AAC – Colloque « L’ennemi rouge » – Université Paris Cité & Ehess 13 mars 2026
Chères et chers collègues,
Vous trouverez ci-dessous l’appel à communications du colloque « L’ennemi rouge » qui se tiendra à Paris les 12 et 13 mars 2026.
N’hésitez bien entendu pas à le faire circuler, en particulier en direction des collègues et étudiant.e.s concerné.e.s.
Les propositions sont à adresser au plus tard le 30 septembre 2025.
Colloque international L’ennemi « rouge » La figure communiste dans les processus d’ennemisation contemporains (XXe-XXIe siècle) 12-13 mars 2026 Université Paris Cité & Ecole des hautes études en sciences sociales
Ernesto Bohoslavsky (CNRS – Mondes Américains) Alexandre Rios-Bordes (Université Paris Cité – Echelles)
C’est sans conteste la figure de l’ennemi politique du XXe siècle, et peut-être au-delà. Partout ou presque, on peut en trouver les traces, revendiquées par les uns, souvent supposées, dénoncées, agitées par d’autres. Un spectre qui n’hante pas la seule Europe, mais qui étend, dès les premiers temps de la « longue » Guerre froide, son inquiétante figure sur un vaste espace atlantique, l’Afrique colonisée, les sous-continents asiatiques, jusqu’aux recoins les plus éloignés et les plus inaccessibles du « système-monde ». Un danger qui se décline loin, parfois très loin des endroits où se constituèrent les premières organisations, où se formulèrent les premiers corps de doctrine, où se déroulèrent les événements fondateurs de la geste révolutionnaire. Une menace cosmopolitique qui en prolonge d’autres, bien entendu, à commencer par celle des partageux, des communards, des socialistes et anarchistes, « radicaux » et autres « maximalistes » ; et qui partout voisine avec d’autres encore, plus ou moins fantasmée, plus ou moins profondément ancrée dans les imaginaires sociaux. Mais une figure qui les dépasse, les surplombe, les subsume en quelque sorte, au point de les recouvrir parfois, pour une partie des observateurs au moins. C’est à cette figure que l’on se propose de s’intéresser. Une figure tout à fait tangible, lorsque des femmes et des hommes se revendiquent tels ; lorsque des partis politiques sont créés, prêtent allégeance à la IIIe Internationale ; et lorsqu’ils s’inscrivent dans ses réseaux de circulations et d’échanges, reçoivent aide et appui des camarades soviétiques et, un peu plus tard, chinois, cubains, et peut-être pourrait-on dire aujourd’hui : vénézuéliens ; souvent nettement plus floue, quand l’étiquette est attribuée par d’autres, généralement adversaires, label infâmant supposé dévoiler la véritable nature de groupes politiques, de syndicats ou d’association prétendant ou semblant œuvrer à autre chose. Autrement dit : une figure régulièrement mobilisée par des acteurs et actrices politiques pour en disqualifier d’autres, à raison de ce que le communiste est ou ce qu’il est supposé être. Il faut dire que celui-là est susceptible d’incarner une forme paradigmatique d’ennemi intérieur du fait de deux traits essentiels revendiqués. Sa radicalité : le communiste est un adversaire proclamé des institutions et de l’ordre social, dont l’activité est supposée ordonnée sinon à court, du moins à plus ou moins long terme à son objectif révolutionnaire, c’est-dire d’affaiblissement, puis de renversement, si nécessaire violent, de l’Etat et de la société « bourgeoise ». Son extériorité : il est le membre actif d’une structure dont une partie au moins reste peut-être dans l’ombre, elle-même liée à une Internationale – troisième du nom – incarnée par des organisations d’évidence adossées à une puissance étrangère, l’Union soviétique, pendant la période de la Guerre froide au moins. Ce faisant, les communistes transgressent a priori deux qualités essentielles dans l’Etat-nation contemporain : la possibilité du règlement pacifique du désaccord dans le cadre institutionnel référent ; et l’inscription de l’opposition dans un cadre national, sa formulation au nom des intérêts de la nation. Agent de la subversion et de l’étranger : c’est bien cette double menace qu’a incarné, qu’incarne, au moins confusément, le communiste ; c’est bien ce double stigmate que l’on a fait peser, que l’on fait peser sur ceux qui se désigne ou que l’on désigne comme tel. Ce colloque se situe dans le sillage des évolutions historiographiques en histoire du (ou des) communisme(s) et du (ou des) anticommunisme(s), notamment marquées, au cours des deux dernières décennies par l’extension des perspectives aux échelles transnationales et globales. Il se conçoit donc comme un moment de réflexion sur les articulations entre l’échelle globale et les arènes nationales et locales au cours de la longue Guerre froide, et au-delà. Il se propos surtout, dans une perspective socio-historique qui est celle du programme de recherches « Ennemi<ennemis.org/fr/> <ennemis.org/fr/> » auquel il se rattache, de s’interroger plus largement sur les processus conflictuels à l’âge de la globalisation contemporaine – sur la manière dont les conflictualités internes se structurent et s’expriment dans le contexte d’accélération des circulations et des communications, et d’extension décisive des interconnections et des chaînes d’interdépendances. Il s’agit dès lors d’interroger, en situation, ce que l’injection de la figure ou du trope communiste a fait – a pu faire – à de multiples situations conflictuelles locales préexistantes ; et symétriquement, sur un mode mineur, ce que ces conflictualités locales ont pu faire à la confrontation et aux anticommunisme(s) à l’échelle globale. Comment la figure du (et parfois de la) communiste fait-elle irruption dans ces situations ? Sous quelles formes, autrement dit : avec quels portraits-types ? A quel type d’antagonisme le thème de la menace communiste peut-il s’arrimer ou être arrimée, et aux prix de quelles traductions, sélections, adaptations dans les répertoires politiques disponibles ? De quelles manières affecte-t-il les configurations politiques préexistantes, les relations entre acteurs impliqués, les jeux de positions et d’alliances ? Quels en sont les effets sur l’intensité et les modalités de l’affrontement, et notamment le passage à la violence répressive ? Quels sont les échos de ces conflits sur d’autres terrains, en d’autres lieux ? Qu’en reste-t-il une fois que la conflictualité s’épuise (au moins pour un temps), dans les mémoires collectives, et quels usages politiques peut-il en être fait lors de phases ultérieures ? Autant de questions que l’on se propose d’explorer à partir d’études de cas qui pourront concerner l’ensemble des espaces concernés sur un long vingtième siècle s’étendant jusqu’à un passé très immédiat. Si la perspective historique occupera une part importante de la réflexion, les travaux de toutes disciplines seront les bienvenus et considérés avec une grande attention. Les auteurs et autrices sont quoi qu’il en soit invité.e.s à articuler leurs réflexions à des situations conflictuelles spatialement déterminées – quelle que soit l’échelle retenue – et chronologiquement bornées – un « moment » conflictuel particulier, quelle que soient sa durée. * Les propositions de contribution sont à adresser, avant le 30 septembre 2025, aux organisateurs, avec un titre, un résumé (300 mots, en anglais, espagnol et/ou français), ainsi qu’un court curriculum vitae scientifique (10 lignes au maximum). Les propositions doivent être originales et ainsi susceptibles d’une publication scientifique à laquelle s’engageront les participant.es.
* Organisation :
Ernesto Bohoslavsky : ebohoslavsky@ehess.fr<mailto:ebohoslavsky@ehess.fr> Alexandre Rios-Bordes : alexandre.rios-bordes@u-paris.fr
Comité Scientifique :
Sophie Coeuré (Université Paris Cité) António Costa Pinto (Universidade de Lisboa) Olivier Dard (Sorbonne Université) Jean-François Fayet (Université de Fribourg)
www.ennemis.org<www.ennemis.org>
Vous remerciant par avance et vous souhaitant une très bonne fin de semaine,
Ernesto Bohoslavsky & Alexandre Rios-Bordes.
Alexandre Rios-Bordes
Université Paris Cité
histparis.hypotheses.org/
Coordinateur du programme de recherches « Ennemi » (2022-2025)
www.ennemis.org<www.ennemis.org>
ECHELLES (UMR 8264)
LIER-FYT (UMR 8065)
editions.ehess.fr/ouvrages/ouvrage/les-savoirs-de-lombre/
Vous trouverez ci-dessous l’appel à communications du colloque « L’ennemi rouge » qui se tiendra à Paris les 12 et 13 mars 2026.
N’hésitez bien entendu pas à le faire circuler, en particulier en direction des collègues et étudiant.e.s concerné.e.s.
Les propositions sont à adresser au plus tard le 30 septembre 2025.
Colloque international L’ennemi « rouge » La figure communiste dans les processus d’ennemisation contemporains (XXe-XXIe siècle) 12-13 mars 2026 Université Paris Cité & Ecole des hautes études en sciences sociales
Ernesto Bohoslavsky (CNRS – Mondes Américains) Alexandre Rios-Bordes (Université Paris Cité – Echelles)
C’est sans conteste la figure de l’ennemi politique du XXe siècle, et peut-être au-delà. Partout ou presque, on peut en trouver les traces, revendiquées par les uns, souvent supposées, dénoncées, agitées par d’autres. Un spectre qui n’hante pas la seule Europe, mais qui étend, dès les premiers temps de la « longue » Guerre froide, son inquiétante figure sur un vaste espace atlantique, l’Afrique colonisée, les sous-continents asiatiques, jusqu’aux recoins les plus éloignés et les plus inaccessibles du « système-monde ». Un danger qui se décline loin, parfois très loin des endroits où se constituèrent les premières organisations, où se formulèrent les premiers corps de doctrine, où se déroulèrent les événements fondateurs de la geste révolutionnaire. Une menace cosmopolitique qui en prolonge d’autres, bien entendu, à commencer par celle des partageux, des communards, des socialistes et anarchistes, « radicaux » et autres « maximalistes » ; et qui partout voisine avec d’autres encore, plus ou moins fantasmée, plus ou moins profondément ancrée dans les imaginaires sociaux. Mais une figure qui les dépasse, les surplombe, les subsume en quelque sorte, au point de les recouvrir parfois, pour une partie des observateurs au moins. C’est à cette figure que l’on se propose de s’intéresser. Une figure tout à fait tangible, lorsque des femmes et des hommes se revendiquent tels ; lorsque des partis politiques sont créés, prêtent allégeance à la IIIe Internationale ; et lorsqu’ils s’inscrivent dans ses réseaux de circulations et d’échanges, reçoivent aide et appui des camarades soviétiques et, un peu plus tard, chinois, cubains, et peut-être pourrait-on dire aujourd’hui : vénézuéliens ; souvent nettement plus floue, quand l’étiquette est attribuée par d’autres, généralement adversaires, label infâmant supposé dévoiler la véritable nature de groupes politiques, de syndicats ou d’association prétendant ou semblant œuvrer à autre chose. Autrement dit : une figure régulièrement mobilisée par des acteurs et actrices politiques pour en disqualifier d’autres, à raison de ce que le communiste est ou ce qu’il est supposé être. Il faut dire que celui-là est susceptible d’incarner une forme paradigmatique d’ennemi intérieur du fait de deux traits essentiels revendiqués. Sa radicalité : le communiste est un adversaire proclamé des institutions et de l’ordre social, dont l’activité est supposée ordonnée sinon à court, du moins à plus ou moins long terme à son objectif révolutionnaire, c’est-dire d’affaiblissement, puis de renversement, si nécessaire violent, de l’Etat et de la société « bourgeoise ». Son extériorité : il est le membre actif d’une structure dont une partie au moins reste peut-être dans l’ombre, elle-même liée à une Internationale – troisième du nom – incarnée par des organisations d’évidence adossées à une puissance étrangère, l’Union soviétique, pendant la période de la Guerre froide au moins. Ce faisant, les communistes transgressent a priori deux qualités essentielles dans l’Etat-nation contemporain : la possibilité du règlement pacifique du désaccord dans le cadre institutionnel référent ; et l’inscription de l’opposition dans un cadre national, sa formulation au nom des intérêts de la nation. Agent de la subversion et de l’étranger : c’est bien cette double menace qu’a incarné, qu’incarne, au moins confusément, le communiste ; c’est bien ce double stigmate que l’on a fait peser, que l’on fait peser sur ceux qui se désigne ou que l’on désigne comme tel. Ce colloque se situe dans le sillage des évolutions historiographiques en histoire du (ou des) communisme(s) et du (ou des) anticommunisme(s), notamment marquées, au cours des deux dernières décennies par l’extension des perspectives aux échelles transnationales et globales. Il se conçoit donc comme un moment de réflexion sur les articulations entre l’échelle globale et les arènes nationales et locales au cours de la longue Guerre froide, et au-delà. Il se propos surtout, dans une perspective socio-historique qui est celle du programme de recherches « Ennemi<ennemis.org/fr/> <ennemis.org/fr/> » auquel il se rattache, de s’interroger plus largement sur les processus conflictuels à l’âge de la globalisation contemporaine – sur la manière dont les conflictualités internes se structurent et s’expriment dans le contexte d’accélération des circulations et des communications, et d’extension décisive des interconnections et des chaînes d’interdépendances. Il s’agit dès lors d’interroger, en situation, ce que l’injection de la figure ou du trope communiste a fait – a pu faire – à de multiples situations conflictuelles locales préexistantes ; et symétriquement, sur un mode mineur, ce que ces conflictualités locales ont pu faire à la confrontation et aux anticommunisme(s) à l’échelle globale. Comment la figure du (et parfois de la) communiste fait-elle irruption dans ces situations ? Sous quelles formes, autrement dit : avec quels portraits-types ? A quel type d’antagonisme le thème de la menace communiste peut-il s’arrimer ou être arrimée, et aux prix de quelles traductions, sélections, adaptations dans les répertoires politiques disponibles ? De quelles manières affecte-t-il les configurations politiques préexistantes, les relations entre acteurs impliqués, les jeux de positions et d’alliances ? Quels en sont les effets sur l’intensité et les modalités de l’affrontement, et notamment le passage à la violence répressive ? Quels sont les échos de ces conflits sur d’autres terrains, en d’autres lieux ? Qu’en reste-t-il une fois que la conflictualité s’épuise (au moins pour un temps), dans les mémoires collectives, et quels usages politiques peut-il en être fait lors de phases ultérieures ? Autant de questions que l’on se propose d’explorer à partir d’études de cas qui pourront concerner l’ensemble des espaces concernés sur un long vingtième siècle s’étendant jusqu’à un passé très immédiat. Si la perspective historique occupera une part importante de la réflexion, les travaux de toutes disciplines seront les bienvenus et considérés avec une grande attention. Les auteurs et autrices sont quoi qu’il en soit invité.e.s à articuler leurs réflexions à des situations conflictuelles spatialement déterminées – quelle que soit l’échelle retenue – et chronologiquement bornées – un « moment » conflictuel particulier, quelle que soient sa durée. * Les propositions de contribution sont à adresser, avant le 30 septembre 2025, aux organisateurs, avec un titre, un résumé (300 mots, en anglais, espagnol et/ou français), ainsi qu’un court curriculum vitae scientifique (10 lignes au maximum). Les propositions doivent être originales et ainsi susceptibles d’une publication scientifique à laquelle s’engageront les participant.es.
* Organisation :
Ernesto Bohoslavsky : ebohoslavsky@ehess.fr<mailto:ebohoslavsky@ehess.fr> Alexandre Rios-Bordes : alexandre.rios-bordes@u-paris.fr
Comité Scientifique :
Sophie Coeuré (Université Paris Cité) António Costa Pinto (Universidade de Lisboa) Olivier Dard (Sorbonne Université) Jean-François Fayet (Université de Fribourg)
www.ennemis.org<www.ennemis.org>
Vous remerciant par avance et vous souhaitant une très bonne fin de semaine,
Ernesto Bohoslavsky & Alexandre Rios-Bordes.
Alexandre Rios-Bordes
Université Paris Cité
histparis.hypotheses.org/
Coordinateur du programme de recherches « Ennemi » (2022-2025)
www.ennemis.org<www.ennemis.org>
ECHELLES (UMR 8264)
LIER-FYT (UMR 8065)
editions.ehess.fr/ouvrages/ouvrage/les-savoirs-de-lombre/

