Rappel : appel à candidature Ecole d’été genre : « Sexualités ré-prouvées, sexualités revendiquées : expériences, discours, mobilisations »

École d’été Genre Grand Sud
Toulouse – juin 2024

*Présentation générale :*
Coordonnée par Sylvie Chaperon (PR Toulouse 2, FRAMESPA UMR 5136), Manuela Martini (PR Lyon 2, LARHRA-UMR 5190) et Anne Montenach (PR Aix-Marseille TELEMMe UMR 7303), l’École d’été Genre Grand Sud organise tous les deux ans une école d’été doctorale prise en charge par l’un des trois établissements partenaires. Le but à moyen terme est de compenser un déséquilibre dans la formation et l’attractivité entre les universités de régions et les universités franciliennes qui bé – néficient d’une offre plus importante de séminaires en histoire du genre.
La première édition se déroulera à proximité de Toulouse à l’été 2024 sur le thème « Sexualités ré-prouvées, sexualités revendiquées : expériences, discours, mobilisations ».
La formation doctorale alternera conférences de spécialistes reconnu·es et ateliers collectifs participatifs. Les aspects méthodologiques (corpus de sources, enquête orale, micro-histoire, etc.) et épistémo – logiques (usages des concepts) seront privilégiés.

*Calendrier :*
28 février : clôture des candidatures
30 mars : communication des résultats
24-28 juin : déroulement de l’école d’été

*Modalités de candidature :*
Les étudiant·es diplômé·es de Master 2 ayant un projet de thèse, les doctorant·es et les post-docto- rant·es peuvent candidater. L’école d’été est ouverte aux historien·nes et historien·nes de l’art, aussi bien qu’aux sociologues, anthropologues, littéraires et philosophes développant une forte approche historique. La candidature comprend un CV (2 pages) et une présentation de la recherche en cours : projet de thèse, thèse, recherche post-doctorale (2 pages). Ces éléments sont à envoyer avant le 28 février à l’adresse suivante : edgrandsud@univ-tlse2.fr. <edgrandsud@univ-tlse2.fr>

*Prise en charge :*
L’école d’été commencera le lundi 24 juin après-midi et se terminera le vendredi 28 juin en fin de ma- tinée. Elle se déroulera sur le domaine de Massoulac (Tarn-et-Garonne) : l’hébergement et les repas seront financés par l’école d’été. Les participant·es seront pris·es en charge à partir des gares de Caussade (de préférence) ou Montauban, iels doivent se rendre jusque-là par leurs propres moyens.

*Comité d’organisation :*
· Sylvie Chaperon (PR Toulouse 2)
· Camille Fauroux (MC Toulouse 2)
· Corto Le Perron (Doctorant EHESS – Tou- louse 2)
· Manuela Martini (PR Lyon 2)
· Anne Montenach (PR Aix-Marseille)
· Camille Morin-Delaurière (Doctorante Toulouse 2 – Université de Montréal)
· Mathias Quéré (Post-doctorant Toulouse 2
– Paris Cité)
*Comité scientifique :*
· Sylvie Chaperon (PR Toulouse 2)
· Julie Doyon (MC Lyon 2)
· Ilana Eloit (Professeure assistante, Univer- sité de Genève)
· Camille Fauroux (MC Toulouse 2)
· Julian Jackson (Professeur émérite, Queen Mary University)
· Clovis Maillet (Enseignant, ESAD Angers)
· Delphine Peiretti-Courtis (PRAG, Univer- sité Aix-Marseille
· Massimo Prearo (Chercheur, Université de Vérone)
· Mathias Quéré (Post-doctorant Toulouse 2
– Paris Cité)
· Florence Tamagne (MC Lille)

*Intervenant·es :*
Chaque jour, un·e intervenant·e proposera une conférence et/ou un atelier méthodologique sur des thé – matiques de recherche précises. Pour cette édition, nous aurons le grand plaisir d’accueillir :
· Paola Bacchetta (en visio), Professeure au département de Gender and Women’s Studies de l’université de Berkeley
· Sandeep Bakshi, MCF en études queer et décoloniales de l’Université Paris Cité (LARCA)
· Roméo Isarte, militant associatif dans les bibliothèques et les archives LGBTQI+
· Emmanuelle Retaillaud, PR en histoire contemporaine à l’IEP de Lyon (LARHRA)
· Régis Schlagdenhauffen, MCF HDR en socio-histoire des catégories sexuelles à l’EHESS (Centre Georg Simmel)

*Argumentaire :*
« Sexualités réprouvées, sexualités revendiquées : expériences, discours, mobilisations (XVIe-XXe) »

En France comme ailleurs, l’histoire de la sexualité s’est déployée depuis les années 1970 et s’est d’abord penchée sur les sexualités déviantes, illicites ou marginales (Chaperon 2002 ; Corbin 2003 ; Rebreyend 2005). Condamnées et encadrées par les autorités religieuses ou médicales ; plus étroite- ment surveillées ou réprimées par la police et la justice ; elles ont donné lieu à une masse de sources importantes. Ces pratiques sexuelles ont d’abord été désignées comme des péchés « de luxure » ou
« contre nature » condamnés par l’Église, avant d’être sécularisés et reformulés au XIXe siècle. La
médecine prend alors le relais du clergé, tandis que le nouveau code pénal en dépénalise certains comme la sodomie, la bestialité, la prostitution on encore l’inceste (Giuliani 2014 ; Ambroise-Rendu 2014). Mais les mesures policières, réglementaires ou médicales assurent un étroit quadrillage des po- pulations et des pratiques minoritaires tout au long du XIXe et d’une partie du XXe siècle.

D’une manière générale, les veines historiographiques anciennement développées ont continué d’inté- resser les recherches. L’histoire de la prostitution, étudiée dès les années 1970 ou 1980 par Alain Cor – bin (1978) et Erica-Maria Benabou (1987) a été élargie au contexte colonial (Taraud 2003) et réinves – tie par Lola Gonzalez Quijano (2015), qui l’a reliée à l’essor des loisirs masculins ou par Clyde Plu- mauzille (2016), qui l’a explorée dans la période révolutionnaire. Après de nombreux ouvrages (Sten- gers et Van Neck 1984 ; Laqueur 2005), l’histoire de la masturbation a quant à elle été reprise par le bas, grâce aux consultations épistolaires d’Auguste Tissot (Singy 2014) ou d’Auguste Forel (Garibian 2018) ou des journaux intimes. Récemment aussi, la psychopathologie sexuelle et l’invention des per- versions au tournant du XIXe et XXe siècle ont attiré les recherches, renouvelant les publications pionnières de Michel Foucault (Foucault 1976) et de Georges Lanteri-Laura (1979). Ainsi des der- nières recherches de Sylvie Chaperon (2007) et de Julie Mazaleigue Labaste (2014).

Les études gays et lesbiennes – telle était leur première appellation − se sont déployées en France dès le tournant des années 1980 hors du monde académique, grâce aux recherches menées par les mili- tant·es (Wittig 1980 ; Girard 1981 ; Martel 1996). Elles ont ensuite intégré l’université depuis les an- nées 1990 dans le contexte de l’épidémie du sida (Tamagne 2007 ; Murat 2007 ; Revenin 2007). Ces études, désormais LGBTI+, ont connu un fort renouvellement et enrichissement ces dernières années, poussant l’histoire des personnes, expériences, discours, représentations et mouvements LGBTI+ vers une interdisciplinarité qui s’est révélée féconde. Elle a participé, à dépasser le tropisme parisien pour inclure d’autres villes et régions (Idier 2012 ; Quéré 2019 ; Comer et al. 2023), déplaçant la focale sur les mises en réseau et l’ancrage territorial des luttes et expériences minoritaires. L’approche spatiale a aussi permis de remettre en cause le mythe de la fuite vers la grande ville ou la capitale (Merrick et Si- balis 2001 ; Leroy 2005 ; Blidon 2008).
C’est en particulier l’étude des mobilisations et des militant·es LGBTI+ qui a contribué à donner un nouveau souffle à l’écriture de ces histoires aux XXe et XXIe siècles. Elle a suscité des travaux renou – velant les premières synthèses et redonnant notamment toute sa place au mouvement lesbien (Bou- vard, Eloit et Quéré 2023). Les recherches abordent un temps long (Prearo 2014 ; Calwood 2017), ou les années 1968 (Eloit 2020 ; Quéré 2022), un groupe particulier (Jackson 2009 ; Sibalis 2010 ; 2013), ou une figure du mouvement (Idier 2017). Enfin, alors que les discours et les politiques de l’homo – sexualité sont profondément traversées par la question coloniale (Blanchard 2008 ; 2012 ; Shepard 2017), des recherches ont permis de documenter l’histoire de mobilisations lesbiennes contre le ra- cisme (post)colonial (Bacchetta 2019 ; Provitola 2019). En parallèle, toute une littérature s’est concen- trée sur l’envers de ces vies et pratiques, en particulier la répression policière et judiciaire de l’homo- sexualité. Grâce à cette littérature, on connaît désormais la nature de ces résistances de l’ordre hétéro- sexuel tant pour l’époque moderne (Pastorello 2011), qu’au XIXe siècle (Tamagne 2000 ; Revenin 2005), au début du XXe siècle (Jaouen 2018), pendant la Seconde Guerre mondiale (Schlagdenhauf- fen, Le Gac, et Virgili 2017) ou même à l’heure de l’amendement Mirguet et de l’homosexualité comme « fléau social » (Idier 2013 ; Gauthier et Schlagdenhauffen 2019).
Malgré cette richesse, le spectre LGBT+ n’est pas représenté également dans ces recherches et des pans entiers sont encore à investiguer, en particulier en France – d’autres traditions académiques, comme au Canada ou au Royaume-Uni, ayant entrepris ce chantier depuis plus longtemps. La bi – sexualité reste ainsi très peu abordée (Deschamps 2002). Les recherches sur les personnes et les mobi- lisations trans, après des premiers travaux isolés (Foerster 2012), et des contributions importantes sur d’autres périodes (Maillet 2020), trouvent un nouvel essor avec une jeune génération de chercheur·es dont les travaux restent à publier. Plusieurs enquêtes ont également retracé l’histoire de l’hermaphro – disme au XIXe siècle (Houbre 2011 ; 2020 ; Salle 2017) tandis Michal Raz (2023) étudie la gestion médicale de l’intersexuation depuis les années 1950 et son lien avec l’émergence d’un mouvement in – tersexe. C’est enfin du côté des sources exploitées que des horizons s’ouvrent et que d’autres restent à inventer. Les représentations littéraires des sexualités déviantes sont assez négligées alors mêmes qu’elles permettent une forme d’expression très riche. C’est surtout du côté lesbien qu’elles ont été sollicitées tant pour le XIXe siècle (Benstock 1987 ; Albert 2005) que le XXe siècle (Turbiau et al. 2022 ; Antolin 2023). Plus largement, c’est tout un rapport repensé aux archives qui préside à la réali – sation d’une partie des travaux, revendiquant parfois un investissement individuel et un positionne – ment situé (Eloit 2018), se plaçant de plus en plus dans une approche communautaire de la production archivistique (Gérardin-Laverge, Guaresi, et Abbou 2021 ; Vanehuin 2022 ; Chantraine 2023).

Le champ des sexualités réprouvées et minoritaires est vaste et demeure riche de promesses. Conscient·es de cela, et afin de ne pas élargir trop le périmètre thématique, on laissera de côté les pra- tiques d’évitement des naissances (onanisme conjugal, coït interrompu, contraception, avortement), de même que les violences sexuelles (viols, attentats à la pudeur, agression, harcèlement) qui donneront lieu à de prochaines éditions.

*Références citées :*
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