Appel à communications de la Revue d’Histoire Nordique pour 2025. Numéro thématique  » L’Europe du Nord à l’épreuve de la modernité (1814-1864) »

Chères et chers collègues,

Vous trouverez ci-dessous l’appel à communications pour le numéro thématique de la Revue d’Histoire Nordique consacré à « L’Europe du Nord à l’épreuve de la modernité (1814-1864) » (publication prévue en 2025).
L’ambition de ce numéro est de dégager le tableau le plus complet possible du premier XIXe siècle dans ce vaste espace qu’est l’Europe du Nord, de l’Islande aux rives de la Baltique dans toutes ses dimensions – politiques, économiques, sociales et culturelles.
Les propositions de communication (400 mots maximum, en français ou en anglais), et la notice biographique sont à envoyer avant le 5 décembre 2024 à jean-francois.berdah@univ-tlse2.fr ou loucle@utu.fi

En espérant que cet appel suscitera de l’intérêt parmi vous, y compris parmi les jeunes chercheurs.

Bien cordialement,

Le Comité de rédaction de la RHN
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L’Europe du Nord à l’épreuve de la modernité (1814-1864)

L’intérêt nouveau qui se manifeste en France comme dans le reste de l’Europe pour le premier XIXe siècle depuis une vingtaine d’années n’est pas sans rapport avec la succession des manifestations publiques qui ont accompagné les célébrations bicentenaires d’événements marquants, à l’exemple de l’adoption du Code civil commémorée en France et dans de nombreux pays étrangers tout au long de l’année 2004 ; mais il ne saurait se limiter à cela. En effet, ces actes solennels ont presque toujours donné lieu à une prolifération d’ouvrages en tous genres, depuis la réédition d’études anciennes à la publication de romans historiques et de biographies, tout particulièrement en ce qui concerne le Premier Empire et Napoléon, ainsi qu’à la multiplication des rencontres scientifiques – colloques, tables-rondes, workshops – et des études universitaires collectives ou monographiques. L’Europe du Nord n’a pas échappé à ce phénomène, comme en témoignent le bicentenaire de l’élection de Bernadotte comme prince-héritier de Suède en 1810, ainsi que la commémoration de la Constitution norvégienne de 1814, deux événements centraux dans l’histoire politique de la Scandinavie qui ont donné lieu à d’importantes célébrations à Örebro et à Stockholm en présence de la famille royale et sous le patronage de l’Académie suédoise.
Au-delà de la dimension commémorative, ces célébrations ont été l’occasion de proposer une réévaluation historique des événements à l’aune des riches travaux publiés ces dernières années par les spécialistes de l’Europe du Nord, qu’ils soient historiens, politologues ou linguistes, et des recherches nouvelles suscitées par le renouvellement des courants historiographiques. La Revue d’Histoire Nordique a largement contribué à cette dynamique depuis sa création en 2005, quand elle ne l’a pas devancée, en consacrant deux numéros spéciaux à la jeunesse de Jean-Baptiste Bernadotte, puis à son règne comme roi de Suède-Norvège en 2007 et 2008 sous le titre de “Bernadotte et son temps”, puis lors de la Journée d’étude consacrée à l’accession aux trônes de Suède et de Norvège de Jean-Baptiste Bernadotte en septembre 2018[1].
L’effort de réévaluation historique mérite cependant d’être poursuivi et étendu à tout le demi-siècle qui s’étend de l’indépendance manquée de la Norvège en 1814 à la défaite militaire du Danemark face à l’Autriche et à la Prusse en 1864, pour retenir deux bornes chronologiques commodes, une période qui a constitué une phase de transition essentielle dans le processus de transformation des sociétés européennes, en Scandinavie et sur le pourtour de la Baltique comme dans le reste du continent. Sur le plan démographique d’abord, parce que l’accroissement de la population, sans être spectaculaire, témoigne d’un réel dynamisme, dont témoigne la surpopulation des campagnes avec pour conséquence directe un exode rural massif à l’origine de la croissance sans précédent des villes à partir des années 1840 et d’une émigration de masse en direction du continent et surtout du Nouveau monde (Amérique du Nord, Amérique latine, Australie) dès les années 1820. Sur le plan économique ensuite, avec la modernisation de l’agriculture et surtout l’essor de l’industrialisation, qui voit cohabiter les implantations nouvelles inspirées du modèle anglais, que l’on associe au factory system, et les centres manufacturiers de création plus ancienne, liés à la proto-industrie, qui s’inscrivent dans une « industrialisation douce », pour reprendre l’expression de Jean-Marc Olivier, subissent la concurrence des premières, mais survivent parfois brillamment en développant des activités de niche de haute qualité́, en innovant et en inventant de nouveaux objets et instruments, comme Fiskars, Sandvik et plus tard Nokia, soit en fusionnant et en restructurant leurs activités, comme ce fut le cas de la métallurgie suédoise et des manufactures d’armement, à l’instar de Bofors en Suède. Sur le plan social et sociétal également, avec la lente mutation de la société agraire à partir des années 1850, toujours prédominante en Scandinavie comme dans la Baltique, et l’essor d’un prolétariat industriel et urbain en rapport avec l’expansion ferroviaire et l’ouverture des marchés européens, mais avec également l’émergence d’une société civile dynamique, dont témoigne la multiplication des associations, des syndicats, des clubs et des partis politiques à partir des années 1830, à l’image de la “Société suédoise de tempérance et d’éducation populaire” (Svenska Sällskapet för Nykterhet och Folkbildning) fondée à Stockholm en 1837 ou de la première union ouvrière (Drammens arbeiderforening) créée en Norvège par Marcus Thrane en 1848. Sur le plan politique et institutionnel enfin, avec la libéralisation mesurée des monarchies scandinaves, malgré la résistance de souverains attachés à leurs privilèges, davantage en Norvège qu’en Suède où l’on assiste à la dissolution de la société d’ordres (standssamfunnets oppløsning) et au Danemark surtout où l’introduction d’assemblées provinciales consultatives, puis d’un système d’autonomie locale à Copenhague et dans les villes danoises dans les années 1830 et enfin l’adoption d’une constitution démocratique en 1849 inaugurent une ère nouvelle, celle du parlementarisme et des associations politiques. Quant aux provinces baltes de Courlande, de Livonie et d’Estonie, ainsi qu’à la Finlande constituée en Grand-duché depuis 1809, malgré l’absence de représentation politique et leur étroite dépendance vis-à-vis du Tsar, elles jouissent d’un réel statut d’autonomie, grâce au maintien des Landtage de constitution suédoise et à l’établissement d’un Sénat de Finlande (Suomen senaatti) à Helsinki, qui autorise l’adoption de lois civiles et administratives distinctes de celles de l’empire, et encourage les aspirations nationales, à l’instar des associations culturelles comme la “Société de Littérature Finlandaise” fondée en 1831 ou des journaux de langue suédoise et finnoise, tels que le Abo Allmänna Tidning et le Turun Wiikko-Sanomat publiés à Turku durant la période.
Ces transformations, bien que communes à l’ensemble du continent, ne sont pas sans faire apparaître certains traits distinctifs, qui interrogent quant à la trajectoire suivie par l’Europe du Nord au cours du premier XIXe siècle. Est-il possible d’y voir quelque singularité propre à cette région qui annoncerait les prémices d’un modèle de développement original, ou en tout cas plus vertueux, en Scandinavie et en Finlande notamment ? Ne peut-on voir, par exemple, dans le maintien de fabriques rurales dynamiques et de modes de production moins avancés techniquement, mais aussi moins prédateurs pour l’environnement, la possibilité d’une industrialisation plus « douce » et durable ? De même, n’observe-t-on pas dans ces pays de culture protestante les taux d’alphabétisation les plus élevés du continent et, ce qui plus remarquable encore, un läslust ou goût de la lecture très répandu en Finlande comme en Suède, qui ont contribué à la formation précoce des opinions publiques ? À cet égard, la presse ne joue-t-elle pas un rôle de premier plan dans l’émancipation progressive des populations en prenant peu à peu ses distances vis-à-vis de la propagande officielle et en commentant les événements politiques plus librement malgré la censure, y compris en Finlande ? Tel est le cas notamment des épisodes révolutionnaires qui touchent le sud de l’Europe dans les années 1820-1821, puis une grande partie du continent dans les années 1830-1833, des événements qui restent sans conséquence en Europe du Nord ou qui ne l’affectent que modérément, comme c’est le cas de la Suède et du Danemark lors du “Printemps des peuples” de 1848-1849. Cela signifie-t-il que les sociétés scandinaves et baltes sont immunes à l’idéologie révolutionnaire hormis une petite minorité de la population ? Ou que le contrôle social et la répression d’État ont agi comme de puissants freins à la contestation sociale et politique ? Ou l’explication tient-elle à d’autres facteurs ?

[1] “Bernadotte et son temps. Volume 1. Les jeunes années” ; “Bernadotte et son temps. Volume 2. Un roi de Suède-Norvège français”, Revue d’Histoire Nordique no 5 et 6-7, 2e semestre 2007 et 2008 ; 1818-2018 : Bicentenary of Jean-Baptiste Bernadotte’s Accession to the Thrones of Sweden and Norway. Current State of Research (1818 – 2018 : Bicentenaire de l’accession de Jean-Baptiste Bernadotte aux trônes de Suède et de Norvège. État des lieux et actualité de la recherche), Journée d’études, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 17 octobre 2018.