Parution de « La Commune en actes. Nouvelles approches historiques de la Commune de Paris – 1871

Cher(e)s collègues,
J’ai le plaisir de vous informer de la parution de * »La Commune en actes. Nouvelles approches historiques de la Commune de Paris – 1871″ *aux Presses Universitaires de Perpignan.
Malgré l’importante bibliographie scientifique parue au moment des 150 ans de la Commune de Paris 1871, il s’avère que le champ d’études liées au mouvement communaliste reste toujours fécond. En témoignent ces actes du colloque sur les « Nouvelles approches historiques de la Commune de Paris-1871 » tenu à Issoudun et Bourges au printemps 2024 qui viennent d’être publiés ce 19 juin aux Presses Universitaires de Perpignan qui possédaient déjà dans son catalogue deux ouvrages sur le sujet ( Marc César pour « La Commune de Narbonne-1871 » et les actes du colloque « La Commune de 1871 : utopie ou modernité ? » sous la direction de Gilbert Larguier et Jérôme Quaretti ). Riche de 15 communications de chercheuses et chercheurs (historiens, historiens de l’art, philosophes, spécialistes en littérature, etc.), cet ouvrage collectif coordonné par Christiane Carlut, Jean-Marie Favière et moi-même s’intéresse à de nouveaux thèmes de recherche qui débordent l’historiographie classique du sujet. Cette parution n’aurait pu être possible sans l’impulsion et le dynamisme permanent du Comité du Berry des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 et sans le soutien du GHS-FRAMESPA ( UMR 5136 ) , notamment du professeur Nicolas Marty.
Vous trouverez ci-dessous la présentation de l’ouvrage, la préface de Jean-Louis Robert et l’introduction de Jean-Marie Favière, Christiane Carlut et moi-même.
*Jérôme Quaretti* , chargé de cours à l’Université de Perpignan et doctorant au GHS-FRAMESPA ( UMR 5136 ). jerome.lyrecinemas@gmail.com / 06 77 91 61 10
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*LA COMMUNE EN ACTES – Nouvelles approches historiques de la Commune de Paris 1871.* De Paris aux villages de province, et au-delà des frontières nationales, comment la Commune de Paris se diffuse-t-elle et enflamme-t-elle les imaginaires jusqu’à aujourd’hui ? « La Commune en actes », c’est également une attention renouvelée à l’action-même de la Commune dans ses décisions politiques et sociales. *Préface* de Jean-Louis Robert évoquant notamment l’importance des universités de province dans le renouveau historiographique de la Commune. *Introduction* de Christiane Carlut, Jean-Marie Favière et Jérôme Quaretti. *La Commune de Paris de 1871 : révolution locale, événement global* par Quentin Deluermoz *Nouvelles perspectives sur les femmes dans la Commune de Paris* par Chloé Leprince *L’espace d’un instant ? Le mouvement communaliste et la province rurale en 1870-1871* par Jérôme Quaretti *C’est bien la culture politique populaire qui donne sa forme à la Commune de 1871. Comment Marx l’a-t-il compris ?* par Florence Gauthier *Elle n’est pas morte ! Quelques survies de la Commune* par Ludivine Bantigny *L’école de la Commune* par Jean-François Dupeyron *Lire la Commune comme expérience du travail* par Anouk Colombani *Histoire et postérité du luxe communal* par Thomas Golsenne *Forme de communication intra-muros et extra-muros du Paris de la Commune 1871* par Masaï Mejiaz *La non amnistie de la Commune* par Anne Simonin *Regards locaux* par le Comité du Berry des Amis et Amis de la Commune de Paris 1871 ( Jean Annequin, Michel Pinglaut et Jean-Marie Favière ) *Conclusion : Déboulonner les « vieilles énormités crevées »* par Claudine Cerf
A noter que cet ouvrage possède *un index à plusieurs entrées* : *concepts*, noms et lieux par Jean-Marie Favière.

*PRÉFACE de Jean-Louis Robert :*
La publication des deux journées de colloque organisées à Issoudun et Bourges par le comité du Berry des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871 est un heureux événement qui prolonge un renouveau historiographique venu pour beaucoup de la province.
Dans les décennies 1960 et 1970, l’histoire de la Commune avait connu un riche développement autour du centenaire de la révolution. Ce fut aussi le temps des travaux si importants et pionniers de Jacques Rougerie. Puis l’histoire de la Commune connut un recul sensible au temps de « la fin de l’histoire » et de la remise en cause de l’histoire sociale.
Il importe, dès lors, de noter que le renouveau est venu de la province avec les colloques de Perpignan en 1996, Précieux/Montbrison en 2003, Auxerre en 2003 également, et Narbonne en 2011. Quatre colloques provinciaux alors que Paris attendra le 150e anniversaire de la Commune, en 2021, pour organiser un colloque universitaire. Voilà qui nous interpelle aussi sur le sens et la portée de l’événement étudié par les deux journées. La Commune de Paris est au moins autant provinciale que parisienne. Elle appartient même à l’humanité.
Comme j’ai pu le conclure dans un livre récent, la Commune ne se prête à aucune idéologie ; elle est profondément polyphonique, et c’est aussi par là qu’elle garde toute sa résonance, toute son actualité dans le monde d’aujourd’hui. Le programme des deux journées a montré de nouveau cette formidable richesse de la diversité communaliste. Il parcourt tous les champs qui permettent de relire l’événement dans toute sa richesse et ses contradictions : les temporalités, jusqu’à nos jours, les espaces, du local au monde, les cultures sociales, etc.
« La Commune n’est pas morte », écrivait, en 1886, Eugène Pottier. Ce livre en est un nouveau et vivant témoignage.

*INTRODUCTION de Jean-Marie Favière, Christiane Carlut et Jérôme Quaretti :*
À « la merveilleuse polyphonie de la Commune », à la multiplicité des voix diverses qui l’ont animée, a répondu « le mystère d’une polyphonie qui voulait tendre à l‘harmonie », la multiplicité des points de vue qui se sont efforcés de l’interpréter. Heureuse formule, et combien pertinente, que celle de Jean-Louis Robert qui, au seuil de son imposant ouvrage, se déclare bien conscient de la « gageure difficile » qui est la sienne, consistant à ajouter un titre supplémentaire à une bibliographie du mouvement communaliste qui, dès l’année 2006, contenait « déjà 4 938 titres ».
Que dire alors de la nécessité d’une publication telle que la nôtre ? On remarquera d’emblée qu’il s’agit là d’une histoire « universitaire », qui coche toutes les cases d’un cahier des charges qui exigerait une telle polyphonie : en attestent la variété des domaines explorés, la diversité des centres d’intérêt retenus, la richesse des positionnements des auteurs.
La nouveauté est la première caractéristique de cet ensemble. Cette « Commune en actes » propose de nouvelles approches qui innovent, prolongent ou approfondissent des thématiques récemment mises en lumière (Jean Annequin, Ludivine Bantigny, Quentin Deluermoz, Thomas Golsenne Masaï Mejiaz, Jérôme Quaretti). Elle présente aussi des thématiques plus habituelles sur le sujet mais éclairées de nouveaux paradigmes (Anouk Colombani, Jean-François Dupeyron, Jean-Marie Favière, Chloé Leprince, Michel Pinglaut, Anne Simonin).
Parmi les autres caractères qui ne manqueront pas de frapper les lecteurs, insistons sur les échos étonnants que ces contributions susciteront au cœur de notre actualité : luttes nationales et internationales de tous types, éducation, art et culture, émancipation féminine, organisation du travail, démocratie par le bas, etc.
De notre côté, nous nous permettrons un clin d’œil à notre actualité récente en forme de concordance des temps : ne traverse-t-elle pas les époques, « cette haine [qui] demeure la passion politique première des opposants à la Commune de Paris » ? C’est une évidence, et « la Commune reste donc un scandale en acte pour les Versaillais puisqu’elle ose leur arracher ses privilèges quant à la Loi et dévoile le caractère arbitraire de leur domination » (Martin Breaugh, « Une « démocratie sans titres » ? 1871 à l’épreuve de la modernité politique », in *Penser la Commune (1871), *s/d Jean-François Dupeyron et Christophe Miqueu, Paris, L’Harmattan, 2022, p. 36).
Si elle n’est plus aussi hégémonique qu’autrefois, la lecture marxiste de la Commune de Paris reste toujours une référence. Nous ne l’évoquerons dans cette préface que pour une seule occurrence : « The great social measure of the Commune was its own *working existence*.” Et nous ne l’utiliserons même que pour cette seule *working expérience,* qui nous frappe essentiellement par la polyvalence de ses traductions possibles : « La grande mesure sociale de la Commune fut sa propre *existence… en acte, en actes, en action, en actions, active, travaillant, travaillante, …* ». En effet, la fin de cette phrase constitue en quelque sorte le cogito marxiste de la Commune de Paris : son existence et son action sont à prendre comme un tout indissociable, comme l’être et la pensée chez Descartes. Il n’y a pas d’antériorité de l’une par rapport à l’autre, encore moins de relation de cause à effet, même pas d’existence qui précède l’essence. Il n’y a là qu’un ensemble indissociable, et l’idéal serait qu’il puisse s’exprimer en un seul mot.
Ce postulat sera amplement confirmé et brillamment illustré par les contributions qui suivent. Les historiennes et historiens qui les ont écrites, nous en sommes persuadés, n’ont pas manqué, en progressant dans leurs recherches, de s’étonner de tant d’activités effectuées en un temps aussi court, et dans un environnement aussi menaçant. Bien sûr, les idées reçues sur la Commune leur étaient connues, ainsi que les travaux des prédécesseurs qui avaient en leur temps déblayé ce territoire. Mais la défense et illustration des vérités historiques, outre qu’elle est sans cesse à réactualiser, est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur l’héritage des travaux antérieurs. Ces points de vue inédits vont concerner des archives encore inexploitées ou des terrains d’exploration nouveaux, et surtout, peut-être, des idées nouvelles, de nouvelles manières d’interpréter les documents et les faits, en s’appuyant sur eux pour en proposer des lectures analytiques et/ou synthétiques fructueuses. L’ambition de l’historien se rapproche alors de celle du mathématicien, pour qui l’exactitude n’est que le degré zéro de la vérité, tandis que la fécondité en est le degré suprême.Les travaux présentés ici s’inscrivent tous dans cette filiation. On y verra des faits, certes, mais aussi des contributions de chercheurs et chercheuses qui assument leurs natures humaines, leurs points de vue spécifiques et leurs intimes convictions. Plutôt que sous l’angle de l’impossible objectivité, c’est bien sous ce prisme que la recherche est féconde.