annonce de publication

Ruines politiques
Sous la direction d’Albrecht Burkardt et Jérôme Grévy

« Je vous salue, ruines solitaires, tombeaux saints, murs silencieux ! C’est vous que j’invoque ; c’est à vous que j’adresse ma prière ! Oui ! tandis que votre aspect repousse d’un secret effroi les regards du vulgaire, mon cœur trouve à vous contempler le charme des sentiments profonds et des hautes pensées. Combien d’utiles leçons, de réflexions touchantes ou fortes n’offrez-vous pas à l’esprit qui sait vous consulter ! […] Ô ruines ! je retournerai vers vous prendre vos leçons! Je me replacerai dans la paix de vos solitudes ; et là, éloigné du spectacle affligeant des passions, j’aimerai les hommes sur des souvenirs ; je m’occuperai de leur bonheur et le mien se composera de l’idée de l’avoir hâté. »
Volnay (Constantin-François de Chassebœuf), Les Ruines ou Méditations sur le Révolutions des Empires , Paris, Desenne-Vollan-Plassan, 1791, p. XII et XVI.

L’émotion romantique et la fièvre de la restauration ont fait négliger à quel point la ruine est bien plus qu’un vestige du passé en voie de disparition. La ruine est en réalité une construction symbolique qui s’impose dans le paysage au moment où elle est considérée, non plus comme un amas de pierres, mais comme un reste du passé dont il s’agit d’honorer les bâtisseurs, de rappeler les usages, de conserver ou de rétablir le souvenir d’événements mémorables. Les ruines sont des objets dont la valeur ne se définit donc pas exclusivement à l’aide de critères esthétiques ou épistémologiques. Elles sont des lieux de mémoire dont la valorisation, qu’elle soit propre à certains groupes sociaux particuliers ou qu’elle concerne la société à part entière, est profondément négociée. Elles sont sujettes au changement historique. Aussi, c’est dans ces différents aspects que réside la nature politique des usages des ruines qui est objet de ce livre.

[ https://pur-editions.fr/product/9714/ruines-politiques | https://pur-editions.fr/product/9714/ruines-politiques ]