoire des idées politiques » (ZOSHIP)* a le plaisir d’organiser deux sessions lors du prochain congrès de l’AFSP. L’appel, « Que fait la pensée de la
classe, du genre et de la race à l’histoire sociale des idées ? Approches et méthodologies » se trouve à la fin de ce message.
Les propositions doivent être envoyées avant le 7 décembre aux adresses suivantes : aaubert@uliege.be; mairaabreu2014@gmail.com; emeline.fourment@univ-rouen.fr
Elles ne doivent pas dépasser 300 mots suivies d’une mini-bio.

Cordialement,
Maira Abreu, Antoine Aubert et Emeline Fourment
pour l’organisation des sessions
www.afsp.info/congres-lyon-2026-aac-sg/
*Que fait la pensée de la classe, du genre et de la race à l’histoire sociale des idées ? Approches et méthodologies*
Responsables scientifiques :
Antoine AUBERT (PragmApolis / Université de Liège), aaubert@uliege.be
Maira Abreu, (CRESSPA / UPJV), mairaabreu2014@gmail.com
Émeline Fourment (CUREJ / Université Rouen Normandie), emeline.fourment@univ-rouen.fr
Groupe de recherche AFSP Zoship : zoship.afsp@gmail.com
Si l’histoire sociale des idées politiques s’est attachée à mettre en lumière les contextes de production, de circulation et d’appropriation des idées politiques, elle s’est encore trop peu interrogée sur la manière dont les rapports sociaux (genre, classe, race) traversent les conditions matérielles de leur production et participent à la définition non seulement des canons de la pensée politique, mais aussi des catégories d’entendement ainsi que des supports légitimes des idées politiques (Bonin et Dupuis-Déri, 2019). Ces questionnements amènent pourtant à renouveler le regard sur ce que sont les idées politiques, et ouvrent donc plusieurs chantiers de recherche.
Ces dernières années, des chercheur·ses ont entamé ce travail en se penchant sur les acteurs qui portent un discours explicite sur la classe, la race ou le genre, en général à travers l’étude de mouvements féministes (Jacquemart, Albenga, 2015 ; Giacinti, 2022 ; Abreu, 2020 ; Fourment, 2025) et/ou ouvriers (Hayat, 2024). D’autres se sont intéressé·es aux processus de sélection qui excluent certaines idées du canon de la pensée politique (Abreu, 2017 ; Bonnet, 2022) ou au contraire les incluent, non sans condition, comme nous le montrent les travaux sur les idées d’ouvriers ou d’esclaves qui ont obtenu une certaine légitimité (Roy, 2022 ; Ribard, 2024). Plus largement, plusieurs recherches ont montré que l’exclusion des acteurs minorisés, et en particulier des femmes, des espaces légitimes de la production de la pensée politique a amené à la création de contre-publics (Fraser, 1990) qui développent eux-mêmes leurs canons et systèmes de références. Il convient donc d’envisager non pas un espace public unique, mais plutôt une pluralité d’espaces publics, dont certains, oppositionnels, peuvent aller jusqu’à faire monde, à l’image du cas communiste ou du mouvement féministe (Pagé, 2014).
De manière transversale, mener ces recherches impose une redéfinition de ce qu’est la forme d’une pensée politique : un texte écrit et publié, clairement structuré et avec une forte cohérence interne. Dès lors que l’on sort de l’étude des canons, les sources sont plus collectives (tracts, règlements d’ateliers et statuts d’associations), bien plus souvent orales comme les discours, les chansons ou les séminaires (Aubert, 2018 ; Truth, 2021), voire imagées (peintures, dessins, photos). Lorsqu’elles sont écrites, on les trouve dans des journaux, des revues ou des fanzines, des manifestes (Combahee River Collective, 2006, Collectif, 2009, Crow 2000) dans des courriers de lecteur·ices (Schwartz, 2019), sur des murs, des pots ou des menuiseries (Frondizi & Fureix, 2022). Ces sources sont aussi plus parcellaires, ce qui introduit des questions plus souvent traitées en histoire qu’en science politique (Frobert, 2023 ; Bouchet, 2024). Disséminées, n’ayant souvent pas fait l’objet d’un travail d’archivage spécifique, leur quête dans des fonds non-dédiés ou auprès de particuliers, allonge le temps de la recherche. Par ailleurs, ces sources sont aussi souvent anonymes, ce qui interroge la notion d’auteur·ice si centrale dans l’étude des idées politiques.
Quelles opérations accomplissent les chercheur·ses en déplaçant le regard vers des textes et des pratiques moins canoniques ? S’agit-il avant tout de mieux comprendre les textes canoniques en les entourant de textes plus “secondaires” ? De lire le canon en y soulignant des biais élitistes, misogynes ou racistes ? Ou bien de mettre à jour des traditions et des formes d’écritures et d’arguments négligés jusqu’ici, et ainsi de se trouver de nouveaux pères et surtout mères fondatrices ? De révéler des “textes cachés” et, ainsi, de questionner la domination politique et intellectuelle et ses résistances à partir de sources nouvelles ? Ou encore de confronter des concepts centraux dont nous avons hérité à d’autres pensées, pour les préciser ou les rejeter ? Comment fonctionnent des processus de canonisation et, surtout, de non-canonisation ? Quels enjeux méthodologiques soulèvent les études de sources non canoniques ? En quoi la dispersion et la précarité des sources produites par les groupes minorisés obligent-elles à repenser les pratiques et le temps de la recherche ? Quels types d’enquête et de dispositifs narratifs nécessitent ces matérialités spécifiques, et quels obstacles rencontre-t-on en les menant ?
Les contributions peuvent traiter d’une ou plusieurs de ces questions à partir d’un terrain ou corpus spécifique. Celles portant sur les idées féministes et intersectionnelles sont particulièrement attendues.
*Bibliographie*
Antoine Aubert (2018), « Une production souterraine d’idées politiques. Les séminaires “marxistes’’ durant les années 1980, *Raisons politiques,* 71(3), 103-117.
Maira Abreu (2020), « Nosotras : un féminisme latino-américain dans le Paris des années 1970 », *Cahiers du Genre,* 68(1), 219-255.
Maira Abreu (2017), « De quelle histoire le “féminisme matérialiste’’ (français) est-il le nom ? », *Comment s’en sortir?*, 4, 55-79.
Hugo Bonin et Francis Dupuis-Déri (2019), « Quelle approche pour quelle histoire des idées politiques ? », *Revue Française d’Histoire des Idées Politiques,* 49(1), 273-303.
Annabelle Bonnet (2022), *La Barbe ne fait pas le philosophe. Les femmes et la philosophie en France (1880-1949)*, Paris, CNRS Éditions.
Thomas Bouchet (2024), *L’aiguille et la plume : Jules Gay, Désirée Véret, 1807-1897*, Paris, Anamosa.
Collectif, *MLF. Textes premiers, *Paris, Stock, 2009.
Combahee River Collective (2006), « Déclaration du Combahee River Collective », *Les cahiers du CEDREF*, 14, 53-67.
Barbara Crow (dir.), *Radical feminism : a documentary reader*, New York University Press, University Presses Marketing, New York, 2000.
Nancy Fraser (1990), « Rethinking the Public Sphere: A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy », *Social Text*, 25/26, 56-80.
Ludovic Frobert (2023), *Quelques lignes d’utopie. Pierre Leroux et la communauté des « imprimeux »* (Boussac, 1844-1848), Marseille, Agone.
Alexandre Frondizi et Emmanuel Fureix (2022), « Écrits et écritures populaires », *Revue d’histoire du XIXe siècle*, 65.
Emeline Fourment (2025), « Penser le rôle des théories pour le militantisme. Le cas des appropriations libertaires de la théorie queer à Berlin et Montréal », *Raisons politiques,* 97(1), 67-86.
Margot Giacinti (2022), « Le Tribunal international des crimes contre les femmes (mars 1976). Un moment-clé dans la conceptualisation du féminicide ? », *Cahiers du Genre,* 73(2), 85-110.
Samuel Hayat (2024), « Les ouvriers peuvent-ils écrire ? Pour une histoire sociale des idées ouvrières au XIXe siècle », *Consecutio Rerum*, VIII, 16, 44-74.
Alban Jacquemart et Viviane Albenga (2015), « Pour une approche microsociologique des idées politiques Les appropriations ordinaires des idées féministes », *Politix,* 109(1), 7-20.
Geneviève Pagé (2014), « L’art de conquérir le contrepublic. Les zines féministes, une voie/x subalterne et politique ? », *Recherches Féministes, *27, 2, 191–215
Michaël Roy (2022), *Récits d’esclaves : s’émanciper, écrire et publier dans l’Amérique du XIXe siècle*, Paris, Payot & Rivages.
Dinah Ribard (2024), *Le Menuisier de Nevers. Poésie ouvrière, fait littéraire et classe sociale (XVIIe-XIXe siècle),* Paris, EHESS/Gallimard/Seuil.
Laura Schwartz (2019), *Feminism and the Servant Problem. Class and Domestic Labour in the Women’s Suffrage Movement*, Cambridge, Cambridge University Press.
Truth Soujourner (2021),* Et ne suis-je pas une femme ?*, Paris, Payot & Rivages.