Appel à articles Les dynamiques genrées du travail agricole
La revue POUR lance un appel à article pour un numéro interdisciplinaire portant sur les dynamiques genrées du travail agricole à paraitre en fin d’année 2026. Ce numéro sera coordonné par Caroline Albinet, Caroline Bouchier, Candice Grelaud et Marie Tellier.
Date limite de soumission : 15 février 2026
Argumentaire
Les études en sciences humaines et sociales portant sur les dimensions genrées du travail agricole ont souvent fait état d’une structure binaire et essentialisante de la répartition du travail entre hommes et femmes au sein des exploitations agricoles : aux hommes les travaux les plus physiques, aux femmes, les travaux de soin du bétail et les plus compatibles avec une soi-disant nature féminine considérée comme plus délicate. Pourtant, cette vision irénique selon laquelle chaque sexe serait à sa juste place ne permet pas de rendre compte de la réalité des expériences vécues par hommes et femmes dans le travail agricole. De plus, la naturalisation du travail féminin contribue à son invisibilisation. Force est de constater que le travail agricole, y compris et surtout lorsqu’il est effectué en famille, n’est pas exempt de conflits, de tensions et de rapports de domination. De plus, les frontières genrées du travail agricole ne sont ni stables ni naturelles, et peuvent être amenées à se brouiller à certaines étapes du cycle de vie des individus (notamment en cas de deuil ou de migration) ou en raison d’évènements extérieurs, comme les conflits armés.
Ce dossier d’articles vise donc à interroger, dans une approche pluridisciplinaire, les grandes dynamiques du travail agricole au prisme du genre en entendant cette approche dans toute sa dimension critique, c’est-à-dire comme élément constitutif des rapports sociaux et qui à ce titre joue un rôle majeur dans la constitution des rapports de pouvoir associés à la différenciation des sexes. Les articles s’interrogeant sur le travail au sein des exploitations familiales en fonction non seulement du genre, mais aussi de la place dans les familles, des âges de la vie et du statut social et professionnel sont particulièrement encouragés. Nous accorderons une place particulière à la question du vieillissement, enjeu transversal à tous nos axes, et à ses impacts autant sur les dynamiques de genre que sur les rapports au travail. Nous souhaitons également interroger l’impact des mutations du travail agricole depuis le XIXe siècle, entre mécanisation, exode rural, évolution des pratiques législatives et de production, sur les représentations genrées du travail agricole et la place des femmes au sein des exploitations et hors de celles-ci.
Pour se faire, quatre axes sont proposés pour les articles. Les propositions décentrées du cadre spatial franco-européen, les approches comparées et les propositions transversales, qui permettent de montrer comment ces différents thèmes s’imbriquent et interagissent, sont bien entendu les bienvenues.
Axes d’étude
Genre et travail (re)productif
Les articles sont invités à se pencher sur les formes multiples que peut prendre la répartition du travail dans les exploitations agricoles. Le recoupement de l’unité familiale et de l’unité d’exploitation qui demeure la norme dans la plupart des exploitations agricoles crée de fait des liens forts entre travail et famille. Cet aspect particulier du travail agricole produit des effets sur les relations de couple et sur les relations familiales plus larges, toutes pouvant faire l’objet de communication. Parent, époux·se, et agriculteur·ice sont ainsi trois rôles certes distincts mais qui se mêlent dans le quotidien des individus selon le moment de la journée et selon les âges de la vie. Les liens entre le travail agricole productif et le travail reproductif familial, qui incombe le plus souvent aux femmes, paraissent donc intéressants à explorer dans une perspective critique qui remette en question la naturalisation genrée du travail à la fois familial et agricole. Dans cette perspective, il nous semble pertinent de chercher à faire dialoguer les études du travail genré dans l’exploitation familiale avec autres formes du travail des femmes, notamment lorsqu’elles travaillent seule, en situation de cheffe d’exploitation ou au sein de collectif de travailleur·euse·s. Il s’agira ainsi que remettre en question la binarité et l’hétéronormativité des mondes agricoles.
Le genre des produits du travail
On pourra également s’interroger sur la façon dont les produits issus du travail des femmes dans les exploitations agricoles sont ensuite récupérés, voire appropriés, par les hommes avec lesquels elles travaillent. Il s’agira également de mesurer la marge de manœuvre ou agentivité dont peuvent ou non disposer les agricultrices grâce à ces revenus issus de leur travail. Cet axe invite également à se pencher sur les différentes formes que peut prendre le travail agricole et les différents statuts qui y sont associés : exploitant·e, salarié·e, co-gérant·e ou encore associé·e au sein d’un GAEC n’ont pas les même droits, les mêmes devoirs et les mêmes formes de rétribution. Les enjeux hiérarchiques et de pouvoir liés à ces statuts sont indissociables de ceux liés au genre et à la classe sociale. On pourra également s’intéresser à la façon dont le travail des femmes peut fournir des revenus extérieurs à ceux de l’agriculture, au travers de la pluriactivité ou du travail hors exploitation par exemple, revenus parfois essentiels pour assurer la pérennité des exploitations. Les questions d’accumulation du capital, de sa transmission, mais aussi des cessations d’activité mettent en lumière, souvent de façon très vive, les inégalités genrées dans les processus économiques. Nous invitons donc les communications à se pencher sur les pratiques et les vécus associés à ces moments de vie, et ce a fortiori lorsqu’ils mettent en jeu des dynamiques familiales et des rapports de pouvoir qui les dépassent largement.
Lieux de travail : les espaces du genre
Pour interroger l’association classique entre féminin et intérieur et masculin et extérieur, les contributions seront invitées à étudier les formes spatiales que peuvent prendre les rapports de genre dans les exploitations agricoles. Le recoupement classique et déjà évoqué entre unité familiale et unité économique, lieu de vie et lieu de travail, qu’on observe dans la plupart des exploitations agricoles n’est pas que fonctionnel : il se traduit également dans l’espace. Les mutations récentes du travail agricole, notamment la mécanisation, ont renforcé une division technique et sexuée du travail agricole, transformant des espaces de co-présence et participant ainsi à la redéfinition des frontières entre intérieur et extérieur. Cet axe invite donc à interroger les représentations des espaces agricoles, qu’ils soient domestiques ou professionnels, ainsi que les différentes manières de s’approprier et de pratiquer ces espaces. Nous pourrons également interroger l’espace-vécu ou espace des pratiques quotidiennes des acteur·rice·s des exploitations agricoles. La réflexion spatiale, qui ne se limite pas à la discipline géographique, permet de rendre compte des pratiques genrées au sein d’un travail agricole qui ne s’effectue pas uniquement au sein des exploitations.
On pourra également s’intéresser dans cet axe aux mobilités engendrées par le travail agricole à différentes échelles. Les mobilités quotidiennes comme les migrations sont influencées par des dynamiques genrées et de rapports sociaux de classe, qu’il s’agira d’interroger, en particulier lorsqu’elles impliquent une séparation des membres de l’exploitation.
Méthodes et enjeux des études de genre dans les exploitations agricoles
Enfin, il serait intéressant de discuter des méthodes et des enjeux propres aux études sur le genre dans le monde agricole. Qu’il s’agisse de sources archivistiques ou issues de terrains (entretiens, observations, cartographie …), les narrations du travail agricole des femmes sont bien souvent dominées par une parole masculine dont il semble parfois difficile de s’affranchir, et qui prétend dire la totalité du monde alors qu’elle n’en dit que la moitié. Il s’agira donc de questionner les pratiques des chercheur·se·s vis à vis de cette omniprésence et domination du masculin dans les sources et récits, tout en cherchant aussi à interroger la construction de ce point de vue qui bien souvent est largement informé par des récits plus vastes sur la destinée professionnelle ou un roman national autour d’un « monde paysan » largement fantasmé.
Modalités de soumission
Les auteur.rices peuvent s’ils le souhaitent adresser un résumé aux coordinatrices du numéro pour leur faire part de leur intention de soumettre un article et entamer un premier dialogue avec l’équipe de coordination.
Les articles proposés seront compris entre 25 000 et 35 000 signes. Les appels bibliographiques devront être faits à l’anglo saxonne (Tellier, 2025) et le recours aux notes de bas de pages devra être aussi minimal que possible.
Nous vous remercions de bien vouloir adresser vos propositions à : jegenredanslepre@proton.me<mailto:jegenredanslepre@proton.me>
Avant le : 15 février 2026
Les consignes aux auteurs sont disponibles à l’adresse suivante : revuepour.fr/wp-content/uploads/2022/01/Consignes-aux-auteurs-Dossiers.pdf
Le groupe de coordination du numéro effectuera une première lecture des articles pour validation et modification éventuelle. La période de navette s’étendra de mars à septembre 2026.
La publication est envisagée en fin d’année 2026
En cas de questions, contacter :
Caroline ALBINET, doctorante en géographie caroline.albinet@univ-lyon2.fr<mailto:caroline.albinet@univ-lyon2.fr>
Caroline BOUCHIER, doctorante en histoire c.bouchier@univ-lyon2.fr<mailto:c.bouchier@univ-lyon2.fr>
Candice GRELAUD, doctorante en histoire c.grelaud@univ-lyon2.fr<mailto:c.grelaud@univ-lyon2.fr>
Marie TELLIER, doctorante en géographie m.tellier@univ-lyon2.fr<mailto:m.tellier@univ-lyon2.fr>

